vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204500 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DENIGOT - SAMSON - GUIDEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 décembre 2022 et le 4 novembre 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) Société d'exploitation forestière Cormier, représentée par la SELARL Denigot - Samson - Guidec, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer, en sa qualité de débiteur solidaire de l'entreprise individuelle A en application de l'article 1724 quater du code général des impôts, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été réclamés à l'entreprise individuelle A, au titre de la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2018, à hauteur de 16 691 euros.
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en l'absence d'un procès-verbal pour travail dissimulé, l'article 1724 quater du code général des impôts ne pouvait être mis en œuvre ;
- elle ne saurait être redevable des impositions en cause au titre du principe de solidarité financière : elle a obtenu l'ensemble des documents obligatoires prévus à l'article L. 8222-1 du code du travail.
Par un mémoire enregistré le 13 avril 2023, la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société d'exploitation forestière Cormier n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code du travail ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'entreprise individuelle de M. A, qui exerce des travaux forestiers et d'abattage, a fait l'objet de deux vérifications de comptabilité à l'issue desquelles l'administration lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur au titre de la période du 1er janvier 2016 au 30 juin 2020. Ces rappels, assortis d'une majoration de 100 % pour opposition à contrôle fiscal et des intérêts de retards, ont été mis en recouvrement le 15 janvier 2021 et le 15 février 2022, respectivement pour les années 2016 et 2017 et pour les années 2018 à 2020, pour un montant total de 286 092 euros. Au cours des opérations de contrôle, le service a constaté que l'entreprise A avait eu recours au travail dissimulé et que la SARL Société d'exploitation forestière Cormier était l'une de ses donneuses d'ordre, des paiements ayant été effectués du 9 avril au 14 décembre 2018. Le service, qui a exercé son droit de communication auprès de cette société, a estimé que, au titre de l'année 2018, celle-ci n'avait pas justifié détenir l'ensemble des documents obligatoires qu'elle devait se procurer auprès de l'entreprise A conformément aux dispositions de l'article L. 8222-5 du code du travail. En application de l'article 1724 quater du code général des impôts, la SARL Société d'exploitation forestière Cormier, par un avis de mise en recouvrement du 25 février 2022, a été tenue au paiement solidaire d'une partie de ces impositions, au titre de l'année 2018, pour un montant de 33 382 euros calculé en proportion des recettes qu'elle avait apportées à l'entreprise A en rémunération des travaux réalisés par celle-ci. Par une décision du 19 octobre 2022, l'administration a rejeté partiellement la réclamation de la société du 4 mai 2022, abandonnant la majoration de 100 % pour opposition à contrôle fiscal. La Société d'exploitation forestière Cormier demande la décharge de l'obligation de payer la somme de 16 691 euros laissée à sa charge.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 1724 quater du code général des impôts : " Toute personne qui ne procède pas aux vérifications prévues à l'article L. 8222-1 du code du travail ou qui a été condamnée pour avoir recouru directement ou par personne interposée aux services de celui qui exerce un travail dissimulé est, conformément à l'article L. 8222-2 du même code, tenue solidairement au paiement des sommes mentionnées à ce même article dans les conditions prévues à l'article L. 8222-3 du code précité ".
3. Aux termes de l'article L. 8222-1 du code du travail : " Toute personne vérifie lors de la conclusion d'un contrat dont l'objet porte sur une obligation d'un montant minimum en vue de l'exécution d'un travail, de la fourniture d'une prestation de services ou de l'accomplissement d'un acte de commerce, et périodiquement jusqu'à la fin de l'exécution du contrat, que son cocontractant s'acquitte : / 1° des formalités mentionnées aux articles L. 8221-3 et L. 8221-5 () ". Aux termes de l'article L. 8222-2 du même code : " Toute personne qui méconnaît les dispositions de l'article L. 8222-1, ainsi que toute personne condamnée pour avoir recouru directement ou par personne interposée aux services de celui qui exerce un travail dissimulé, est tenue solidairement avec celui qui a fait l'objet d'un procès-verbal pour délit de travail dissimulé : / 1° Au paiement des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi que des pénalités et majorations dus par celui-ci au Trésor ou aux organismes de protection sociale () ". Aux termes de l'article L. 8222-3 de ce code : " Les sommes dont le paiement est exigible en application de l'article L. 8222-2 sont déterminées à due proportion de la valeur des travaux réalisés, des services fournis, du bien vendu et de la rémunération en vigueur dans la profession ". L'article D. 8222-5 de ce code dispose, dans sa version applicable aux années litigieuses : " La personne qui contracte () considérée comme ayant procédé aux vérifications imposées par l'article L. 8222-1 si elle se fait remettre par son cocontractant, lors de la conclusion et tous les six mois jusqu'à la fin de son exécution : / 1° Une attestation de fourniture des déclarations sociales et de paiement des cotisations et contributions de sécurité sociale prévue à l'article L. 243-15 émanant de l'organisme de protection sociale chargé du recouvrement des cotisations et des contributions datant de moins de six mois dont elle s'assure de l'authenticité auprès de l'organisme de recouvrement des cotisations de sécurité sociale. / 2° Lorsque l'immatriculation du cocontractant au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers est obligatoire ou lorsqu'il s'agit d'une profession réglementée, l'un des documents suivants : / a) Un extrait de l'inscription au registre du commerce et des sociétés (K ou K bis) () ".
4. Aux termes de l'article L. 243-15 du code de la sécurité sociale : " Toute personne vérifie, lors de la conclusion d'un contrat dont l'objet porte sur une obligation d'un montant minimal en vue de l'exécution d'un travail, de la fourniture d'une prestation de services ou de l'accomplissement d'un acte de commerce, et périodiquement jusqu'à la fin de l'exécution du contrat, que son cocontractant est à jour de ses obligations de déclaration et de paiement auprès des organismes de recouvrement mentionnés aux articles L. 213-1 et L. 752-1 du présent code () ". Aux termes de l'article D. 243-15 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque le cocontractant emploie des salariés, l'attestation prévue à l'article L. 243-15 mentionne l'identification de l'entreprise, le nombre de salariés et le total des rémunérations déclarés au cours de la dernière période ayant donné lieu à la communication des informations prévue à l'article R. 243-13 () / L'attestation est sécurisée par un dispositif d'authentification délivré par l'organisme chargé du recouvrement des cotisations et contributions sociales. Le donneur d'ordre vérifie l'exactitude des informations figurant dans l'attestation transmise par son cocontractant par voie dématérialisée ou sur demande directement auprès de cet organisme au moyen d'un numéro de sécurité ".
5. Il résulte des dispositions de l'article L. 8222-2 du code du travail cité au point 3 que le donneur d'ordre qui n'a pas procédé à l'ensemble des vérifications prévues à l'article L. 8222-1 du même code et précisées par décret, notamment la vérification de l'authenticité de l'attestation prévue à l'article L. 243-15 du code de la sécurité sociale, est tenu solidairement au paiement des sommes dues au Trésor public et aux organismes de protection sociale par le cocontractant qui a fait l'objet d'un procès-verbal pour délit de travail dissimulé, à due proportion de la valeur des travaux réalisés, des services fournis, du bien vendu et de la rémunération en vigueur dans la profession. Le donneur d'ordre est considéré comme ayant procédé aux vérifications requises par l'article L. 8222-1 précité, y compris celle de l'authenticité de l'attestation remise par son cocontractant, lorsqu'il s'est fait remettre par ce cocontractant les documents qu'énumère l'article D. 8222-5 du code du travail, à moins d'une discordance entre les déclarations mentionnées sur ces documents et les informations dont le donneur d'ordre pouvait avoir connaissance, telles que l'identité de son cocontractant ou le volume d'heures de travail nécessaire à l'exécution de la prestation ou que, s'agissant de l'authenticité de l'attestation prévue à l'article L. 243-15 du code de la sécurité sociale, l'administration établisse que celle-ci n'émane pas de l'organisme chargé du recouvrement des cotisations et contributions dues par le cocontractant.
6. En premier lieu, en vertu des dispositions précitées, l'obligation solidaire au paiement du donneur d'ordre prévue à l'article 1724 quater du code général des impôts est subordonnée à l'existence d'un procès-verbal pour délit de travail dissimulé dont a fait l'objet son cocontractant. L'administration fait valoir que le service a dressé, le 24 novembre 2021, un procès-verbal pour délit de travail dissimulé concernant la totalité du chiffre d'affaires réalisé entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2020 par l'entreprise A. Toutefois, en se bornant à soutenir qu'elle a transmis ce procès-verbal au procureur de la République et à se prévaloir de l'article L. 8113-7 du code du travail aux termes desquels : " Les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1 et les fonctionnaires de contrôle assimilés constatent les infractions par des procès-verbaux qui font foi jusqu'à preuve du contraire / Ces procès-verbaux sont transmis au procureur de la République. Un exemplaire est également adressé au représentant de l'Etat dans le département () ", elle n'établit pas l'existence de ce procès-verbal. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que l'administration ne pouvait mettre en œuvre l'article 1724 quater du code général des impôts.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction qu'au titre de la période litigieuse, la société requérante a conclu six contrats de travaux forestiers avec l'entreprise A, les 14 mars 2018, 26 mars 2018, 14 mai 2018, 19 mai 2018, 7 juin 2018 et 10 juillet 2018 et s'est vu remettre par son cocontractant un extrait K bis daté du six février 2018 et une attestation de fournitures des déclarations fiscales et de paiement des cotisations et contributions par la Mutuelle sociale agricole (MSA) Berry-Touraine à laquelle il est affilié datée du 13 mars 2018. Cette attestation mentionne qu'elle est délivrée au titre du 4e trimestre 2017 pour un effectif de sept salariés et une masse salariale de 4 099 euros et certifie que l'entreprise A " n'est pas à jour mais bénéficie d'un plan d'apurement respecté incluant les cotisations à venir (3e et 4e trimestres 2017) ". A la conclusion de chaque contrat, l'attestation de fournitures des déclarations fiscales et de paiement des cotisations et contributions par la MSA datait de moins de six mois. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction qu'il y ait une discordance entre les déclarations mentionnées sur cette attestation et les informations dont la société avait connaissance quant à l'identité de son cocontractant ou le volume d'heures de travail nécessaire à l'exécution des travaux. Enfin, l'administration n'établit ni même n'allègue que l'attestation délivrée le 13 mars 2018 n'émane pas de la MSA. Dans ces conditions, la société requérante doit être considérée comme ayant procédé aux vérifications requises par l'article L. 8222-1 du code du travail précité.
8. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est fondée à demander la décharge de l'obligation de payer, en sa qualité de débiteur solidaire de l'entreprise individuelle A, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été réclamés à cette entreprise au titre de la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2018, pour une somme de 16 691 euros.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SARL Société d'exploitation forestière Cormier et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La SARL Société d'exploitation forestière Cormier est déchargée de l'obligation de payer la somme de 16 691 euros.
Article 2 : L'Etat versera à la SARL Société d'exploitation forestière Cormier la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Société d'exploitation forestière Cormier et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Guével, président,
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Benoist GUÉVEL
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne à la ministre chargée des comptes publics en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026