lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202067 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELARL DEREC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juin et 4 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Mamet, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 23 mai 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise a refusé de reconnaître l'imputabilité au service d'un accident de travail ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier de l'agglomération montargoise de réexaminer sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident de travail survenu le 8 avril 2021 et de rétablir provisoirement le versement de son plein traitement dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'agglomération montargoise le versement de la somme de 1 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors que la décision attaquée a pour effet de la placer sans traitement et de la priver de revenus, ne lui permettant pas de faire face aux charges dont elle justifie, alors qu'elle vit seule avec un enfant à charge ; le centre hospitalier a créé cette situation en mettant plus de cinq mois pour prendre la décision de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident et en attendant, ce faisant, l'expiration de ses droits à congé maladie ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité externe de la décision attaquée :
* la décision a été prise par une autorité incompétente ;
* elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne précise pas les circonstances de fait justifiant le refus de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime ;
* elle vise un rapport hiérarchique dont elle ignore la teneur ;
- sont également de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité interne de la décision attaquée :
* le moyen tiré de ce que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a été victime, sur son lieu de travail, d'un harcèlement moral caractérisé par la prolongation indéfinie de sa période de stage, la surveillance constante de ses faits et gestes, l'absence de prise en compte des recommandations du médecin de prévention, l'absence de considération, l'absence de moyens matériels, les changements de missions ainsi que des violences verbales ; la commission de réforme a émis à l'unanimité un avis favorable à l'imputabilité, après une expertise médicale soulignant l'absence de doute ; le service psychiatrie a depuis " implosé " et la cadre de service mise en cause est partie en retraite anticipée ;
* le moyen tiré d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, le centre hospitalier de l'agglomération montargoise représenté par Me Derec, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence invoquée n'est pas constituée dès lors que Mme B, qui ne produit aucune pièce relative à ses ressources et à ses comptes, ne justifie pas des difficultés qu'elle invoque ;
- aucun des moyens invoqués par la requérante n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :
* le signataire disposait d'une délégation ;
* cette décision est suffisamment motivée en droit et en fait ;
* la requérante ne peut pas se plaindre d'avoir été privée d'une garantie pour n'avoir pas eu accès au rapport de sa supérieure hiérarchique dès lors que la commission de réforme a émis un avis en sa faveur ;
* la décision contestée n'est entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, les faits de harcèlement invoqués par la requérante, de manière vague et imprécise, ne reposant sur aucun fait avéré ; la pathologie dont est atteinte Mme B est en lien avec un état psychologique antérieur fragile, lequel avait justifié son placement en arrêt de travail avant une reprise à mi-temps thérapeutique.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 17 juin 2022 sous le n° 2202065 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- l'arrêté ministériel du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juillet 2022 à 10 h 30 :
- le rapport de Mme D ;
- les observations de Me Mamet, représentant Mme B qui a repris les éléments de sa requête qu'elle a développés en insistant, en ce qui concerne l'urgence, sur le fait que la décision attaquée est intervenue plus de cinq mois après la réunion de la commission de réforme, en dépit des nombreuses relances adressées par la requérante, cette dernière ayant désormais épuisé ses droits à congés maladie et au titre de son compte épargne temps ; elle fait valoir, en outre, que si Mme B ne conteste pas qu'il existait un contexte antérieur, les évènements survenus durant la journée du 8 avril 2021 ont provoqué chez elle une lésion psychologique et psychique brutale qui présente toutes les caractéristiques de l'accident de service ;
- et les observations de Me Derec, représentant le centre hospitalier de l'agglomération montargoise, qui persiste dans ses conclusions en soulignant l'absence d'urgence de la demande, la requérante ne justifiant pas de sa situation patrimoniale et financière, laquelle en tout état de cause n'est pas en lien avec la décision attaquée mais découle de sa mise en disponibilité ; il insiste, par ailleurs, sur le fait que Mme B n'invoque aucun évènement précis qui serait survenu le 8 avril 2021 mais se borne à faire état de comportements et de propos qu'elle qualifie de déplacés, sans toutefois en indiquer la teneur ainsi que d'impressions, ce qui s'avère insuffisant pour établir l'existence d'un accident.
La clôture de l'instruction ayant été, à l'issue de l'audience et en présence des parties, différée jusqu'au 6 juillet 2022 à 12 h 00 afin de permettre aux parties de produire des pièces complémentaires.
Des pièces complémentaires, présentées pour Mme B, ont été enregistrées le 5 juillet 2022.
Un mémoire complémentaire, présenté pour le centre hospitalier de l'agglomération montargoise, a été enregistrée le 6 juillet 2022 à 11 h 20 et a été communiqué.
Une note en délibéré, présentée pour Mme C, a été enregistré le 8 juillet 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 avril 2021, Mme A B, infirmière D.E. exerçant alors en qualité de stagiaire cadre de santé au sein du centre hospitalier de l'agglomération montargoise, a déclaré un accident du travail à la suite de propos et de comportements dégradants et offensants de la part de ses supérieurs. Par sa requête ci-dessus analysée, elle demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 23 mai 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". En vertu de l'article L. 522-1 du même code, le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code ajoute que la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire.
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par Mme B, et tirés de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, de sa motivation insuffisante, de l'absence d'information quant à la teneur du rapport hiérarchique visé par cette décision, ainsi que de l'erreur d'appréciation et du détournement de pouvoir, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence est remplie, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de ladite décision doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées par la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de Mme B la somme dont le centre hospitalier de l'agglomération montargoise sollicite le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de l'agglomération montargoise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au centre hospitalier de l'agglomération montargoise.
Fait à Orléans, le 11 juillet 2022.
La juge des référés,
Patricia D
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.