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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200815

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200815

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200815
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCPA HAMEAU GUERARD BONTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 mars 2022 et le 11 avril 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Bâtiment Travaux Publics Ingénierie, représentée par la société d'avocats Bonte et associés, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 et au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration retient des distances parcourues calculées de péage à péage alors que les distances réellement parcourues sont supérieures comme en attestent les tableaux qu'elle a établis ;

- elle justifie des frais de déplacement engagés par son gérant dans l'intérêt de l'entreprise et remboursés à ce dernier ;

- puisque l'administration a retenu 64 898 kilomètres au titre de l'année 2016, elle est bien fondée à demander que soit retenu le même kilométrage au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017 dès lors que son activité n'a pas baissé entre les deux années.

Par un mémoire enregistré le 28 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que, eu égard aux nombreuses incohérences entre les chiffres mentionnés par la société dans ses tableaux et au défaut de production notamment des fiches de visite afférentes aux déplacements allégués ou des factures d'entretien des véhicules utilisés, les chiffres avancés par la société ne sauraient être considérés comme probants et reflétant l'activité de l'exploitation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée Bâtiment Travaux Publics Ingénierie (SARL BTPI) a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, étendue au 31 octobre 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Des rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés lui ont été notifiées par une proposition du 25 avril 2019. Parmi les chefs de redressement notifiés, a été réintégrée aux résultats des exercices clos le 31 décembre 2016 et le 31 décembre 2017, une partie des frais de déplacement du gérant et salarié de la société, M. A. En réponse à ses observations du 25 juin 2019, l'administration a abandonné une partie des rappels. Saisie à l'initiative de la société, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a, le 6 février 2020, émis un avis favorable aux rectifications. A la suite de la mise en recouvrement, le 29 mai 2020, des impositions mises à sa charge, la société a présenté, le 8 juillet 2021, une réclamation contestant les impositions mises à sa charge au titre de la réintégration des frais de déplacement de son gérant. Cette réclamation a donné lieu à une décision de rejet du 11 janvier 2022. La SARL BTPI demande au tribunal de prononcer la réduction des impositions supplémentaires mises à sa charge, en droits et pénalités, à raison de la seule réintégration d'une partie des frais de déplacement de son gérant.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 de ce code que de la correction de leur inscription en comptabilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 25 avril 2019, que l'administration a réintégré dans les résultats de la SARL BTPI, les regardant comme non justifiées et par suite, comme ne correspondant pas à une charge réelle, une partie des dépenses de déplacement qui avaient été remboursées à M. A, sous formes d'indemnités kilométriques pour un montant de 58 416 euros au titre de l'année 2016 et de 76 342 euros au titre de l'année 2017. En se bornant à renvoyer à deux tableaux récapitulatifs, établis a posteriori, détaillant pour chaque année considérée les déplacements effectués et les clients prospectés ou rencontrés, sans toutefois justifier de la réalité des déplacements correspondants, notamment par la production des fiches de visite afférentes auxdits déplacements ou de tout autre justificatif tel que des tickets de péage, des tickets d'essence ou des fiches d'entretien des véhicules utilisés permettant d'attester de la réalité du kilométrage parcouru, la SARL BTPI n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de la réalité des frais de déplacements exposés par le salarié en cause, couverts par les indemnités kilométriques en litige. Ce faisant, elle n'apporte pas de justificatifs suffisants de nature à permettre d'admettre des trajets au-delà ce que l'administration a admis à titre forfaitaire. Par suite, les rehaussements en litige ne peuvent qu'être maintenus.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la SARL BTPI à fin de réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos les 31 décembre 2016 et 2017 doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, la somme réclamée par la société requérante au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL BTPI est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Bâtiment Travaux Publics Ingénierie et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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