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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201172

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201172

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201172
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 avril 2022 et le 7 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Lienard-Leandri, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Vernouillet à lui verser 35 000 euros en réparation des préjudices subis en lien avec le traitement de sa situation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vernouillet une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de non-renouvellement de son contrat est entachée d'illégalité dès lors qu'elle n'a pas été justifiée par un motif lié à l'intérêt du service ;

- la décision de renouvellement de son contrat pour trois mois est entachée d'illégalité dès lors que la durée est nettement inférieure à son dernier contrat d'un an et n'est nullement fondée sur un motif d'intérêt général ;

- l'ensemble du traitement de son renouvellement par la commune de Vernouillet est constitutif d'une faute étant donné que la proposition d'un renouvellement de trois mois doit s'apparenter à un non-renouvellement nullement fondé sur un motif d'intérêt général mais ayant pour unique but de l'évincer ;

- la décision de proposer un renouvellement de trois mois du 22 novembre 2021 ainsi que la décision actant son refus de renouvellement du 17 novembre 2021 sont entachées d'un détournement de procédure tiré de la volonté qu'elle ne soit pas indemnisée au titre de la perte involontaire de son emploi ;

- elle estime avoir été victime de harcèlement subi depuis plusieurs années lié à la fois au renouvellement de ses différents contrats à durée déterminée sans aucune proposition de contrat à durée indéterminée ou d'une titularisation, à l'absence de reconnaissance de son travail durant le confinement, aux propos tenus par Monsieur le maire et à l'absence de versement des différentes primes auxquelles elle pouvait avoir droit ;

- la faute est également caractérisée par le traitement de sa situation depuis plusieurs années et l'absence de communication de ses documents de fin de contrat ; son solde de tout compte prenant en compte ses congés payés restants ne lui a pas été remis et qu'elle ne disposait pas de l'ensemble des documents dans le mois de cessation de ses fonctions ;

- il existe un lien direct entre l'attitude fautive de la commune de Vernouillet et les préjudices professionnel et moral qu'elle a subis ;

- au vu de l'ancienneté et de la gravité de la faute, elle estime son préjudice financier à 30 000 euros ;

- compte tenu de l'investissement à son poste et de l'absence de reconnaissance, elle estime son préjudice moral à la somme de 5 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 mars 2023 et le 4 avril 2024, la commune de Vernouillet, représentée par Me Cruchaudet, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 22 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Keiflin,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de Me Cruchaudet, représentant la commune de Vernouillet.

Une note en délibéré présentée par Mme A a été déposée le 18 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée en qualité d'agent contractuel sur un poste d'adjoint technique pour l'entretien des gymnases au sein de la commune de Vernouillet (Eure-et-Loir).

Tout d'abord titulaire de plusieurs contrats à durée déterminée au motif du remplacement temporaire d'un agent indisponible, pour des durées de 15 jours à un mois, en temps discontinu, sur la période du 14 décembre 2015 jusqu'au 30 juin 2018, elle a été reconduite par des contrats d'une durée de trois mois, du 1er mars au 31 décembre 2018 et par des avenants d'une durée de six mois à compter du 1er janvier 2019 jusqu'au 31 décembre 2020 puis a été titulaire d'un contrat de travail à durée déterminée d'une durée de un an, du 1er janvier au 31 décembre 2021. Elle a été informée du non-renouvellement de son contrat par courrier du 17 décembre 2021 avec une prise d'effet au 31 décembre 2021. La commune de Vernouillet est néanmoins revenue sur sa décision en lui proposant, par courrier du 22 novembre 2021, un renouvellement de trois mois, soit jusqu'au 31 mars 2022. Mme A a refusé cette proposition, par courrier du 6 décembre 2021, dont la commune de Vernouillet a accusé réception par courrier du 10 décembre 2021. Estimant avoir fait l'objet d'actes constitutifs de harcèlement et à défaut de versement de différentes primes, Mme A a présenté par courrier du 7 février 2022, une demande indemnitaire préalable afin d'obtenir réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par courrier du 21 mars 2022, la commune de Vernouillet a rejeté cette demande indemnitaire. Par la présente requête, Mme A demande la condamnation de la commune de Vernouillet à lui verser 35 000 euros en réparation des préjudices subis en lien avec le traitement de sa situation.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En premier lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses, si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Si la décision de ne pas renouveler un contrat à durée déterminée n'a pas à être motivée, il appartient toutefois au juge, en cas de contestation de celle-ci, de vérifier qu'elle est fondée sur l'intérêt du service.

3. L'agent mentionné à l'article L. 5424-1 du code du travail, qui refuse le renouvellement de son contrat de travail, ne peut être regardé comme involontairement privé de d'emploi, à moins que ce refus soit fondé sur un motif légitime, qui peut être lié notamment à des considérations d'ordre personnel ou au fait que le contrat a été modifié de façon substantielle sans justification de l'employeur. Justifie, dans les circonstances de l'espèce, d'un motif légitime de refus l'agent qui se voit proposer le renouvellement de son contrat pour une durée de trois mois seulement, eu égard notamment à son ancienneté dans l'organisme et en l'absence de justification de l'employeur, qui n'était certes pas tenu de renouveler le contrat de l'intéressé pour la même durée, sur la réduction de la durée de son contrat de travail de douze mois à trois mois.

4. Mme A, dont il a été dit au point 1 qu'elle était titulaire d'un contrat de travail à durée déterminée d'un an, du 1er janvier au 31 décembre 2021, soutient d'une part que la décision de non-renouvellement de son contrat est illégale dès lors que l'administration ne justifie pas d'un motif tiré de l'intérêt du service, d'autre part que la décision de renouvellement de trois mois est également illégale en l'absence de justification de son employeur sur la réduction de la durée de son contrat de douze mois à trois mois et que le traitement de sa situation révèle une volonté de l'évincer, et enfin qu'elle justifiait dans ces circonstances d'un motif légitime de refus et doit par suite être regardée comme involontairement privée d'emploi.

5. Il résulte de l'instruction qu'ainsi que la commune de Vernouillet le fait valoir, le poste occupé par Mme A était lié au remplacement d'un agent titulaire absent pour cause de maladie et que, cet agent ayant finalement été admis à la retraite pour invalidité, la collectivité a décidé d'affecter, dans l'intérêt du service, ce poste à un autre agent titulaire en attente de reclassement depuis septembre 2021. Ainsi, il résulte de l'instruction que la décision de non-renouvellement du contrat de Mme A était motivée par l'affectation d'un agent titulaire en phase de reclassement sur le poste qu'elle occupait en remplacement d'un agent titulaire temporairement absent et qui est devenu vacant suite à la sortie de service de cet agent. Ce motif dès lors qu'il n'est pas étranger à l'intérêt du service était suffisant à justifier la décision de non-renouvellement du contrat. La circonstance, d'une part, que la requérante a fait l'objet d'un avis favorable de la part de son responsable pour devenir stagiaire en janvier 2022, et d'autre part, que son remplacement effectif ne soit finalement intervenu qu'en 2023 et sur un poste qui ne correspondait pas à celui qu'elle avait occupé est sans incidence sur la légalité de la décision de non-renouvellement de son contrat.

6. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la proposition de renouvellement de contrat qui lui a été faite pour une durée de trois mois visait à lui permettre de rechercher un nouvel emploi. Quand bien même cette proposition prise dans son intérêt propre n'était pas justifiée par un motif tiré de l'intérêt du service elle n'est pas pour autant illégale, dès lors qu'elle est intervenue suite à une décision de non-renouvellement de son contrat qui est légale.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision de non-renouvellement du contrat de Mme A ainsi que la proposition de renouvellement pour trois mois ne sont pas constitutives d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Vernouillet.

8. En deuxième lieu, Mme A soutient que tant la décision de non-renouvellement du 17 novembre 2021 que la proposition de renouvellement de trois mois du 22 novembre 2021 sont entachés d'un détournement de procédure tiré de la volonté d'éviter de l'indemniser au titre de la perte involontaire de son emploi. Toutefois, et alors que la commune de Vernouillet fait valoir sans contredit avoir régularisé le 11 janvier 2022, à la suite de l'échéance du contrat de travail de la requérante une attestation employeur à l'adresse de Pôle emploi visant comme motif " fin de contrat " et non un refus de renouvellement du contrat à durée déterminée de la part de l'agent, et que ce motif doit être regardé comme révélant une privation d'emploi involontaire qui ouvre droit en application du I de l'article L. 5422-1 du code du travail au versement d'une allocation d'assurance et que Mme A ne justifie pas avoir été privée d'une indemnisation au titre de la perte de son emploi, le détournement de procédure allégué n'est pas établi.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".

10. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

11. Mme A soutient avoir été victime de harcèlement moral lié à la dégradation de ses conditions de travail pendant plusieurs années, illustrée par un refus de proposition d'un contrat à durée indéterminée ou d'un stage en vue d'une titularisation, à une absence de reconnaissance de son travail pendant la période du confinement, par des propos discriminatoires du maire à son adresse et des refus illégitimes de versements de primes et de remise de documents auxquelles elle avait pourtant droit.

12. Toutefois, dès lors que Mme A ne dispose d'aucun droit au renouvellement de son contrat et a fortiori pas davantage à un droit à transformation de son contrat à durée déterminée en un contrat à durée indéterminée, ni moins encore d'un droit à obtenir un stage, la circonstance tenant à l'absence d'une proposition pour sécuriser sa situation professionnelle n'est pas constitutive de faits de harcèlement. En outre, si Mme A soutient être éligible à la prime covid et au complément indemnitaire annuel, elle ne l'établit pas, et, en tout état de cause, le

bénéfice de ces avantages ne constitue pas un droit pour l'agent contractuel, de sorte que ces attributions différenciées qui relèvent de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique ne sont pas davantage de nature à révéler l'existence d'un harcèlement moral commis à son préjudice. Par ailleurs, si Mme A soutient que lors d'un entretien le maire de la commune a tenu des propos discriminatoires à son encontre, il résulte de l'instruction que lesdits propos, dont la véracité est établie par la production d'un témoignage, pour inappropriés qu'ils soient, ne peuvent être regardés au regard de leur imprécision comme constituant une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes et, par suite une discrimination. La circonstance qu'un tract syndical a appelé à un rassemblement pour dénoncer l'attitude des services à l'encontre des agents de la collectivité n'est pas davantage de nature à établir l'existence d'une situation de harcèlement envers Mme A. Enfin, le défaut d'établissement d'un solde de tout compte à l'échéance de son contrat, alors qu'aucun texte n'impose la délivrance aux agents contractuels de droit public d'un solde de tout compte à l'expiration de leur contrat et notamment pas les dispositions de l'article L. 1234-20 du code du travail, qui ne s'appliquent qu'aux ruptures du contrat de travail, et alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 8 elle n'établit pas qu'elle ne disposait pas de l'ensemble des documents nécessaires dans le mois de cessation de ses fonctions, n'est pas de nature à caractériser des faits de harcèlement. Dans ces conditions, les faits invoqués par la requérante ne caractérisent pas une situation de harcèlement moral et elle n'est, par suite, pas fondée à soutenir que la commune de Vernouillet a commis une faute tenant au harcèlement qu'elle estime avoir subi susceptible d'engager sa responsabilité à son encontre.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vernouillet, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la commune de Vernouillet au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vernouillet au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Vernouillet.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

Mme Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

Laura KEIFLIN

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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