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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203215

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203215

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203215
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET VEDESI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a examiné la contestation par la société Action Développement Loisir " Espace Récréa " d'un avis de sommes à payer émis par la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Ile-de-France pour un montant de 71 242,03 euros. Cette somme était réclamée au titre de produits constatés d'avance (abonnements et tickets) perçus par la société avant la fin de son contrat de concession de service public pour la gestion d'un centre aquatique. Le tribunal a jugé qu'en l'absence de stipulations contractuelles expresses, le pouvoir adjudicateur ne peut exiger le reversement de ces sommes, sauf à démontrer que leur absence compromettrait le fonctionnement ou la continuité du service public, ce qui n'était pas établi en l'espèce. Il a également écarté l'argument de la collectivité fondé sur les articles 40 et 59 du contrat, estimant que l'obligation de remettre un compte des usagers n'implique pas un reversement des sommes. Par conséquent, le tribunal a annulé l'avis de sommes à payer et déchargé la société de l'obligation de payer.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 septembre 2022 et le 6 avril 2023, la société Action Développement Loisir " Espace Récréa ", représentée par Me Gey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer d'un montant de 71 242.03 euros émis à son encontre par la communauté de communes des Portes Eurélienne d'Ile-de-France (CCPEIDF) le 8 juin 2022 ;

2°) de le décharger de son obligation de payer la somme mise à sa charge par l'avis des sommes à payer du 8 juin 2022 ;

3°) de mettre à la charge de la CCPEIDF la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'avis des sommes à payer est entaché d'un défaut de motivation en ce qu'il n'indique pas les bases de liquidation de la créance ;

- à titre principal, la CCPEIDF ne dispose pas d'un droit au recouvrement des produits constatés d'avance en l'absence de stipulations contractuelles expresses le prévoyant ;

- à titre subsidiaire, le montant des sommes lui étant réclamées au titre des produits constatés par avance n'est pas cohérent.

Par des mémoires en défense enregistrés le 3 février 2023 et le 1er juin 2023, la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La trésorerie de Maintenon, à qui la procédure a été communiquée le 6 février 2023, n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Garros,

- et les conclusions de M. Joos, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté de communes de la Beauce Alnoise (CCBA) a confié la gestion de son centre aquatique à la société Action Développement Loisir " Espace Récréa " (ADLER) dans le cadre d'un contrat de concession de service public conclu le 20 mars 2014. Par un arrêté du 23 novembre 2016 du préfet d'Eure-et-Loir, la CCBA a fusionné avec quatre autres établissements publics de coopération intercommunale pour créer la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Ile-de-France (CCPEIDF). Cette dernière est venue aux droits de la CCBA dans le cadre de l'exécution du contrat de concession de service public conclu avec la société ADLER. Au terme de ce contrat, le 4 août 2019, la CCPEIDF a confié à un nouveau délégataire la gestion de son centre aquatique. Le 8 juin 2022, la CCPEIDF a émis un avis des sommes à payer d'un montant de 71 242,03 euros à la charge de la société ADLER au titre des produits constatés d'avance encaissés par celle-ci. Cette dernière, qui conteste être débitrice de cette créance, demande l'annulation de cet avis et la décharge de l'obligation de payer cette somme.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. En l'absence de stipulations contractuelles le prévoyant, un pouvoir adjudicateur ne peut, en principe, se prévaloir d'un droit au remboursement des produits constatés par avance perçus par le délégataire d'un contrat de concession avant le terme de celle-ci. Toutefois, par exception, et dans l'hypothèse où l'absence de perception des produits constatés d'avance constituerait une charge financière de nature à compromettre le fonctionnement normal ou la continuité du service public, il peut prétendre au remboursement de ces sommes. Ainsi, la CCPEIDF ne peut faire valoir que la conservation des produits constatés d'avance par la société ADLER serait subordonnée à l'existence de stipulations contractuelles le prévoyant. Par ailleurs, si elle indique que les tickets d'entrée et abonnements vendus par la société ADLER et dont la durée de validité expirera postérieurement au 4 août 2019 créeront une charge financière supplémentaire pour le nouveau délégataire, elle n'établit pas que ce surcoût serait de nature à porter atteinte au fonctionnement normal ou à la continuité du service public délégué. Enfin l'allégation de la CCPEIDF selon laquelle ces titres d'entrées non expirés seraient susceptibles d'impacter la capacité d'accueil du centre aquatique n'est pas établie.

3. D'autre part, aux termes de l'article 59 du contrat de concession de service public conclue entre la CCPEIDF et la société ALDER : " Un mois avant l'expiration du présent contrat () le délégataire remet gratuitement au délégant : () - le compte des usagers visé à l'article 40 du présent contrat ". L'article 40 de ce même contrat stipule : " () Dans la comptabilité tenue par le délégataire, il est ouvert un compte au nom de chacun des usagers du service délégué bénéficiant d'un abonnement. Ce compte comporte au moins les indications suivantes, pour chaque exercice annuel : - la totalité des sommes facturés ; / - la totalité des sommes versées au cours de l'exercice ; / - le solde de l'exercice ".

4. La CCPEIDF fait valoir qu'il résulte de ces stipulations combinées l'obligation pour la société ADLER de lui reverser les produits constatés par avance encaissés par celle-ci. Elle indique que la remise du compte comprenant le solde de l'exercice suppose " implicitement mais nécessairement, que les produits constatés d'avance, et retranscrits au solde du compte de chaque usager, soient également remis au déléguant ". Toutefois, ainsi que le soutient la société requérante, la remise du compte usager n'implique que la communication d'un fichier contenant des informations comptables liés aux usagers et non le reversement effectif des produits constatés par avance versés par ceux-ci à la société ADLER antérieurement au terme du contrat de concession conclu avec la CCPEIDF. Par suite le moyen tiré de ce que le reversement des produits constatés par avance est dépourvu de base contractuelle doit être accueilli.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le titre attaqué doit être annulé et que, par voie de conséquence, la société ADLER doit être, au regard du motif fondant l'annulation du titre, déchargée de l'obligation de payer la somme de 71 243,03 euros mise à sa charge par ce titre.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société ADLER, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la CCPEIDF demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la CCPEIDF une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société ADLER et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'avis de sommes à payer émis le 8 juin 2022 à l'encontre de la société ADLER par la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Ile-de-France est annulé.

Article 2 : La société ADLER est déchargée de l'obligation de payer la somme de 71 243, 03 euros.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Action Développement Loisir " Espace Récréa " (ADLER) et à la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Ile-de-France.

Copie en sera adressée, pour information, à la trésorerie de Maintenon.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

M. Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

Nicolas GARROS

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

Le greffier

Vincent DUNET

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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