vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201122 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL WALTER & GARANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 mars 2022 et le 3 mai 2023, M. A B, représenté par la société d'avocats Walter et Garance, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge partielle, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, relatifs aux factures émises par Amazon ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les factures en litige ne portent pas sur des acquisitions intra-communautaires dès lors que Amazon Europe est un assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée depuis au moins l'année 2014, l'ouverture d'une succursale en France n'étant en réalité que la juste traduction du caractère imposable à la taxe sur la valeur ajoutée en France des opérations qu'elle réalise ;
- en application de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne du 15 septembre 2016 et du 21 novembre 2018, il satisfait aux conditions de fond du droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée au titre des exercices vérifiés ; si les factures d'Amazon Europe auraient dû mentionner la taxe sur la valeur ajoutée déductible, cette taxe, bien que non facturée, demeure déductible ;
- la majoration pour manquement délibéré n'est pas justifiée.
Par un mémoire enregistré le 19 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, qui exerce une activité individuelle de ventes de produits multimédia et d'électroménager grand public sur internet, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos les 31 décembre 2014, 2015 et 2016. Par deux propositions de rectification des 15 décembre 2017 et 7 mars 2018, l'administration a notamment procédé à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée selon la procédure de taxation d'office. Ces rappels ont été mis en recouvrement le 30 avril 2021 pour un montant total, en droits et pénalités, de 202 318 euros. A l'issue des observations du contribuable et d'un recours hiérarchique, l'administration a maintenu partiellement ses rectifications. La réclamation de l'intéressé a été rejetée par une décision du 7 février 2022 de l'administration, qui a néanmoins procédé, à titre gracieux, le 15 février 2022, à une atténuation de la majoration pour manquement délibéré appliquée aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2016 d'un montant de 2 134 euros. M. B, qui ne conteste que la remise en cause par l'administration de la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée relative à des factures émises par ses fournisseurs Amazon France, Amazon Royaume-Uni, Amazon Allemagne, Amazon Espagne et Amazon Italie faisant état d'un taux et d'un montant de taxe sur la valeur ajoutée nuls, demande la décharge partielle, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016.
Sur les conclusions à fin de décharge partielle :
En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductible :
2. D'une part, aux termes de l'article 271 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années en litige : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () / d) Celle qui correspond aux factures d'acquisition intracommunautaire établies conformément à la réglementation communautaire dont le montant figure sur la déclaration de recettes conformément au b du 5 de l'article 287. / 2. La déduction ne peut pas être opérée si les redevables ne sont pas en possession soit desdites factures, soit de la déclaration d'importation sur laquelle ils sont désignés comme destinataires réels. Pour les acquisitions intracommunautaires, la déduction ne peut être opérée que si les redevables ont fait figurer sur la déclaration mentionnée au d du 1 toutes les données nécessaires pour constater le montant de la taxe due au titre de ces acquisitions et détiennent des factures établies conformément à la réglementation communautaire () ". Aux termes du II de l'article 289 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur la facture. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée ". En vertu du 8° de l'article 242 nonies A de l'annexe II au code général des impôts, les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures sont notamment, pour chacun des biens livrés ou des services rendus, la quantité, la dénomination précise, le prix unitaire hors taxes et le taux de taxe sur la valeur ajoutée légalement applicable.
3. D'autre part, il ressort de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne relative aux articles 168, 178, 219, 220 et 226 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006, dont le II de l'article 271, le II de l'article 289 du code général des impôts et le 8° de l'article 242 nonies A de l'annexe II à ce code assurent la transposition, que l'obligation faite à un assujetti souhaitant exercer son droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée payée en amont, de disposer d'une facture faisant figurer les mentions obligatoires prévues par ces textes revêt une nature formelle, de sorte que sa méconnaissance n'a pas pour effet d'entraîner la déchéance de ce droit, à condition toutefois que l'assujetti établisse que les conditions de fond en sont remplies, ce qui implique de produire, devant l'administration ou devant le juge, une facture ou tout document en tenant lieu faisant figurer les informations permettant de déterminer l'étendue de son droit à déduction.
4. Dans le cadre de la vérification de comptabilité, le service a constaté que M. B avait déterminé, en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible, un montant de manière globale à partir des débits bancaires apparaissant sur ses comptes bancaires professionnels sans tenir compte notamment des factures émises par ses fournisseurs, que ces factures mentionnent ou non la taxe sur la valeur ajoutée, et a procédé à un rappel de taxe sur la valeur ajoutée déductible. Il résulte de l'instruction que le service a, plus particulièrement, remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée relative à des factures émises par les fournisseurs du requérant, que sont Amazon France, Amazon Royaume-Uni, Amazon Allemagne, Amazon Espagne et Amazon Italie, sur lesquelles étaient mentionnés un taux et un montant de taxe sur la valeur ajoutée nuls.
5. Le requérant, pour justifier de son droit à déduction, se prévaut des arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne du 15 septembre 2016 Barlis 06 - Investimentos Imobiliários e Turísticos, C 516/14 et du 21 novembre 2018, Lucretiu Hadrian Vadan c/ Agentia Nationala de Administrare Fiscala, C-664/16, selon lesquels le principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée exige que la déduction de celle-ci en amont soit accordée dès lors que la taxe porte sur les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel, même si certaines conditions formelles ont été omises par les assujettis, ainsi que cela ressort du point 3. Il fait valoir que les factures de ses différents fournisseurs Amazon faisant état d'un taux et d'un montant de taxe sur la valeur ajoutée nuls doivent être regardées comme ayant appliqué la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 20 % - et, par suite, comme ne portant pas sur des acquisitions intracommunautaires. Les mentions de ces factures ne correspondraient donc pas à la réalité. Selon lui, Amazon France, Amazon Royaume-Uni, Amazon Allemagne, Amazon Espagne et Amazon Italie doivent se confondre avec Amazon Europe qui, officiellement assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée en France depuis le mois de juillet 2015, de par l'ouverture d'une succursale à Clichy, l'était déjà depuis plusieurs années puisqu'elle y disposait d'entrepôts et que, par suite, Amazon Europe est un assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée en France depuis au moins l'année 2014.
6. Toutefois, par ces seules affirmations, le requérant n'apporte nullement la preuve, alors qu'il est constant que les factures en cause mentionnent la quantité, la dénomination précise et le prix unitaire hors taxes des acquisitions concernées ainsi qu'un taux et un montant de taxe sur la valeur ajoutée nuls, que les sommes figurant sur ces factures incluaient une taxe sur la valeur ajoutée d'un taux de 20 % et qu'il était en droit de porter en déduction cette taxe calculée " en dedans ". Ainsi, en l'absence de toute facture ou tout document en tenant lieu faisant figurer les informations permettant de déterminer l'étendue du droit à déduction de M. B, l'administration était fondée à remettre en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée relative à des factures émises par ses différents fournisseurs Amazon faisant état d'un taux et d'un montant de taxe sur la valeur ajoutée nuls.
En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
8. Il résulte de ces dispositions que la majoration en cas de manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir l'existence d'un manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
9. Pour justifier l'application de la majoration mentionnée à l'article 1729 a) cité au point 7, l'administration s'est fondée sur les circonstances que M. B a majoré les sommes relatives à la taxe sur la valeur ajoutée déductible portées sur la déclaration CA 12 souscrite aux titres des trois années vérifiées et a déterminé globalement le montant de cette taxe en la calculant d'après l'ensemble des débits figurant sur ses comptes bancaires professionnels. Elle précise que le contribuable a déterminé notamment une taxe sur la valeur ajoutée déductible sur des factures émanant de fournisseurs étrangers pour lesquels soit aucune taxe sur la valeur ajoutée n'était facturée soit une taxe sur la valeur ajoutée étrangère était facturée à des taux autres que ceux en vigueur en France et qu'il n'a tenu compte ni de ses dépenses personnelles, des retraits d'espèces et des rémunérations salariales, pour lesquelles aucune taxe sur la valeur ajoutée n'est déductible, ni de l'acquisition de son domicile personnel en janvier 2016 pour lequel il avait implicitement calculé une taxe sur la valeur ajoutée déductible fictive. L'analyse des pièces justificatives présentées durant les opérations de contrôle a mis en évidence une discordance importante entre la taxe sur la valeur ajoutée déductible déclarée et celle justifiée. L'administration a ajouté que le requérant ne pouvait ignorer que la taxe sur la valeur ajoutée légalement déductible était identifiable sur les factures afférentes à sa seule activité professionnelle et qu'il a présentées lors des opérations de contrôle. Le requérant ne peut utilement soutenir qu'il ne disposait pas de la connaissance des règles spécifiques à la taxe sur la valeur ajoutée étrangère. Par suite, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe que le requérant a délibérément cherché à éluder l'impôt en majorant le montant de taxe sur la valeur ajoutée à déduire. L'administration justifie ainsi du bien-fondé de la pénalité qui a été infligée à M. B sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge partielle doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice régionale des finances publiques du Centre Val-de-Loire et du département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026