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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201908

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201908

lundi 13 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201908
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantANNOOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2022, un mémoire complémentaire enregistré le 9 avril 2024 et des pièces enregistrées le 31 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Bonvillain, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 mars 2022 par laquelle le président du SIVOM d'intérêt scolaire Les Bordes-Bonnée a refusé de reconnaître imputable au service l'accident dont elle a été victime le 17 janvier 2020 ;

2°) d'annuler la décision du président du SIVOM d'intérêt scolaire Les Bordes-Bonnée en date du 29 mars 2022 refusant de lui accorder la protection fonctionnelle ;

3°) d'enjoindre au président dudit syndicat de reconnaître l'imputabilité au service ;

4°) de condamner le SIVOM d'intérêt scolaire Les Bordes-Bonnée à lui verser une indemnité de 6.900 € avec application d'un taux de chance de 99,9 %, outre une indemnité de 1.500 € en réparation de son préjudice moral ;

5°) de mettre à la charge du SIVOM la somme de 2.000 € en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'accident qui est survenu le 17 janvier 2020 à cause de sa collègue, Mme C, et qui est à l'origine de sa dépression réactionnelle dont la réalité est établie par les 4 certificats médicaux datés du 4 novembre 2020 doit être considéré comme étant imputable au service dès lors qu'il a eu lieu pendant le temps et sur le lieu de service ;

- elle a droit au bénéfice de la protection fonctionnelle ;

- son employeur a méconnu ses obligations en la transférant dans un autre lieu de travail et pour avoir réduit ses horaires de travail ;

- elle a droit à être indemnisée de son préjudice financier lié à la baisse du nombre d'heures travaillées, qui représente une baisse de 300 € brut mensuel, soit un préjudice financier total de 6.900 € ;

- elle est victime d'un préjudice moral estimé à 1.500 € en raison de la véritable sanction dont elle fait l'objet alors qu'elle n'a commis aucune faute.

Par un mémoire enregistré le 22 mars 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 29 mai 2024, le SIVOM d'intérêt scolaire Les Bordes-Bonnée, représentée par Me Annoot, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante la somme de 1.500 € en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés au motif que :

- Mme A a été recrutée par la commune de Les Bordes en 2002 puis pour le SIVOM en octobre 2011 pour y occuper un emploi d'agent périscolaire polyvalent avec un temps de travail de 28 heures par semaines à compter de 2013 ;

- alors qu'elle travaillait avec Mme C qui était alors son amie, elle a fait part au début de l'année 2020 d'un mal-être et a demandé à changer de poste et elle a rejoint le restaurant scolaire communal à compter du 1er mars 2020 avec une durée de travail hebdomadaire réduite de 28 h 56 à 25 h 79 par un arrêté du 1er mars 2020 qui n'a pas été contesté ;

- l'existence d'un événement qui serait survenu le 17 janvier 2020 n'est pas établie;

- elle ne rapporte pas la preuve d'un lien entre cet évènement et la lésion mentale médicalement constatée à compter du 4 novembre 2020, soit 9 mois plus tard ;

- sa souffrance résulte d'un travail qu'elle a accepté mais qui ne lui plait pas ;

- elle cumule son emploi avec une autre activité accessoire sans que cette dernière soit déclarée ou autorisée et qui est à l'origine de sa souffrance ;

- la protection fournie a été appropriée car elle a été éloignée de l'agent qui serait à l'origine de sa souffrance dès le 1er mars 2020, peu après le signalement du 17 janvier 2020 ;

- le nouvel emploi confié correspond à son grade ;

- aucune faute ne peut être reprochée à son employeur ;

- la baisse de rémunération à hauteur de 300 € brut mensuel n'est pas justifiée.

Par ordonnance du 31 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2024 à 12 heures en application des articles R. 613-1 et R. 613-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 92-849 du 28 août 1992 ;

- le décret n° 2006-1691 du 22 décembre 2006 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjoint technique territorial, exerçait depuis le 1er septembre 2010 ses fonctions au sein du restaurant scolaire de la commune de Les Bordes (45460) puis a été affectée à compter du 1er mars 2020 par arrêté du même jour au restaurant scolaire de la commune de Bonnée (45460), distante de 3 km. Arrêtée à compter du 28 avril 2021 en raison d'un syndrome dépressif, elle a sollicité par courrier du 3 février 2022, soit postérieurement à l'entrée en vigueur du décret susvisé du 10 avril 2019, du président du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) d'intérêt scolaire Les Bordes-Bonnée que soit reconnu imputable au service l'accident survenu le 17 janvier 2020. Elle s'est vue opposer une décision de refus le 29 mars 2022 reçue le 1er avril 2022. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler le refus de reconnaissance d'imputabilité au service de cet accident ainsi que le refus opposé à sa demande d'octroi de la protection fonctionnelle, outre la condamnation du SIVOM à lui verser une indemnité de 6.900 € au titre de son préjudice financier et 1.500 € en réparation de son préjudice moral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative: " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".

En ce qui concerne le refus de reconnaissance d'imputabilité au service :

3. En premier lieu, selon l'articles L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. ". L'article L. 822-21 dispose : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu'il est défini à l'article L. 822-18 () ". Aux termes de l'article L. 822-22 de ce code : " Le fonctionnaire bénéficiaire d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite ".

4. En second lieu, l'article 37-3 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa rédaction applicable au présent litige, précise que : " I.- La déclaration d'accident de service ou de trajet est adressée à l'autorité territoriale dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident./ Ce délai n'est pas opposable à l'agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l'article 37-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l'accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. () ".

5. Mme A a sollicité par courrier du 3 février 2022 que soit reconnu comme un accident imputable au service l'évènement survenu le 17 janvier 2020 qui serait à l'origine des troubles anxio-dépressifs dont elle souffre, dont la réalité est médicalement attestée depuis le 4 novembre 2020. Elle décrit que, le vendredi 17 janvier 2020, sur son lieu de travail, sa collègue aurait pris plusieurs couteaux dans la cuisine où elles travaillaient alors toutes les deux et se serait " planté ces couteaux dans son ventre plusieurs fois sans pression cependant puisqu'il n'y avait pas de blessure ". Alors que la réalité de cet événement tout comme la qualification juridique d'accident sont contestées en défense, Mme A, qui rapporte ces faits plus de deux ans après leur survenance et invoque dix mois après l'existence de troubles dépressifs qui seraient en relation avec ceux-ci, n'assortit pas ce moyen du moindre commencement de preuve, hormis ses déclarations, lesquelles ne sont corroborées par aucun des éléments produits, ni au surplus n'établit le caractère soudain et surtout violent de cet événement, à le supposer établi, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur elle. Ce moyen n'est, dans ces conditions, manifestement pas assorti de précisions suffisantes qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le refus de protection fonctionnelle :

6. Aux termes des dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicables et aujourd'hui reprises aux articles L. 134-1 et L. 134-5 du code général de la fonction publique : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / () / IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".

7. Ces dispositions établissent à la charge de la collectivité publique et au profit des fonctionnaires, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à l'occasion ou du fait de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent concerné est exposé, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis. Cette protection n'est due, cependant, que lorsque les agissements en cause visent l'agent concerné à raison de sa qualité d'agent public.

8. Mme A n'établit pas qu'elle aurait essuyé un refus de protection fonctionnelle qui serait illégal et par suite fautif dès lors qu'elle a fait l'objet à compter du 1er mars 2020 faisant suite à son signalement d'un changement d'affectation ayant pour objet comme pour effet de l'éloigner de son lieu initial de travail avec sa collègue avec laquelle les rapports s'étaient semble-t-il détériorés. Ce fondement de responsabilité pour faute n'est dès lors pas assorti de précisions suffisantes et ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le manquement par l'employeur à son obligation de sécurité :

9. D'une part, aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " En application de l'article 108-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans les services des collectivités et établissements mentionnés à l'article 1er, les règles applicables en matière de santé et de sécurité sont, sous réserve des dispositions du présent décret, celles définies aux livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail et par les décrets pris pour leur application () ".

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs () ". Aux termes de l'article L. 4121-2 du même code : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants () ".

11. En vertu de ces dispositions, les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, sauf à commettre une faute de service.

12. Mme A se borne à soutenir par voie d'affirmations qu'elle souffre d'un syndrome dépressif qui serait en relation avec l'événement survenu le 17 janvier 2020, mais sans cependant établir la nature comme la réalité de celui-ci, ainsi qu'il a été dit au point 5. Dans ces conditions, elle n'assortit pas ses conclusions tendant à faire constater un manquement de la part de son employeur à son obligation de sécurité de résultat de précisions suffisantes et ce, alors qu'il résulte au contraire de l'instruction que son employeur, averti de son mal-être au travail, l'a, par arrêté contesté du 1er mars 2020, changé d'affectation dès cette date afin d'effectuer diverses tâches ménagères dans le restaurant scolaire à Bonnée et accompagner les élèves lors de sorties en bus. Ce fondement de responsabilité n'est manifestement pas non plus assorti de précisions suffisantes qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la baisse illégale du nombre d'heures :

13. Par arrêté n° 01-2020 P en date du 1er mars 2020 portant la mention des voies et de délais de recours et notifié à Mme A le jour même, le président du SIVOM Les Bordes-Bonnée a réduit de 29 h à 25,79/35e annualisées la durée hebdomadaire de travail de Mme A. Si cette dernière soutient subir un préjudice au motif que cet arrêté réduit le nombre hebdomadaire d'heures travaillées lui occasionnant par suite un préjudice financier qu'elle évalue à 6.900 € à la date de sa réclamation préalable en raison de cette baisse de traitement subie pendant cette période de 23 mois qu'elle évalue à 300 € brut mensuel, elle ne l'a ni contesté par voie d'action directe, ni ne soulève de moyens spécifique à son encontre dans le cadre des conclusions indemnitaires qu'elle présente dans le présent litige, ni justifie que la baisse du nombre d'heures effectivement travaillées serait plus importante que le nombre de celles juridiquement actées et payées par l'arrêté précité. Ce troisième et dernier fondement de responsabilité n'est manifestement pas davantage assorti de précisions suffisantes qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 222-1, 7° du code de justice administrative.

Sur les frais du litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SIVOM d'intérêt scolaire Les Bordes-Bonnée, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le SIVOM d'intérêt scolaire Les Bordes-Bonnée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le SIVOM d'intérêt scolaire Les Bordes-Bonnée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au SIVOM d'intérêt scolaire Les Bordes-Bonnée.

Copie en sera adressée pour information aux communes de Les Bordes et de Bonnée.

Fait à Orléans, le 13 janvier 2025.

Le président de la 5e chambre,

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance

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