vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201001 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mars 2022, M. E B, représenté par Me Cariou, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2021 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et dans cette attente, de lui délivrer, dans les huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même condition d'astreinte, un récépissé avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée en fait comme en droit ;
- sa demande n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux de la part du préfet ;
- la décision attaquée porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il justifie de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour compte tenu de l'état de santé de son épouse et du fait qu'ils cherchent à avoir un enfant ;
- la décision attaquée méconnaît l'intérêt supérieur du fils de son épouse ;
- il souffre de problèmes de santé justifiant que lui soit délivré un titre de séjour pour se faire soigner.
Par un mémoire enregistré le 31 mai 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant algérien né en 1989, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 février 2018. Le 13 février 2021, il s'est marié à Blois avec Mme A, ressortissante française. Le 26 août 2021, il a déposé auprès des services de la préfecture de Loir-et-Cher une demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par une décision du 18 novembre 2021, le préfet de Loir-et-Cher a classé sans suite la demande de titre de séjour de M. B. Le 24 décembre 2021, il a présenté par l'intermédiaire de son conseil un recours gracieux à l'encontre de cette décision auquel aucune suite n'a été donnée. Par la présente requête, M. B sollicite du tribunal l'annulation de la décision du 18 novembre 2021.
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. C D, directeur de la légalité et de la citoyenneté à la préfecture de Loir-et-Cher, qui disposait d'une délégation de signature du préfet de Loir-et-Cher du 24 juin 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour et disponible sur internet, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant classement sans suite des demandes de titres de séjour Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a refusé de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité en qualité de conjoint d'une ressortissante française au motif qu'il ne justifiait pas de l'entrée régulière sur le territoire français prévue par l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette motivation, bien que succincte, comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision contestée. La circonstance, invoquée par le requérant, que le préfet n'a pas pris en compte sa situation individuelle, ne caractérise pas un défaut de motivation mais a trait au bien-fondé de la décision. Par suite, alors qu'il n'est pas contesté que la demande de titre de séjour présentée par M. B était fondée sur sa seule qualité de conjoint de ressortissant français, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation n'est pas fondé et doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes du 2° de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968, le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit " au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance du certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " à un ressortissant algérien marié avec un ressortissant de nationalité française est conditionnée par son entrée régulière sur le territoire français.
5. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve () des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Dès lors, les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles le préfet de Loir-et-Cher s'est fondé ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, le préfet, qui soutient dans son mémoire en défense que la condition d'entrée régulière est rappelée dans l'article 6 de l'accord franco-algérien, doit être regardé comme demandant une substitution de base légale fondée sur le 2° de cet article. Il n'est pas contesté que M. B n'est pas entré sur le territoire français de manière régulière. Dès lors, il y a lieu de procéder à cette substitution de base légale dès lors que celle-ci n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'application de l'un et l'autre texte.
6. En quatrième lieu, M. B, qui ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, se prévaut de sa présence en France depuis 2018, de son mariage avec une ressortissante française le 13 février 2021, des liens qu'il a noués avec elle depuis 2019, de l'importance de sa présence auprès de son épouse souffrante et du fait qu'ils cherchent tous deux à avoir un enfant. Toutefois, le mariage du requérant présente un caractère récent et il n'établit ni qu'il ne pourrait obtenir un visa adapté à sa situation familiale, ni que la durée d'absence nécessaire à l'accomplissement de ces démarches porterait atteinte à l'équilibre de sa vie familiale. En outre, il ne ressort des pièces du dossier ni qu'il aurait noué d'autres liens d'une particulière intensité, ni que le couple se serait engagé dans un protocole de procréation médicalement assistée alors, par ailleurs, qu'il n'établit ni même n'allègue ne plus avoir d'attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour que lui a opposé le préfet de Loir-et-Cher ne peut être regardé comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par le préfet dans l'appréciation de la situation personnelle de M. B doit également être écarté.
7. En cinquième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission au séjour en raison de considérations humanitaires ou au regard de motifs exceptionnels semblables à celles prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est toujours loisible au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, en faisant usage du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, et d'apprécier, compte-tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
8. Si le requérant fait valoir que son état de santé justifierait qu'il se voit délivrer un titre de séjour pour se faire soigner, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard à la situation de M. B exposée au point 6 du présent jugement et alors même qu'il serait porteur d'une prothèse de hanche et atteint d'une spondylarthropathie sévère avec atteinte radiographique et syndrome inflammatoire élevé associé, que le préfet aurait dû l'admettre au séjour au titre de son pouvoir discrétionnaire.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
10. M. B fait valoir l'importance de sa présence auprès du fils de son épouse âgé de quatorze ans et souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette. Toutefois il n'apporte aucun élément probant au soutien de cette allégation hormis une " attestation " signée par lui-même et son épouse. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
Le rapporteur,
Stéphane LARDENNOIS
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA01283
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