vendredi 2 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203016 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELARL ATLANTIC JURIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er septembre 2022, la section syndicale du syndicat CGT du Centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours, représenté par M. A D, son secrétaire général, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative d'enjoindre à la directrice générale du CHRU de Tours de rétablir le droit syndical en attribuant à la CGT du CHRU le détachement syndical total de son secrétaire général pour la période du 1er septembre au 31 décembre 2022.
Elle soutient que :
- une demande de décharge totale a été formulée le 2 mai 2022 lors du rendez-vous de dialogue social au motif des élections professionnelles de décembre 2022 et au regard du nombre important d'heures de décharges restantes non attribuées ; les deux détachements syndicaux totaux demandés pour la période du 1er septembre au 31 décembre 2022 ont été validés le 3 juin 2022 ; cependant selon le planning de septembre envoyé par le cadre de santé le 28 juillet M. D figure pour 13 jours d'activité ainsi que 9 journées de décharge ; si le 23 août la section a été informée de la recherche d'un compromis au regard des impératifs liés à la continuité du service, elle n'avait pas de réponse le 30 août ;
- ce refus de décharge totale emporte des effets négatifs immédiats car M. D ne peut pas participer de manière efficiente à l'organisation des élections professionnelles et se voit privé du plein exercice de ses mandats ce qui constitue entrave manifeste à la liberté d'organisation syndicale du syndicat CGT et à l'expression du vote des agents et porte donc atteinte à une liberté fondamentale , car de ce fait la CGT se trouve en grave difficulté afin de faire campagne pour les élections qui auront lieu du 5 au 8 décembre 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2022, le CHRU de Tours, représenté par Me Tertrais, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante, la section syndicale CGT du Centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été saisi de deux demandes d'augmentation des décharges syndicales dont disposent d'ores et déjà M. D, notamment secrétaire général de la section CGT et Mme C, notamment secrétaire du CHSCT pour les transformer en décharge totale et qu'il a indiqué, dans une logique de dialogue social, qu'il n'y était pas opposé sur le principe sous réserve des nécessités de services à appréhender avec les services respectifs des deux agents concernés ; que concernant Mme C la décharge totale a été accordée ; que concernant M. D, infirmier anesthésiste diplômé d'Etat (IADE) titulaire d'en emploi à temps plein au sein du Pôle anesthésies réanimation, service d'anesthésie de l'Hôpital pédiatrique de Clocheville, il est apparu impossible de porter sa décharge de 80% aux 100% demandés au regard des nécessités de services, des postes d'ores et déjà non pourvus et des absences ;
- il n'y a pas d'urgence car d'une part aucun élément concret d'appréciation n'est apporté au soutien de l'allégation selon laquelle M. D ne pourrait pas participer de manière efficiente à l'organisation des élections professionnelles et se verrait privé du plein exercice de ses mandats ; d'autre part les élections invoquées ont été largement anticipées, la section syndicale CGT dispose depuis septembre 2021 d'une décharge complète pour Mme B et depuis le 1er septembre 2022 d'une décharge complète pour Mme C et au demeurant c'est la CGT elle-même qui a préparé la répartition de ses heures de décharge d'activité pour l'année 2022 et il lui appartenait d'anticiper ces prétendus enjeux lors de la répartition initiale des temps de décharge syndicale ; enfin l'intérêt général associé à la continuité du service est en jeu l'intéressé occupant un poste qualifié pour lequel les recrutements sont extrêmement difficiles et la gestion des planning extrêmement délicate dans un service d'importance cruciale ;
- il n'y a pas d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors que la décision en litige, fondée sur les nécessités de service est légale.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n°86-660 du 19 mars 1986 modifié relatif à l'exercice du droit syndical dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 2 septembre 2022, présenté son rapport et entendu :
- les observations de M. D qui a persisté dans ses conclusions par les mêmes moyens et souligné que la remise en cause de l'autorisation initialement accordée verbalement a été révélée par le planning selon lequel il n'a que 9 décharges pour le mois de septembre, que le CHRU n'a pas anticipé correctement la situation car son remplacement pouvait être anticipé ou organisé au regard des ressources existantes, qu'il ne consomme pas toutes les heures de décharges auxquelles il a droit, que le syndicat CGT et lui-même sont d'ores et déjà dans une posture de compromis au regard des nécessités de service et qu'alors qu'il dispose de 7 000 heures de décharge n'en utilise que 3 000, que le travail de la section, crucial au regard des difficultés importantes que connaît le service public hospitalier, repose uniquement sur trois agents et que la légitimité des élections professionnelles à venir peut être remise en cause à défaut d'octroi de la décharge sollicitée ;
- et les observations de Me Tertrais, représentant le CHRU de Tours qui a persisté dans ses conclusions de rejet par les mêmes moyens et souligné que les élections invoquées n'auront lieu que dans 3 mois, qu'alors que l'organisation d'élections étaient connue c'est la CGT elle-même qui n'a pas sollicité en temps utile le passage de 80% à 100% de décharge, que les nécessités de service sont établies, qu'il n'y a pas eu d'accord sur la décharge totale sollicitée autre que de principe et sous réserve des nécessités de service, que la CGT a obtenu que deux autres agents aient une décharge totale, qu'il n'y a aucune volonté d'entrave syndicale mais de véritables contraintes et qu'au regard de la spécificité de l'activité de M. D et du caractère indispensable de ses missions il n'est pas possible de lui accorder la décharge totale sollicitée mais que le dialogue reste ouvert et que le requérant lui-même souligne les difficultés criantes que connaît actuellement le service public hospitalier en termes de personnels notamment de sa spécialité.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. Aux termes de l'article 97 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Sous réserve des nécessités du service, les établissements accordent des décharges d'activité de service aux responsables des organisations syndicales représentatives () ".
3. Il résulte de l'instruction que des nécessités de service s'opposent à ce qu'il puisse être fait droit à la demande présentée par la section syndicale du syndicat CGT du Centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours d'accorder à son secrétaire général, M. D, infirmier anesthésiste diplômé d'Etat (IADE) au sein du Pôle anesthésies réanimation, service d'anesthésie de l'Hôpital pédiatrique de Clocheville une décharge totale d'activité pour la période du 1er septembre au 31 décembre 2022. Au surplus il résulte de l'instruction que cette section dispose depuis le 1er septembre 2022 de deux agents en décharge totale d'activité et que M. D bénéficie d'ores et déjà d'une décharge à 80%. Par suite, le CHRU de Tours n'a porté aucune atteinte grave et manifestement illégale à la liberté syndicale en refusant la décharge totale d'activité sollicitée.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête de la section syndicale du syndicat CGT du centre hospitalier régional universitaire de Tours doit être rejetée.
5. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre hospitalier régional universitaire de Tours présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er :. La requête de la section syndicale du syndicat CGT du centre hospitalier régional universitaire de Tours est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier régional universitaire de Tours présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la section syndicale du syndicat CGT du centre hospitalier régional universitaire de Tours et au centre hospitalier régional universitaire de Tours.
Fait à Orléans, le 2 septembre 2022.
La juge des référés,
Anne E
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.