vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202460 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL WALTER & GARANCE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) ABR Automobiles, représentée par la société d'avocats Walter et Garance, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est entachée d'une irrégularité substantielle pour méconnaissance de l'article L. 57 A du livre des procédures fiscales ;
- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2019 ne sont pas fondés compte tenu du risque de double imposition qu'ils entraîneraient ;
- la majoration pour manquement délibéré n'est pas justifiée.
Par un mémoire enregistré le 8 novembre 2022, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société ABR Automobiles ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL ABR Automobiles, qui exerce une activité de réparation et d'entretien de véhicules automobiles légers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble des déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2019. Par une proposition de rectification du 29 avril 2021, l'administration a procédé à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductible fictive et de taxe sur la valeur ajoutée déduite par anticipation au titre de la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2019. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été mis en recouvrement le 22 octobre 2021 pour un montant total de 77 014 euros. La société ABR Automobiles, dont la réclamation a été rejetée par une décision de l'administration du 23 mai 2022, demande la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2019.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 A du livre des procédures fiscales : " I. - En cas de vérification de comptabilité ou d'examen de comptabilité d'une entreprise ou d'un contribuable exerçant une activité industrielle ou commerciale dont le chiffre d'affaires est inférieur à 1 526 000 € s'il s'agit d'entreprises dont le commerce principal est de vendre des marchandises, objets, fournitures et denrées à emporter ou à consommer sur place ou de fournir le logement, ou à 460 000 € s'il s'agit d'autres entreprises ou d'un contribuable se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes est inférieur à 460 000 €, l'administration répond dans un délai de soixante jours à compter de la réception des observations du contribuable faisant suite à la proposition de rectification mentionnée au premier alinéa de l'article L. 57. Le défaut de notification d'une réponse dans ce délai équivaut à une acceptation des observations du contribuable () ".
3. Il résulte de ces dispositions que lorsque le chiffre d'affaires de la société contrôlée excède, au titre de l'un des exercices vérifiés et rectifiés, les seuils fixés pour l'activité qu'elle exerce, le délai dont dispose l'administration fiscale pour répondre aux observations du contribuable, sur quelque exercice qu'elles portent, n'est pas limité à soixante jours.
4. Il résulte de l'instruction que, si le contrôle a porté sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2019, les rectifications n'ont porté que sur la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2019. La société requérante, dont l'activité principale est l'entretien et la réparation de véhicules automobiles légers, et non la vente de marchandises, a déclaré un chiffre d'affaires hors taxe d'un montant total de 984 665 euros au titre de son exercice clos le 31 décembre 2018 et d'un montant total de 906 592 euros au titre de son exercice clos le 31 décembre 2019, excédant le seuil de 460 000 euros fixé par l'article L. 57 A du livre des procédures fiscales. Le délai dont disposait l'administration fiscale pour répondre aux observations du contribuable n'était donc pas limité à soixante jours. Par suite, la circonstance que l'administration fiscale n'a pas répondu aux observations de la société requérante dans le délai de soixante jours suivant la réception de ses observations, à la suite de la notification de la proposition de rectification du 29 avril 2021, est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition.
En ce qui concerne le bien fondé des impositions :
5. Aux termes du I de l'article 271 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable () / 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance () ". Aux termes du 2 de l'article 269 du même code : " La taxe est exigible : () / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ".
6. Il résulte de l'instruction que le service a, notamment, procédé à un rappel de taxe sur la valeur ajoutée déduite par anticipation d'un montant de 57 419 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2019. La société requérante, qui ne conteste pas qu'en vertu du 2 et du 3 du I de l'article 271 du code général des impôts, la taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été facturée par ses fournisseurs prestataires qui acquittent la taxe selon le régime des encaissements ne lui ouvrait droit à déduction qu'après le règlement des factures, ne nie pas avoir déduit par anticipation la taxe sur la valeur ajoutée - reconnaissant qu'il s'agit là de son " fonctionnement " -, en méconnaissance de ces dispositions. Elle se borne à soutenir que la taxe sur la valeur ajoutée déduite par anticipation au titre de l'année 2019 a fait l'objet d'une régularisation au titre de l'année 2020, de sorte que le rappel en cause va conduire à une double imposition. Toutefois, il n'est ni établi ni même allégué qu'elle a procédé à la régularisation au cours de la période du 1er janvier au 31 décembre 2019. Par ailleurs, à supposer même qu'elle ait procédé en 2020 à une régularisation - ce qu'elle n'établit au demeurant pas - et qu'elle ait entendu solliciter une compensation, elle n'est en tout état de cause pas fondée à demander que soit opérée une compensation entre ces versements et les rappels de taxe en litige, qui ne sont pas relatifs à une période couverte par un même avis de mise en recouvrement. Dans ces conditions, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les pénalités :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
8. Il résulte de ces dispositions que la majoration en cas de manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
9. Pour justifier l'application de la majoration mentionnée à l'article 1729 a) cité au point 7 aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée déduite par anticipation, l'administration s'est fondée sur le fait que la part de cette taxe sur la valeur ajoutée au titre des exercices clos en 2018 et 2019 représente 4 % puis 64 % du montant total de la taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre de ces périodes et que l'importance des sommes en cause sur l'ensemble de la période vérifiée et notamment sur la période du 1er janvier au 31 décembre 2019 n'a pu échapper à la vigilance de la société requérante. Elle précise, à cet égard, que la société avait nécessairement connaissance des sommes et de leur signification compte tenu de la comptabilisation au compte n° 44580100000 " Régularisation de TVA déductible " des montants de 4 582 euros en 2018 et 51 460 euros en 2019. Par suite, l'administration, qui a pris en compte à la fois l'importance des sommes et la réitération de la déduction par anticipation, doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe que la société requérante, qui ne peut se prévaloir des erreurs de son comptable, a délibérément cherché a majoré la taxe sur la valeur ajoutée déductible. L'administration justifie ainsi du bien-fondé de la pénalité qui a été infligée à la société ABR Automobiles sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société ABR Automobiles demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la société ABR Automobiles est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL ABR Automobile et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Lu en audience publique le 5 juillet 2024.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026