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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201084

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201084

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201084
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP MARTY-BAFFELEUF-BLANCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 mars 2022 et le 1er juillet 2024, Mme G B née C, Mme F B, Mme D B, Mme I B, Mme E C divorcée A, Mme H A et M. J A agissant à titre personnel et en tant qu'ayants droit de Mme K L, représentés par Me Baffeleuf, demandent au tribunal :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Bourges et son assureur à verser, d'une part, à Mme G B et Mme E C la somme totale de 17 948,28 euros en réparation des préjudices subis par leur mère, Mme K L, du fait de sa prise en charge médicale, d'autre part, à Mme G B, la somme totale de 35 487,27 euros et à Mme E C, Mme F B, Mme D B, Mme I B, Mme H A et M. J A la somme totale de 35 000 euros chacun en réparation de leurs préjudices propres résultant de la prise en charge médicale de leur mère et grand-mère ;

2°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Bourges et de son assureur, la somme de 1 500 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- le centre hospitalier de Bourges a commis une faute dans la prise en charge de Mme L du 19 octobre 2016 jusqu'à son décès le 23 octobre 2016 ;

- le retard fautif dans le diagnostic et le traitement a entraîné une perte de chance de survie qu'il convient d'évaluer à 20 % ;

- la réparation des préjudices subis par Mme L est transmise à ses héritières lesquelles peuvent prétendre à être indemnisées à hauteur de 150 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total, 2 000 euros au titre des souffrances endurées, 2 000 euros au titre du préjudice esthétique, 10 000 euros au titre du préjudice moral résultant de la prise de conscience d'une espérance de vie réduite et 3 798,28 euros au titre des frais d'obsèques ;

- ses enfants et petit-enfants ont subi des préjudices propres, en particulier un préjudice d'accompagnement et un préjudice d'affection, qu'il convient d'indemniser à hauteur de respectivement 30 000 et 5 000 euros ;

- sa fille, G, a également exposé des frais pour assister à l'expertise médicale dont elle justifie à hauteur de 487,27 euros ;

- la requête est recevable dès lors que l'action n'est pas prescrite.

Par un mémoire, enregistré le 6 mars 2023, la caisse d'assurance maladie de Côte-d'Or informe le tribunal qu'elle n'entend pas intervenir dans la présente instance compte tenu de l'absence de prestation déboursée par elle.

Par des mémoires, enregistrés le 3 juin 2024 et le 31 juillet 2024, le centre hospitalier de Bourges, représenté par Me Derec, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- en tout état de cause, la cause du décès de Mme L n'étant pas connue, sa responsabilité ne peut pas être engagée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme M,

- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public,

- et les observations de Me Gaftoniuc substituant Me Derec, représentant le centre hospitalier de Bourges.

Considérant ce qui suit :

1. Mme K L, alors âgé de soixante-huit ans, a été admise le 19 octobre 2016 au service des urgences du centre hospitalier de Cosne-sur-Loire en raison de vomissements et de nausées ainsi que de troubles du comportement. Après réalisation d'un scanner et en raison d'une suspicion d'AVC ischémique, elle a été transférée au centre hospitalier de Bourges où elle est décédée le 23 octobre 2016 d'un arrêt cardiorespiratoire.

2. Estimant la responsabilité du centre hospitalier de Bourges engagée, Mme G B, agissant en qualité d'ayant-droit de Mme L, a adressé à cet établissement une demande préalable d'indemnisation qui a été rejetée par un courrier du 31 mai 2017, notifié le 9 juin suivant. Elle a alors saisi, le 4 août 2017, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) d'une demande d'indemnisation amiable. Sur la base du rapport remis par l'expert qu'elle a désigné, la CCI a conclu, par un avis du 12 avril 2018, que la réparation des préjudices devait être mise à la charge de l'assureur du centre hospitalier de Bourges à hauteur de 20 % des préjudices. Aucune offre d'indemnisation n'ayant été faite, Mme G B, Mme F B, Mme D B, Mme I B, Mme E C, Mme H A et M. J A, enfants et petits-enfants de Mme L, agissant en qualité d'ayants droit et en leur nom personnel, ont adressé le 14 juillet 2021 une nouvelle demande préalable d'indemnisation au centre hospitalier de Bourges. Cette demande ayant été expressément rejetée, les intéressés demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bourges à verser, d'une part, la somme totale de 17 948,28 euros à Mme G B et à Mme E C, en leur qualité d'ayants droit de Mme L, en réparation des préjudices que cette dernière a subis, et d'autre part, la somme totale de 35 487,27 euros à Mme G B et la somme totale de 35 000 euros chacun, à Mme E C, Mme F B, Mme D B, Mme I B, Mme H A et M. J A, en réparation de leurs préjudices propres résultant de la prise en charge médicale de leur mère et grand-mère au centre hospitalier de Bourges.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitaliers de Bourges :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

4. En vertu des dispositions combinées des articles L. 1142-5 et L. 1142-7 du code de la santé publique, toute personne s'estimant victime d'un dommage imputable à une activité de prévention, de diagnostic ou de soins, de même que les ayants droit d'une personne décédée à la suite d'un acte de prévention, de diagnostic ou de soins, peuvent saisir la CCI, qui siège en formation de règlement amiable des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales ou en formation de conciliation. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 1142-7 de ce code : " La saisine de la commission suspend les délais de prescription et de recours contentieux jusqu'au terme de la procédure prévue par le présent chapitre ".

5. La notification par un établissement public de santé d'une décision rejetant la demande indemnitaire d'un patient fait courir le délai de recours contentieux dès lors qu'elle comporte la double indication que le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de deux mois et que ce délai, compte tenu de l'effet suspensif s'attachant à la saisine de la commission, est interrompu en cas de saisine de la commission de conciliation et d'indemnisation. En application des dispositions précitées de l'article L. 1142-7 du code de la santé publique, le délai est interrompu lorsque, avant son expiration, l'intéressé présente devant la commission une demande d'indemnisation amiable ou une demande de conciliation. Le tribunal administratif doit alors être saisi dans un nouveau délai de deux mois courant, en cas de demande d'indemnisation amiable, de la date à laquelle l'avis rendu par la commission est notifié à l'intéressé et, en cas de demande de conciliation, de la date à laquelle il reçoit le courrier de la commission l'avisant de l'échec de la conciliation ou de celle à laquelle le document de conciliation partielle mentionné à l'article R. 1142-22 est signé par les deux parties.

6. D'une part, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, que la demande indemnitaire préalable de Mme G B, présentée en sa qualité d'ayant droit de Mme L, a été rejetée par le centre hospitalier de Bourges par un courrier du 31 mai 2017 comportant la mention des voies et délais de recours et de l'effet suspensif s'attachant à la saisine de la CCI. A la suite de ce courrier, notifié le 9 juin 2017, Mme B a saisi la CCI d'une demande d'indemnisation amiable, le 4 août 2017, soit dans le délai de recours contentieux contre la décision de rejet de sa demande indemnitaire préalable par le centre hospitalier de Bourges, lequel a recommencé à courir à la date de notification de l'avis rendu par la CCI le 12 avril 2018. Si la date à laquelle ce courrier a été reçu par Mme B n'est pas justifiée, il ressort des écritures mêmes des requérants qu'ils en ont eu nécessairement connaissance avant la fin de l'année 2018. Par suite, ce délai était largement expiré lorsque les requérants ont saisi la juridiction d'un recours le 31 mars 2022, en leur qualité d'ayants droit de Mme L, tendant à l'indemnisation des préjudices subis par cette dernière du fait de sa prise en charge par le centre hospitalier de Bourges.

7. D'autre part, et en tout état de cause, s'il résulte de l'instruction que les enfants et petits-enfants de Mme L ont de nouveau adressé une demande indemnitaire préalable au centre hospitalier de Bourges, le 14 juillet 2021, non seulement en leur qualité d'ayants droit mais également en leur nom propre, cette demande a été expressément rejetée par une décision du 26 août 2021, notifiée le 31 août 2021, comportant la mention des voies et délais de recours. Il s'ensuit que le délai de recours contentieux contre cette décision était lui aussi expiré lorsque les requérants ont saisi le tribunal administratif de la présente requête.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires dirigées contre le centre hospitalier de Bourges, contenues dans la requête enregistrée au greffe du tribunal le 31 mars 2022, étaient tardives. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense et de rejeter les conclusions indemnitaires de la requête.

Sur les dépens :

9. Dès lors qu'aucun dépens n'a été engagé dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Bourges, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B et autres est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B née C, Mme F B, Mme D B, Mme I B, Mme E C divorcée A, Mme H A et M. J A, au centre hospitalier de Bourges et à la caisse primaire d'assurance maladie de Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sophie Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Fatoumata Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

La rapporteure,

Fatoumata MLa présidente,

Sophie LESIEUX

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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