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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203834

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203834

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203834
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantFORTAT AARPI VALWILL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 26 octobre 2022 et 13 juin 2023, Tours Habitat (OPH), représenté par Me Nicolas Fortat, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la société Novatio à lui verser la somme provisionnelle de 40 976,64 euros au titre du marché conclu le 14 décembre 2015 pour la construction de 15 logements collectifs et 5 maisons individuelles à Tours ;

2°) de mettre à la charge de la société Novatio la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a conclu un marché de travaux de peinture avec la société Novatio pour la réalisation de travaux de construction de 15 logements et de 5 maisons à Tours ;

- la réception des travaux est intervenue en mai et juillet 2017 ;

- le décompte général du marché établi par ses soins a été arrêté à la somme de 46 176,48 euros TTC au profit de l'entreprise ;

- ce décompte est devenu définitif en l'absence de contestation de l'entreprise ;

- l'entreprise ayant perçu la somme de 87 153,02 euros à titre d'acomptes, l'office est fondé à demander à l'entreprise de lui reverser le trop-perçu d'un montant de 40 976,64 euros TTC ;

- sa créance n'apparaît pas sérieusement contestable.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 février et 13 juillet 2023, la SAS Novatio, représentée par Me Stéphane Despaux, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de Tours Habitat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la créance de l'office requérant est sérieusement contestable ;

- la créance est prescrite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le cahier des clauses administratives générale applicables aux marchés publics de travaux issu de l'arrêté du 8 septembre 2009 modifié par l'arrêté du 3 mars 2014 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application des articles L. 222-2-1 et L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En 2015, Tours Habitat a décidé de réaliser la construction de 15 logements collectifs et de 5 maisons individuelles rue Fontaine Pottier à Tours. Il a conclu, le 14 décembre 2015, un marché avec la société Novatio pour la réalisation des travaux du lot n° 15 - peinture. La réception des travaux de ce lot a été prononcée, avec réserves, le 22 mai 2017 pour les maisons individuelles et le 13 juillet 2017 pour les logements collectifs avec obligation de terminer les travaux avant le 23 juillet 2017. En l'absence d'établissement par l'entreprise du projet de décompte final dans le délai prévu à l'article 13.3.2 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux, Tours Habitat a mis en demeure, par lettre du

12 novembre 2018, la société Novatio d'établir ce projet de décompte dans le délai maximum de quinze jours. Estimant que la société n'avait pas adressé ce décompte dans le délai imparti, Tours Habitat a notifié le 3 avril 2019 à la société Novatio, qui l'a reçu le 8 avril 2019, le décompte général du marché faisant apparaître un montant définitif de travaux de 46 176,48 euros TTC. Estimant que la société Novatio n'avait pas contesté ce décompte général définitif dans le délai prévu à l'article 50 du cahier des clauses administratives générales, Tours Habitat a considéré ce décompte comme étant devenu définitif. Par la présente requête, Tours Habitat demande au tribunal de condamner la société Novatio à lui verser la somme provisionnelle de 40 176,48 euros TTC correspondant à la différence entre le montant des acomptes versés à la société, soit 87 153,02 euros TTC, et la somme due à l'entreprise, soit 46 176,48 euros TTC.

Sur la demande d'allocation provisionnelle de Tours Habitat :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

3. Il résulte des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

4. D'une part, aux termes de l'article 13.3.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG Travaux), dans sa rédaction issue de l'arrêté du 3 mars 2014 : " Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final (). / Ce projet de décompte final est la demande de paiement finale du titulaire () ". Aux termes de l'article 13.3.2 : " Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux () ". Aux termes de l'article 13.3.3 : " Le maître d'œuvre accepte ou rectifie le projet de décompte final établi par le titulaire. Le projet accepté ou rectifié devient alors le décompte final. ". Aux termes de l'article 13.3.4 : " En cas de retard dans la transmission du projet de décompte final et après mise en demeure restée sans effet, le maître d'œuvre établit d'office le décompte final aux frais du titulaire. Ce décompte final est alors notifié au titulaire avec le décompte général tel que défini à l'article 13.4 ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 13.4.1 du cahier des clauses administratives générales susvisé : " Le maître d'œuvre établit le projet de décompte général, qui comprend : - le décompte final ; - l'état du solde, établi à partir du décompte final et du dernier décompte mensuel, dans les mêmes conditions que celles qui sont définies à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; - la récapitulation des acomptes mensuels et du solde. Le montant du projet de décompte général est égal au résultat de cette dernière récapitulation. () ". Aux termes de l'article 13.4.2 de ce cahier : " Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après:/ - trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; / - trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire () ". Aux termes de l'article 13.4.3 : " Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. La date de sa notification au pouvoir adjudicateur constitue le départ du délai de paiement. / Ce décompte lie définitivement les parties () ". Aux termes de l'article 13.4.4 : " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé (). / Si, dans [un] délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif () ".

6. Enfin, aux termes de l'article 5-3-3 du cahier des clauses administratives particulières du marché : " Par dérogation à l'article 11 du CCAG travaux, le décompte mensuel ainsi que le décompte général sont établis par le Maître d'ouvrage à partir d'un logiciel de suivi technique. ". Aux termes de l'article 5-4 du même cahier : " Le décompte général est établi par le maître d'ouvrage, d'après un logiciel de suivi d'exécution, en fonction du décompte final proposé par l'entrepreneur et accepté par le maître d'œuvre. Par dérogation à l'article 13 du CCAG, le Maître de l'ouvrage réglera les travaux de chaque entreprise à concurrence de 98 % du marché de base et des travaux modificatifs, jusqu'à l'obtention du quitus du compte prorata délivré par l'entreprise gestionnaire de ce compte et jusqu'à l'obtention des DOE et DIOU par le Maître d'œuvre et le coordonnateur SPS. ".

7. En premier lieu, la société Novatio soutient que les stipulations de l'article 5-4 du cahier des clauses administratives particulières se substituent à l'article 13 du cahier des clauses administratives générales et que, par suite, Tours Habitat ne peut se prévaloir de la procédure prévue par les dispositions de cet article 13 pour l'élaboration du décompte général. Toutefois, les stipulations précitées des articles 5-3-3 et 5-4 du cahier des clauses administratives particulières portent sur les modalités d'établissement des décomptes mensuels et général et sur les modalités de règlement des travaux et ne dérogent pas à l'article 13 sur la procédure à suivre pour l'établissement de ces décomptes.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue des opérations de réception des travaux des 22 mai et 13 juillet 2017, la société Novatio n'a pas adressé son projet de décompte final valant demande de paiement finale au maître d'œuvre et au maître de l'ouvrage dans les conditions et délais fixés par les articles 13.3.1 et 13.3.2 du cahier des clauses administratives générales susvisé, constituant une pièce contractuelle en vertu de l'article 3-1 du cahier des clauses administratives particulières du marché. Par suite, Tours Habitat était en droit d'adresser à l'entreprise la mise en demeure du 12 novembre 2018 lui demandant d'établir ce projet de décompte final dans le délai de quinze jours. Si l'entreprise a notifié le 3 janvier 2019 à Tours Habitat, qui l'a reçu le 7 janvier suivant, un projet de décompte général et définitif, qui constitue en réalité le projet de décompte final de l'article 13.3.1 du cahier des clauses administratives générales, ce projet de décompte ne pouvait, compte tenu des termes de l'article 13.4.4 du cahier des clauses administratives générales, avoir acquis un caractère définitif dès lors qu'elle ne justifie pas avoir notifié au maître d'œuvre son projet de décompte adressé le 3 janvier 2019 à Tours Habitat, que par suite, le délai de trente jours fixé par l'article 13.4.2 cité au point 5 dont dispose le représentant du pouvoir adjudicateur pour adresser au titulaire du marché le décompte général du marché n'avait pas commencé à courir, qu'ainsi, Tours Habitat était en droit d'établir le décompte général et définitif du marché et de le notifier le 3 avril 2019 à l'entreprise et qu'en tout état de cause, elle n'a pas notifié, après l'expiration du délai accordé par l'article 13.4.2 au maître de l'ouvrage pour notifier le décompte général, au représentant du pouvoir adjudicateur avec copie au maître d'œuvre son propre décompte général.

9. En troisième lieu, la société Novatio soutient que le document qui lui a été adressé le 3 avril 2019 ne peut constituer le décompte général et définitif du marché en faisant valoir qu'il ne reprend pas son projet de décompte final notifié le 3 janvier 2019 et que ce décompte final ne lui a pas été notifié avec le décompte général. Toutefois, il ressort des dispositions précitées de l'article 13.3.3 du cahier des clauses administratives générales que le maître d'œuvre peut rectifier le projet de décompte final établi par le titulaire du marché. Par ailleurs, le décompte général notifié le 3 avril 2019 reprend l'ensemble des travaux réalisés par l'entreprise, le calcul des révisions de prix, les montants des acomptes versés, les pénalités appliquées et arrête le montant des sommes dues à l'entreprise. Ce document, signé par le maître d'œuvre et le représentant du maître de l'ouvrage, satisfait donc aux prescriptions de l'article 13.4.1 du cahier des clauses administratives générales et constitue, dès lors, le décompte général du marché.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 50 du cahier des clauses administratives générales susvisé : " 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. () Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. / () 50.1.2. Après avis du maître d'œuvre, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire sa décision motivée dans un délai de trente jours à compter de la date de réception du mémoire en réclamation. / 50.1.3. L'absence de notification d'une décision dans ce délai équivaut à un rejet de la demande du titulaire. / () 50.3.1. A l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation ".

11. Un mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme une réclamation au sens des stipulations précitées que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées.

12. En l'espèce, si l'entreprise a adressé, le 30 avril 2019, à Tours Habitat, qui l'a reçue le 3 mai 2019, une mise en demeure lui demandant de régler les sommes résultant de son projet de décompte adressé le 3 janvier 2019 qu'elle estimait être devenu définitif en l'absence de remarque ou de contre-proposition dans les délais prévus au marché, cette mise en demeure ne comporte pas l'énoncé d'un différend et n'expose pas, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées. Par suite, cette mise en demeure ne peut être regardée comme une réclamation au sens des dispositions de l'article 50 du cahier des clauses administratives générales. Il suit de là qu'en l'absence d'une réclamation régulière dans le délai de trente jours suivant la notification du décompte général intervenue le 3 avril 2019, ce décompte est devenu définitif.

13. En cinquième lieu, pour contester le caractère définitif du décompte général, la société Novatio ne peut utilement se prévaloir de l'absence de respect de la procédure de résiliation du marché.

14. En sixième lieu, la société Novatio soutient que la créance de Tours Habitat est atteinte par la prescription quadriennale. Toutefois, les dispositions de la loi susvisée du

31 décembre 1968 ne s'appliquent qu'aux créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans par les collectivités publiques et non aux créances détenues par ces collectivités. D'ailleurs, la société ne donne aucune précision sur les dispositions légales qui prévoiraient une prescription quadriennale pour la créance en litige de Tours Habitat. Par suite, la société n'établit pas que la créance de Tours Habitat est prescrite.

15. Enfin, il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que Tours Habitat a versé, au titre du marché en cause, la somme globale de 87 153,02 euros TTC à la société Novatio et que le décompte général du marché fixe la créance de la société à la somme de 46 176,48 euros. Par suite, la créance de Tours Habitat sur la société Novatio s'établit à la somme de 40 976,64 euros TTC correspondant à la différence entre les deux sommes précitées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que l'existence de l'obligation de payer la somme provisionnelle de 40 976,64 euros TTC, dont se prévaut Tours Habitat, n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, sérieusement contestable. Par suite, Tours Habitat est fondé à demander la condamnation de la société Novatio à lui verser cette somme provisionnelle.

Sur les frais du litige :

17. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Tours Habitat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 5 000 euros que demande la société Novatio au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Novatio la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Tours Habitat et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La société Novatio est condamnée à verser à Tours Habitat, à titre de provision, la somme de 40 976,64 euros TTC au titre du marché conclu le 14 décembre 2015 pour la construction de 15 logements collectifs et 5 maisons individuelles à Tours.

Article 2 : La société Novatio versera la somme de 1 200 euros à Tours Habitat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Tours Habitat et à la société Novatio.

Fait à Orléans, le 25 septembre 2024.

Le juge des référés,

Jean-Michel A

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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