vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200802 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCPA HAMEAU GUERARD BONTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 mars 2022 et le 11 avril 2023, M. D A et Mme C B, épouse A, représentés par la société d'avocats Bonte et associés, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- sur le fondement de l'article 81 du code général des impôts ainsi que de la doctrine administrative référencée au paragraphe 30 du BOI-RSA-CHAMP-20-50-10-20 publiée le 11 mars 2016, les indemnités kilométriques versées par la société à responsabilité limitée Bâtiment Travaux Publics Ingénierie (SARL BTPI) à M. A ne sont pas imposables car elles ne sont pas forfaitaires ; par ailleurs, les kilométrages sur autoroutes qui ont été retenus par l'administration à la suite des renseignements obtenus auprès de la société Vinci Autoroutes qui font état de kilomètres parcourus de péage à péage, ne reflètent pas les distances réellement parcourues ;
- les frais de déplacement sont assortis de justifications suffisantes et doivent être admis en déduction du bénéfice imposable de la SARL BTPI et ne constituent donc pas, corrélativement, des revenus de capitaux mobiliers imposables en leur nom ;
- subsidiairement, puisqu'ont été admis 64 898 kilomètres en 2016, pour 2017, à défaut de retenir les 205 560 kilomètres déclarés, doit être retenu a minima le même kilométrage qu'en 2016, le niveau d'activité de la société n'ayant pas baissé.
Par un mémoire enregistré le 28 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
Sur les traitements et salaires :
- les pièces justificatives fournies ne permettent pas de corroborer le kilométrage revendiqué comme réellement réalisé à des fins professionnelles ; par suite, les indemnités versées ne relèvent pas des dispositions de l'article 81 du code général des impôts mais de l'article 80 ter du même code et doivent être considérées comme un supplément de rémunération ;
Sur les revenus de capitaux mobiliers :
- eu égard aux nombreuses incohérences entre les chiffres mentionnés par la société, ceux-ci ne sauraient être considérés comme probants et refléter la réalité de l'exploitation ; c'est donc à bon droit que les frais de déplacement non justifiés ont été réintégrés dans les résultats des exercices clos en 2016 et 2017 et imposés au titre des revenus irrégulièrement distribués entre les mains de M. et Mme A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lardennois,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée Bâtiment Travaux Publics Ingénierie (SARL BTPI), dont M. A est gérant et salarié, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, étendue au 31 octobre 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Dans le prolongement des rehaussements visant la société, des rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales pour les années 2016 et 2017 ont été portées à la connaissance de M. et Mme A par une proposition de rectification du 25 avril 2019. Par cette proposition de rectification, l'administration a d'une part, procédé, en application des dispositions de l'article 80 ter du code général des impôts, à la réintégration dans les salaires de M. A des indemnités kilométriques forfaitaires versées par la société BTPI au titre des années 2016 et 2017 et, d'autre part, regardé comme des revenus distribués le restant des frais de déplacement remboursés par la société à M. A. A la suite des observations présentées le 25 juin 2019 par le contribuable, l'administration a confirmé les impositions en litige par une réponse du 3 juillet 2019. Les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2020. Par une première réclamation du 17 novembre 2020, M. et Mme A ont contesté les impositions ainsi mises à leur charge. Par une décision du 4 décembre 2020, cette réclamation a été rejetée par l'administration. M. et Mme A ont présenté une seconde réclamation le 12 juillet 2021 qui a été rejetée par l'administration par une décision du 11 janvier 2022.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue de la vérification de comptabilité de la SARL BTPI, l'administration a rejeté une partie des indemnités kilométriques allouées à M. A et comptabilisées par la société comme charges pour chacun des exercices clos les 31 décembre 2016 et 31 décembre 2017 pour respectivement 58 416 euros et 76 342 euros. Seules ont été admises en charge les sommes respectives de 24 791 euros et 4 660 euros pour les années 2016 et 2017 au titre des indemnités kilométriques considérées comme calculées selon un mode forfaitaire et correspondant à 64 898 kilomètres parcourus en 2016 et 12 198 kilomètres parcourus en 2017. En application de l'article 80 ter du code général des impôts, l'administration a regardé ces indemnités comme un supplément de rémunération passible de l'impôt sur le revenu entre les mains de M. A. S'agissant des autres indemnités kilométriques versées à M. A par la société, l'administration les a considérées, en application du c de l'article 111 du code général des impôts, comme des revenus distribués entre les mains de M. A.
En ce qui concerne les sommes regardées comme des traitements et salaires :
3. M. et Mme A contestent, à titre principal, l'application par l'administration des dispositions de l'article 80 ter du code général des impôts dès lors que les remboursements de frais de déplacement retenus par le service ont été évalués d'après le barème kilométrique et ne sauraient donc être considérés comme des remboursements forfaitaires ; à titre subsidiaire, ils contestent les kilométrages effectivement retenus par l'administration, considérant qu'en se fondant sur les seuls relevés résultant des informations obtenues de Vinci Autoroutes, l'administration omet de prendre en considération les distances parcourues avant de parvenir au péage ainsi que celles parcourues une fois sorti de l'autoroute. Sur la base d'un tableau joint à la requête, ils sollicitent un nouveau calcul et la prise en considération au titre des trajets autoroutiers des distances de 12 154,40 kilomètres au titre de l'année 2016 (contre 8 279,50 kilomètres retenus par l'administration) et de 11 269,50 kilomètres au titre de l'année 2017 (contre 9 727,60 kilomètres retenus par l'administration) et ils sollicitent en conséquence le retrait de leurs revenus imposables des années 2016 et 2017 des sommes de 4 643 euros et 4 442 euros.
4. En premier lieu, aux termes de l'article 80 ter du code général des impôts : " a Les indemnités, remboursements et allocations forfaitaires pour frais versés aux dirigeants de société sont, quel que soit leur objet, soumis à l'impôt sur le revenu () ". Aux termes de l'article 81 du même code : " Sont affranchis de l'impôt : / 1° Les allocations spéciales destinées à couvrir les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi et effectivement utilisées conformément à leur objet () ". Il appartient aux contribuables qui entendent bénéficier des dispositions du 1° de l'article 81 du code général des impôts à raison de sommes que leur a versées leur employeur de justifier que ces sommes ont couvert des frais qu'ils ont réellement exposés, ainsi que l'exigeaient leurs fonctions au sein de l'entreprise, dans l'intérêt de cette dernière.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que les frais de déplacement litigieux ont été calculés par la SARL BTPI selon le barème kilométrique publié par l'administration. Toutefois si les requérants soutiennent que les sommes taxées dans la catégorie des traitements et salaires correspondraient à des remboursements de frais professionnels réellement exposés et exonérés en application de l'article 81 précité du code général des impôts, ils ne produisent pour seuls justificatifs que des tableaux établis a posteriori détaillant pour chaque année considérée les déplacements effectués et les clients prospectés ou rencontrés sans toutefois produire la moindre fiche de visite afférente auxdits déplacements ou le moindre autre justificatif comme des tickets de péage, des tickets d'essence ou des fiches d'entretien des véhicules utilisés, permettant d'attester de la réalité des kilomètres déclarés ou de nature à établir l'effectivité de l'utilisation par M. A de son ou de ses véhicules personnels dans le cadre des déplacements professionnels allégués, ni le fait qu'il aurait, pour ce faire, engagé et supporté des frais justifiant l'application du barème kilométrique et les remboursements effectués. Par ailleurs, l'administration a relevé que les kilomètres mentionnés sur les tableaux récapitulatifs produits par la SARL BTPI sont différents de ceux retenus pour le calcul des indemnités kilométriques de chacune des années en cause. Enfin, les renseignements obtenus par l'administration auprès de la société Vinci Autoroutes ont permis de déterminer un kilométrage parcouru sur autoroutes de 8 279,50 kilomètres pour l'année 2016 et de 9 727,60 kilomètres pour l'année 2017 très largement inférieurs au kilométrage total déclaré pour chacune de ces années par la société (224 519 kilomètres pour l'année 2016 et 205 560 kilomètres pour l'année 2017). Dans ces conditions, alors qu'il n'est pas contesté que l'activité professionnelle de M. A nécessite des déplacements fréquents, les frais afférents à ces déplacements et les remboursements qui en ont été faits à M. A sous forme d'indemnités revêtent un caractère forfaitaire au sens des dispositions de l'article 80 ter du code général des impôts. C'est par suite à bon droit que le service a considéré qu'ils constituaient des compléments de rémunération imposables dans la catégorie des traitements et salaires.
6. D'autre part, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de l'instruction référencée BOI-RSA-CHAMP-20-50-10-20 publiée le 11 mars 2016 qui ne comporte pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle qui est faite dans le présent jugement.
7. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 5, M. et Mme A n'apportent pas de justificatifs suffisants de nature à permettre d'admettre des trajets au-delà de ce que l'administration a admis à titre forfaitaire.
En ce qui concerne les sommes regardées comme des revenus distribués :
8. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées par une société, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé, sauf à démontrer qu'il peut être regardé comme le maître de l'affaire.
9. Les requérants ont contesté dans leurs réclamations des 17 novembre 2020 et 12 juillet 2021 la réintégration dans les résultats des exercices clos en 2016 et 2017 de la SARL BTPI et par suite, la taxation au titre des revenus distribués, d'une partie des frais de déplacement de M. A, gérant et salarié de la société. Dans ces conditions, il incombe à l'administration de prouver que les sommes concernées devaient être regardées comme des revenus distribués entre les mains des requérants.
10. Il résulte de l'instruction que, lors de la vérification de comptabilité de la SARL BTPI, l'administration a relevé qu'une partie des dépenses passées au titre des années 2016 et 2017 par son gérant, M. A, en frais de déplacement n'était pas justifiée. Si les requérants font valoir que l'activité de M. A nécessite des déplacements fréquents, que la différence des kilométrages retenus par l'administration au titre de 2016 (64 898 km) et ceux retenus au titre de 2017 (12 198 km) ne se justifie pas dès lors que l'activité de la société est restée la même, que la comptabilisation des distances parcourues sur autoroutes ne reflète pas la réalité des distances parcourues et qu'ils justifient de la quote-part d'utilisation professionnelle des véhicules personnels de M. A, toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que les éléments produits par les intéressés ne sont pas suffisamment probants pour établir la réalité des distances parcourues alléguées de 224 519 kilomètres en 2016 et de 205 560 kilomètres en 2017. Dès lors, c'est à bon droit que, sur le fondement des dispositions précitées du c) de l'article 111 du code général des impôts, l'administration a imposé en 2016 et 2017, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, les indemnités kilométriques versées à M. A, qui ne conteste pas avoir appréhendé les sommes en litige, au-delà de celles retenues à titre forfaitaire.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme A à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, et des pénalités y afférentes, auxquelles ils ont été assujetties au titre des années 2016 et 2017 doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
12. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme réclamée par les requérants en application de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D et C A et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
M. Lardennois, premier conseiller,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le rapporteur,
Stéphane LARDENNOIS
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026