mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203147 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET ACCFENS AVOCATS CONSEILS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 septembre 2022 et le 17 juillet 2023, et des pièces complémentaires enregistrées le 6 janvier 2023 et le 18 septembre 2024, l'association Les clos du Loiret, représentée par Me Naitali, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 50 803,01 euros, augmentée des intérêts au taux légal, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de l'illégalité de la décision du 28 mai 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé de lui accorder l'autorisation de licencier Mme Baron A ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de lui verser ces sommes dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
L'association soutient que :
- l'illégalité de la décision du 28 mai 2021 de l'inspectrice du travail du Loiret, annulée par une décision du 2 février 2022 de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation de la somme de 24 042,17 euros résultants des salaires indûment versés à Mme Baron A à compter de la décision du 28 mai 2021 ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation de la somme de 540,84 euros résultant du trop-plein d'indemnité de licenciement versée à Mme Baron A ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation de la somme de 26 220 euros correspondant aux frais d'avocat engagés dans le cadre du licenciement de Mme Baron A du 28 mai 2021 au 31 décembre 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la limitation de sa condamnation à une somme de 1 2031,86 euros.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dans la mesure où elle n'a pas été régulièrement saisie d'une demande indemnitaire liant le contentieux ;
- l'association requérante a contribué par son comportement à augmenter l'étendue de ses préjudices ;
- le préjudice lié aux frais engagés dans le cadre du licenciement de Mme Baron A n'est pas établi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code du travail ;
- la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Garros,
- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,
- et les observations de Me Vitour, représentant l'association Les clos du Loiret.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Les clos du Loiret est une association dont la vocation est de promouvoir, gérer et développer toute structure concourant à la prise en charge des personnes handicapées. Mme B Baron A a été engagée par cette association le 1er septembre 2004 en qualité d'éducatrice spécialisée. Elle bénéficiait de la qualité de salariée protégée en raison de son mandat de membre du conseil économique et social (CSE) de l'association et de déléguée syndicale. A l'issue d'un arrêt de travail pour maladie, Mme Baron A a été déclarée inapte à son poste par un avis médical de reprise daté du 7 décembre 2020, précisant en outre que son état de santé faisait obstacle à tout reclassement dans un emploi. L'association Les clos du Loiret a alors engagé une procédure de licenciement pour inaptitude en saisissant le CSE sur le projet de licenciement de Mme Baron A, le 12 janvier 2021, et en sollicitant, le même jour, l'autorisation de la licencier. Par une décision du 8 mars 2021, l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser ce licenciement au motif que la salariée n'avait pas été convoquée à la réunion du CSE statuant sur son licenciement. L'association Les clos du Loiret a alors engagé une nouvelle procédure de licenciement purgée de ce vice, en convoquant l'intéressée à une nouvelle séance de son CSE le 25 mars 2021. Le 26 mars 2021, la société a ensuite sollicité à nouveau de l'inspection du travail l'autorisation de licencier Mme Baron A. Par une décision du 28 mai 2021, l'inspectrice du travail a refusé d'accorder l'autorisation, en considérant que le licenciement n'était pas dépourvu de tout lien avec les mandats représentatifs détenus par Mme Baron A. La ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion saisie d'un recours hiérarchique formé le 21 juin 2021 a, le 2 février 2022, retiré sa décision implicite de rejet, annulé la décision de l'inspectrice du travail du 28 mai 2021, et accordé l'autorisation de licencier Mme Baron A. L'association Les clos du Loiret qui a adressé une réclamation préalable indemnitaire à la ministre du travail le 13 mai 2022 demande la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité de 50 803,01 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de l'illégalité de la décision du 28 mai 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé de lui accorder l'autorisation de licencier Mme Baron A.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
3. Si la ministre fait valoir en défense que la requérante ne justifie pas de l'envoi de sa demande indemnitaire préalable, il résulte de l'instruction que l'association Les clos du Loiret a sollicité l'indemnisation de ses préjudices par un courrier en date du 3 mai 2022 dont la ministre a accusé réception le 13 mai 2022. Par suite, la fin de non-recevoir tiré de l'absence de liaison du contentieux ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. En application des dispositions du code du travail, le licenciement d'un salarié protégé ne peut intervenir que sur autorisation de l'autorité administrative. L'illégalité de la décision autorisant un tel licenciement, à supposer même qu'elle soit imputable à une simple erreur d'appréciation de l'autorité administrative, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique quelle que puisse être par ailleurs la responsabilité encourue par l'employeur. Ce dernier est en droit d'obtenir la condamnation de l'Etat à réparer le préjudice direct et certain résultant pour lui de cette décision illégale.
5. Il résulte de l'instruction que la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a retiré le refus d'autoriser le licenciement de Mme Baron A et accordé cette autorisation à l'association requérante, en estimant que le licenciement de la salariée pour inaptitude médicale était dépourvu de lien avec ses mandats représentatifs contrairement à l'appréciation retenue par l'inspectrice du travail. Ainsi, dès lors que la décision de l'inspection du travail était entachée d'une erreur d'appréciation, elle présentait un caractère fautif. Par suite, l'association Les clos du Loiret est en droit de demander réparation des préjudices ayant découlé de cette illégalité.
6. En premier lieu, le traitement du salarié, ainsi que les charges y afférant directement, qu'une société a été contrainte de conserver à son service à la suite du refus illégal d'autorisation de licenciement constituent un élément du préjudice de la société directement imputable à ce refus. Il y a lieu pour évaluer ce préjudice de prendre en compte la période courant du départ du préavis du salarié concerné si son licenciement avait été autorisé à l'issu du délai légal imparti à l'administration pour se prononcer sur la demande de la société jusqu'à la date du départ effectif de ce salarié.
7. En l'absence d'illégalité de la décision du 28 mai 2021 de l'inspectrice du travail, l'association requérante aurait pu licencier Mme Baron A dès le 28 juillet 2021 en application du préavis prévu par les stipulations de la convention collective applicable à son personnel. L'association Les clos du Loiret est donc fondée à demander l'indemnisation des salaires versés à Mme Baron A de juin 2021 à février 2022 ainsi que des cotisations sociales correspondantes, dès lors qu'il n'est ni établi, ni même allégué en défense que celle-ci, déclarée inapte à tout reclassement dans un emploi, aurait exercé un emploi au sein de l'association durant cette période. L'association requérante justifie par ailleurs de la réalité de ces versements en produisant les bulletins de salaire de la salariée. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à 24 042,17 euros.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 1234-2 du code du travail : " L'indemnité de licenciement ne peut être inférieure aux montants suivants : / 1° Un quart de mois de salaire par année d'ancienneté pour les années jusqu'à dix ans ; / 2° Un tiers de mois de salaire par année d'ancienneté pour les années à partir de dix ans ".
9. Il résulte de l'instruction que l'illégalité de la décision de l'inspectrice du travail a conduit à allonger la durée de présence de Mme Baron A au sein de l'association Les clos du Loiret. Le calcul des indemnités de licenciement étant basé sur l'ancienneté des salariés, celle-ci a été contrainte de verser à Mme Baron A une somme plus importante que celle qui aurait été due en l'absence d'illégalité. En tenant compte du délai de préavis applicable à la salariée, il en résulte que l'ancienneté acquise par la salariée entre le 1er septembre 2004, date de son recrutement, et le 28 juillet 2021, était égale à 16 ans et 11 mois. En application des formules utilisées par l'association requérante pour calculer le montant de l'indemnité de licenciement de Mme Baron A, empruntée à l'article R. 2134-2 du code du travail, celle-ci aurait dû bénéficier d'une indemnité de licenciement de 12 668,67 euros. Or, il résulte de l'instruction que l'association Les clos du Loiret s'est acquittée du paiement d'une somme de 13 602 euros au titre de cette indemnité. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à 393,33 euros.
10. En troisième et dernier lieu, l'association Les clos du Loiret demande la réparation de son préjudice découlant des frais d'avocat engagés dans le cadre de la procédure de licenciement de Mme Baron A entre mai 2021 et décembre 2021. Elle verse à ce titre une quittance de son avocat et la preuve de versements effectués pour un montant total de 26 220 euros. Toutefois, elle ne verse aucune note d'honoraires ni aucun document permettant d'apprécier avec détail et précision les sommes engagées pour chacune des prestations réalisées par son avocat et par suite le lien de causalité entre ces versements et la procédure de licenciement de Mme Baron A n'est pas établi. Dans ces conditions, la demande qu'elle présente à ce titre ne peut qu'être rejetée.
11. Contrairement à ce que fait valoir la ministre en défense, il ne résulte pas de l'instruction que l'association Les clos du Loiret ait par son comportement, allongé la procédure de licenciement de Mme Baron A et ainsi contribué à augmenter par elle-même l'étendue de son préjudice.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 24 435,50 euros en réparation des préjudices subis par l'association Les clos du Loiret résultant de l'illégalité de la décision de l'inspectrice du travail du 28 mai 2021 refusant de lui accorder l'autorisation de licencier Mme Baron A.
Sur les intérêts :
13. L'association requérante a droit aux intérêts de la somme de 24 435,50 euros à compter du 13 mai 2022, date de réception de sa réclamation préalable.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Dès lors que les dispositions du II de l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980, reproduites à l'article L. 911-9 du code de justice administrative, permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée dans le délai prescrit, d'obtenir le mandatement d'office de la somme que la partie perdante est condamnée à lui verser par cette même décision, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la première tendant à ce qu'il soit enjoint à celle-ci de payer cette somme dans un délai de deux mois.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à l'association requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à l'association Les clos du Loiret une somme de 24 435,50 euros avec intérêts à taux légal à compter du 13 mai 2022.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à l'association Les clos du Loiret sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de l'association Les clos du Loiret est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Les clos du Loiret, à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) et à la ministre du travail et l'emploi.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Keiflin, première conseillère,
M. Garros, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
Le rapporteur,
Nicolas GARROSLa présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026