vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201971 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GOSSELIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 juin 2022 et le 26 avril 2024, la SA MMA IARD, représentée par Me Gosselin, avocat, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 100 825,08 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 février 2022 et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée sur le fondement des dispositions de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ;
- elle est fondée à obtenir le versement de la somme de 100 825,08 euros correspondant à l'indemnité versée à son assurée la SAS Gien Distribution, dans les droits de laquelle elle est subrogée.
Par un mémoire enregistré le 20 octobre 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée en application de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure pour ces dommages ;
- la somme des différents postes de préjudice évalués par l'expert s'élève à 98 932,71 euros ; les préjudices subis par la SA MMA IARD en ce qui concerne la porte de sortie d'urgence, les frais financiers et les frais d'huissier ne sont pas établis ; l'éventuelle indemnisation de la perte d'exploitation invoquée par la requérante devrait être revue à la baisse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dicko-Dogan,
- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Goven, représentant la SA MMA IARD.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Gien Distribution exploite un centre commercial E. Leclerc situé au 17 rue de la Bosserie à Gien (Loiret). Dans le cadre du mouvement national dit A ", des groupes de manifestants se sont installés entre le 17 novembre 2018 et le 29 décembre 2018 sur les ronds-points permettant l'accès à ce centre commercial. Par un courrier reçu en préfecture le 8 février 2022, la SA MMA IARD, assureur de la SAS Gien Distribution, a adressé à la préfète du Loiret une demande indemnitaire préalable en vue d'obtenir la réparation des préjudices résultant de ces blocages. Par une décision implicite, la préfète du Loiret a rejeté cette demande. Par la présente requête, la SA MMA IARD, subrogée dans les droits de son assurée, demande la condamnation de l'Etat au versement de la somme de 100 825,08 euros, assortie des intérêts capitalisés.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens () ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. En outre, ne peuvent être regardés comme étant le fait d'un attroupement ou rassemblement au sens de ces dispositions les actes délictuels ne procédant pas d'une action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un attroupement ou rassemblement mais d'une action préméditée et organisée par un groupe structuré à seule fin de les commettre.
3. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de la route : " Le fait, en vue d'entraver ou de gêner la circulation, de placer ou de tenter de placer, sur une voie ouverte à la circulation publique, un objet faisant obstacle au passage des véhicules ou d'employer, ou de tenter d'employer un moyen quelconque pour y mettre obstacle, est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende () ".
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment des divers procès-verbaux de constat et du rapport d'expertise du 17 mai 2019 établi à la demande de la SAS Gien Distribution par le cabinet d'expertise Union d'experts Grand Est, ainsi que des différents articles de presse régionaux et nationaux produits par chacune des parties, qu'à compter du 17 novembre 2018 et jusqu'au 29 décembre 2018, des opérations de blocage ou de filtrage de la circulation automobile ont été organisées, sur le territoire de la commune de Gien, dans la zone commerciale Val Sologne donnant accès notamment au centre commercial exploité par la SAS Gien Distribution. Ces opérations, qui ont, selon les jours, empêché, limité ou dissuadé l'accès automobile au centre commercial, ont entraîné, sur cette période, une baisse de fréquentation du centre commercial et de ses différentes enseignes par la clientèle.
5. Toutefois, il résulte également de l'instruction que ces opérations s'inscrivent dans le contexte du mouvement national de contestation dit A ", né en novembre 2018 en réaction notamment à la hausse du prix des carburants. Bien que n'étant pas porté par un groupe ou une structure préexistante identifiable, ce mouvement de contestation s'est structuré, au moyen notamment des réseaux sociaux, en vue en particulier de monter des opérations concertées et coordonnées de barrages routiers, constitutives par elles-mêmes du délit d'entrave à la circulation réprimé par l'article L. 412-1 du code de la route cité au point 3. Dans le cas particulier de la zone commerciale Val Sologne, il résulte de l'instruction, notamment des articles de la presse locale et des photographies produits par les parties, qu'ont été mis en place des barrages routiers formés de palettes en bois et de filtrage humain visant à paralyser l'économie sur deux principaux ronds-points donnant accès à la zone d'implantation du centre commercial et que le rond-point Est concentrait la majorité des blocages et filtrages durant cette période. Il s'ensuit que ces opérations ne procèdent pas d'une simple action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un mouvement national de contestation mais présentent un caractère prémédité et ont été organisées par un groupe structuré à seule fin de commettre le délit d'entrave à la circulation. Elles ne sauraient donc être regardées comme le fait d'un attroupement ou d'un rassemblement au sens des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
6. En second lieu, si la société requérante soutient qu'une porte de secours du magasin a été endommagée le 24 novembre 2018, le montant de la réparation s'élevant à la somme de 502,50 euros hors taxe, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que cette dégradation ait été commise par des participants au mouvement A ", ni par suite qu'elle puisse être regardée comme entrant dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée sur le fondement des dispositions de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure. Dès lors, les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SA MMA IARD demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SA MMA IARD est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SA MMA IARD et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
M. Lardennois, premier conseiller,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
La rapporteure,
Fatoumata DICKO-DOGAN
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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01/06/2026