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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202084

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202084

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202084
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantSELARL DEREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin et 5 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Arvis, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 27 décembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident survenu le 30 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de l'agglomération montargoise de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 30 novembre 2020 à titre provisoire et de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre temporaire jusqu'au jugement au fond, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) d'assortir cette injonction d'une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'agglomération montargoise le versement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que la décision attaquée préjudicie gravement à sa situation financière en la plaçant à demi-traitement depuis le mois de mars 2022, soit un montant de 927 euros, inférieur au seuil de pauvreté et insuffisant pour lui permettre de subvenir seule à ses charges fixes incluant deux crédits en cours, alors qu'elle ne dispose d'aucune autre ressource ; aucun manque de diligence ne pourra lui être reproché dès lors qu'elle n'était pas en mesure d'acquitter les frais d'avocat ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité externe de la décision attaquée :

* la décision a été prise par une autorité incompétente ;

* elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle a été prise sans avis préalable de la commission de réforme, en méconnaissance des dispositions de l'article 47-6 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 et de l'arrêté ministériel du 4 août 2004 ;

* à supposer que la commission de réforme ait effectivement été réunie, la procédure suivie est entachée de multiples irrégularités dès lors qu'aucune information ne lui a été transmise concernant cette réunion à laquelle elle n'a pas été convoquée, qu'elle n'a pas été informée de ses droits, qu'il ne lui a pas été permis de s'assurer de la composition régulière de cette commission, et en particulier de la présence d'un médecin spécialiste, ni de la présence du rapport écrit du médecin du travail ;

* elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne précise pas les circonstances de fait justifiant le refus de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime ;

- sont également de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité interne de la décision attaquée :

* le moyen tiré de ce que la décision méconnaît les dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 et les dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

* le moyen tiré de ce que cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation alors qu'elle a été victime d'une chute le 30 novembre 2020 sur son lieu et pendant ses horaires de travail, conduisant à son placement en arrêt maladie pour accident du travail dès le 30 novembre 2020, prolongé à plusieurs reprises eu égard au traumatisme causé à l'épaule et aux cervicales ; en outre, l'imputabilité au service de l'accident est caractérisée dès lors que le lien entre l'évènement et le service est établi et que l'imputabilité a été certifiée par un médecin expert à la demande du centre hospitalier de l'agglomération montargoise ; contrairement à ce que soutient le centre hospitalier, aucune faute personnelle ne peut lui être reprochée, l'accès au chemin en herbe n'étant pas interdit et cette voie étant celle qui lui avait été indiquée par ses collègues.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, le centre hospitalier de l'agglomération montargoise représenté par Me Derec, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence invoquée n'est pas constituée dès lors que, d'une part, Mme B a attendu six mois avant d'introduire sa requête en référé et que, d'autre part, elle n'est pas privée de toute rémunération ; elle a, en outre, fait l'objet d'une sanction disciplinaire à raison des graves manquements dont elle s'est rendue coupable, laquelle entrainera sa suspension sans traitement pour une durée de six mois à l'issue de son congé maladie ;

- aucun des moyens invoqués par la requérante n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

* le signataire disposait d'une délégation ;

* la commission de réforme, dont la composition était régulière, a bien été saisie par courrier recommandé du 30 août 2021 et a rendu son avis le 2 décembre suivant ; contrairement à ce que soutient la requérante, elle a été informée de cette réunion, de même que le médecin de prévention qui avait, auparavant, établi un rapport ; l'absence du médecin spécialiste ne prive pas nécessairement l'intéressée d'une garantie ; en tout état de cause, Mme B ne peut se plaindre d'avoir été privée d'une garantie dès lors que la commission de réforme a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'accident de service du 30 novembre 2020 avec une demande de nouvelle expertise pour consolidation et reprise du travail à temps plein, qui est en cours ;

* la décision attaquée est suffisamment motivée ;

* elle n'est entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, l'accident étant entièrement imputable à la faute personnelle de la requérante qui a emprunté une voie interdite d'accès, ce qu'elle reconnaît elle-même dans son rapport.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 28 février 2022 sous le n° 2200645 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- l'arrêté ministériel du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juillet à 10 h 30 :

- le rapport de Mme Rouault-Chalier, juge des référés ;

- les observations de Mme B qui a conclu aux mêmes fins que la requête avec les mêmes moyens en insistant sur le fait qu'elle n'a pas reçu la convocation devant la commission de réforme ;

- et les observations de Me Derec, représentant le centre hospitalier de l'agglomération montargoise, qui persiste dans toutes ses conclusions en soulignant l'absence d'urgence de la demande, la requérante ayant attendu six mois avant de solliciter en référé la suspension de la décision litigieuse.

La clôture de l'instruction ayant été, à l'issue de l'audience et en présence des parties, différée au 7 juillet 2022 à 12 h 00.

Par une ordonnance du 7 juillet 2022, la juge des référés a différé à nouveau la clôture de l'instruction au 8 juillet 2022 à 14 h 00.

Un mémoire, présenté pour le centre hospitalier de l'agglomération montargoise, a été enregistré le 7 juillet 2022 et a été communiqué.

Le centre hospitalier transmet à la juge des référés la copie de la lettre de convocation en vue de la séance du 2 décembre 2021 de la commission de réforme hospitalière et soutient, en outre, que si l'adresse figurant sur ce courrier n'est pas celle mentionnée par Mme B sur sa requête devant le tribunal, il s'agit néanmoins de l'adresse qu'elle avait déclarée à l'hôpital, de sorte qu'elle n'est pas fondée à se prévaloir de l'irrégularité de la procédure.

Un mémoire complémentaire, présenté pour Mme B, a été enregistré le 7 juillet 2022 et a été communiqué.

Mme B fait valoir que la preuve de la réception du courrier litigieux n'est pas rapportée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ouvrière principale de seconde classe titulaire affectée au sein du service sécurité incendie du centre hospitalier de l'agglomération montargoise depuis le 26 octobre 2020, a été placée le 30 novembre 2020 à la suite d'un accident du travail survenu le jour même, en arrêt de travail initial, prolongé à plusieurs reprises et, en dernier lieu, par un certificat médical pour la période du 29 mars au 30 juin 2022. Par une décision du 30 août 2021, le directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise a refusé de reconnaître cet accident imputable au service. Après que l'exécution de cette décision a été suspendue par une ordonnance du 23 novembre 2021 de la juge des référés du tribunal et que la commission de réforme a rendu son avis le 2 décembre 2021, le directeur du centre hospitalier a par une décision du 27 décembre 2021, d'une part, retiré la décision du 30 août 2021 et, d'autre part, confirmé son refus de reconnaître imputable au service l'accident du 30 novembre 2020. Par sa requête ci-dessus analysée, Mme B demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 27 décembre 2021 du directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". En vertu de l'article L. 522-1 du même code, le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de code ajoute que la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire.

En ce qui concerne l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. En l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier qu'en exécution de l'ordonnance du 23 novembre 2021 de la juge des référés, le centre hospitalier de l'agglomération montargoise a rétabli provisoirement Mme B à plein traitement, il est constant que depuis le mois de mars 2022, l'intéressée, dont l'établissement indique qu'elle a épuisé ses droits à congé maladie ordinaire, n'est à nouveau plus rémunérée qu'à demi-traitement. Ainsi, eu égard aux incidences financières qu'implique la décision de refus de reconnaître imputable au service l'accident dont a été victime Mme B, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative apparaît remplie en l'espèce, sans que le centre hospitalier puisse utilement lui reprocher d'avoir tardé à introduire le présent référé, les difficultés qu'elle soutient avoir rencontrées pour s'acquitter des frais d'une nouvelle instance pouvant légitimer ce délai.

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés, en premier lieu, de ce que Mme B n'a pas été régulièrement convoquée à la séance de la commission de réforme qui s'est tenue le 2 décembre 2021, ce qui l'a privée d'une garantie, et, en second lieu, de ce qu'aucune faute personnelle de l'intéressée ou toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service n'étant établie, l'accident déclaré par l'intéressée est imputable au service, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 27 décembre 2021.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article

L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Il y a donc lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 27 décembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident dont a été victime Mme B, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article 47-5 du décret du 14 mars 1986 : " Pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident ou de la maladie, l'administration dispose d'un délai : / 1° En cas d'accident, d'un mois à compter de la date à laquelle elle reçoit la déclaration d'accident et le certificat médical ; () / Au terme de ces délais, lorsque l'instruction par l'administration n'est pas terminée, l'agent est placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire pour la durée indiquée sur le certificat médical prévu au 2° de l'article 47-2 et au dernier alinéa de l'article 47-9. Cette décision, notifiée au fonctionnaire, précise qu'elle peut être retirée dans les conditions prévues à l'article 47-9. ".

8. Eu égard au motif de suspension retenu et compte tenu, ainsi que le centre hospitalier de l'agglomération montargoise l'indique lui-même en défense, de ce que l'instruction de la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident survenu le 30 novembre 2020 n'est pas terminée dès lors qu'une réunion d'expertise était programmée le 2 juin 2022 et que le comité médical a été saisi pour avis, il est enjoint au centre hospitalier de placer Mme B à titre provisoire, dans l'attente du jugement au fond et dans l'attente de l'intervention d'une décision relative à sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident, en congé pour invalidité temporaire imputable au service dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont le centre hospitalier de l'agglomération montargoise demande le versement au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'établissement le versement à la requérante d'une somme de 1 500 euros au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 27 décembre 2021 du directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de l'agglomération montargoise de placer Mme B à titre provisoire, dans l'attente du jugement au fond et dans l'attente de l'intervention d'une décision relative à sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident survenu le 30 novembre 2020, en congé pour invalidité temporaire imputable au service dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le centre hospitalier de l'agglomération montargoise versera à Mme B une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions du centre hospitalier de l'agglomération montargoise présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au centre hospitalier de l'agglomération montargoise.

Fait à Orléans, le 12 juillet 2022.

La juge des référés,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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