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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200825

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200825

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200825
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantREIBELL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée par télécopie le 22 février 2022, et régularisée le 14 mars 2022, la société DA architectes devenue JAQ et la société OTE ingénierie, constituées en groupement de maîtrise d'œuvre, représentées par Me Gaentzhirt, demandent au tribunal :

1°) de condamner la société d'économie mixte construction aménagement développement du Drouais (SEMCADD) à leur verser

* la somme de 15 021,98 euros au titre du montant des surcoûts résultant des modifications de programme ;

* la somme de 42 559,26 euros au titre du montant des surcoûts résultant de la réalisation de prestations supplémentaires ;

* la somme de 42 000 euros au titre du montant des surcoûts résultant des études ICPE ;

* la somme de 100 000 euros au titre de l'allongement du marché ;

2°) de condamner la SEMCADD à leur verser le montant des intérêts moratoires de droit depuis l'expiration du délai de 45 jours courant à compter du 28 janvier 2020, date de l'envoi du mémoire en réclamation ;

3°) de mettre à la charge de la SEMCADD la somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- des modifications de programme et des prestations supplémentaires ont été réalisées à la demande du maître d'ouvrage ainsi qu'une étude ICPE et leur groupement a droit à une rémunération complémentaire en compensation des travaux supplémentaires ainsi effectués ;

- leur groupement a droit à une rémunération complémentaire en lien avec l'allongement des délais dès lors qu'un tel allongement est lié aux modifications de programme du maître d'ouvrage.

Par un mémoire enregistré le 17 août 2022, la société ZAC Conseil, en sa qualité de liquidateur de la société d'économie mixte construction aménagement développement du Drouais (SEMCADD), représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 9 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 juillet 2023.

Des pièces complémentaires ont été enregistrées le 20 novembre 2023 à la suite d'une mesure d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Best-De Gand,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de Me Sainte-Thérèse représentant la société ZAC Conseil.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté d'agglomération du pays de Dreux a été à l'origine de la création de la société d'économie mixte pour l'aménagement, l'équipement et la gestion du parc d'entreprise (SEMCADD) " La radio " implantée à Dreux. Une concession d'aménagement a été conclue le 21 décembre 2007 et huit avenants ont ensuite été signés. La SEMCADD a lancé une consultation en vue de l'attribution d'un marché de maîtrise d'œuvre en lien avec la restructuration d'un bâtiment existant et l'installation de salles grises/propres/blanches. Ce marché de maîtrise d'œuvre, décomposé en une phase principale et une phase secondaire, a été attribué au groupement constitué des sociétés DA architectes, devenu JAQ, mandataire, et OTE ingénierie. La durée prévisionnelle des travaux était de 48 mois. L'ordre de service de démarrage des prestations de maîtrise d'œuvre a été signé le 26 juillet 2011. En lien avec des modifications de programme initiées par le maître d'ouvrage, le marché de maîtrise d'œuvre a été amendé par différents avenants afférents au montant des prestations réalisées ou à leur contenu. Les travaux ont été réceptionnés avec réserves le 30 décembre 2015. Le 21 mai 2019, le groupement de maîtrise d'œuvre a transmis un mémoire en réclamation d'un montant de 199 581,24 euros. Le 28 janvier 2020, un projet de décompte final du marché a été adressé à la SEMCADD. Le comité consultatif interrégional de règlement amiable des différends ou litiges relatifs aux marchés publics (CCIRA) saisi a rendu un avis le 22 novembre 2021. Par sa requête, la société DA architectes devenue JAQ et la société OTE ingénierie demandent la condamnation de la SEMCADD à leur verser les sommes de 15 021,98 euros au titre du montant des surcoûts résultant des modifications de programme, 42 559,26 euros au titre du montant des surcoûts résultant de la réalisation de prestations supplémentaires, 42 000 euros au titre du montant des surcoûts résultant des études ICPE et de 100 000 euros au titre de l'allongement du marché.

2. Les contrats conclus entre personnes privées sont en principe des contrats de droit privé, hormis le cas où l'une des parties agit pour le compte d'une personne publique ou celui dans lequel ils constituent l'accessoire d'un contrat de droit public.

3. S'agissant en particulier des conventions conclues avec une collectivité publique pour la réalisation d'une opération d'aménagement, leur titulaire ne saurait en principe être regardé comme un mandataire de cette collectivité. Il ne peut en aller autrement que s'il résulte des stipulations qui définissent la mission du cocontractant de la collectivité publique ou d'un ensemble de conditions particulières prévues pour l'exécution de celle-ci, telles que le maintien de la compétence de la collectivité publique pour décider des actes à prendre pour la réalisation de l'opération ou la substitution de la collectivité publique à son cocontractant pour engager des actions contre les personnes avec lesquelles celui-ci a conclu des contrats, que la convention doit en réalité être regardée, en partie ou en totalité, comme un contrat de mandat, par lequel la collectivité publique demande seulement à son cocontractant d'agir en son nom et pour son compte, notamment pour conclure les contrats nécessaires. Les contrats passés par le titulaire de la convention pour les opérations de construction au sein de la zone d'aménagement, qu'elles aient ou non le caractère d'opérations de travaux publics, sont par suite des contrats de droit privé dès lors que, ni la définition des missions confiées au titulaire de la convention d'aménagement, ni les conditions prévues pour leur exécution ne permettent de regarder cette convention comme ayant en réalité pour objet de confier à celui-ci le soin d'agir au nom et pour le compte de la collectivité publique.

4. Il ressort de la concession d'aménagement conclue le 21 décembre 2007 entre la communauté d'agglomération de Dreux et la SEMCADD et des huit avenants à celle-ci, transmis et communiqués dans le cadre de l'instruction, que si cette convention soumet certaines des décisions prises par l'aménageur pour la réalisation de l'opération à diverses procédures d'approbation ou d'avis du concédant, cette même concession, plus particulièrement son article 2, confère notamment à l'aménageur, la SEMCADD, le pouvoir de décider des acquisitions foncières, de passer les marchés et contrats nécessaires à la réalisation de l'opération et à la commercialisation des biens édifiés, conformément aux dispositions du dernier alinéa de l'article L. 300-4 du code de l'urbanisme en vigueur à la date de la conclusion de la concession d'aménagement. Ainsi, ni la définition des missions confiées au titulaire de la convention d'aménagement, ni les conditions prévues pour leur exécution ne permettent de regarder la concession en cause comme ayant en réalité pour objet de confier à celui-ci le soin d'agir au nom et pour le compte de la communauté d'agglomération de Dreux. Dès lors, la SEMCADD ne peut être regardée comme mandataire de la communauté d'agglomération de Dreux. Par suite, et ainsi que l'oppose en défense la société ZAC conseil en sa qualité de liquidateur de la SEMCADD, le contrat conclu entre la SEMCADD et le groupement de maîtrise d'œuvre constitué des sociétés requérantes est un contrat de droit privé, dont il appartient aux seules juridictions de l'ordre judiciaire de connaître.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par la société DA architectures devenue société JAQ et OTE ingénierie doit être rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les frais liés au litige :

6. La société ZAC Conseil n'étant pas la partie perdante à l'instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme demandée par la société JAQ et la société OTE Ingénierie sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société JAQ et de la société OTE Ingénierie la somme demandée par la société ZAC Conseil au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la société DA architectures devenue société JAQ et OTE ingénierie est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société ZAC Conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société JAQ, à la société OTE ingénierie, et à la société ZAC Conseil, liquidateur de la SEMCADD.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

La rapporteure,

Armelle BEST-DE GAND

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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