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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300066

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300066

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300066
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL B&J BENDJADOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 janvier 2023 et le 6 septembre 2024, Mme B D, agissant en son nom propre et en qualité de représentante de ses filles Mme A D et Mme C D, M. F et Mme E D, représentés par Me Bendjador, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Monts a rejeté la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service du décès de M. G D ;

2°) d'enjoindre à la commune de Monts de reconnaître l'imputabilité au service de son décès et d'octroyer une rente invalidité à Mme B D ;

3°) de condamner la commune de Monts à verser à Mme B D les sommes de 30 000 euros au titre de son préjudice moral et de 25 000 euros au titre du préjudice moral de chacune de ses deux filles mineures, ces sommes portant intérêts au taux légal, ainsi qu'une indemnité de 20 000 euros avec intérêt au taux légal chacun à M. et Mme F D au titre de leur préjudice moral ;

4°) de mettre à la charge de ladite commune la somme de 500 euros à verser à Mme B D, à titre personnel et au titre de chacune de ses deux filles, et à M. et Mme F D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les conditions de travail de M. G D se sont fortement dégradées et ont altéré sa santé psychique ; il a mis fin à ses jours sur le lieu de travail le samedi 30 avril 2022, en utilisant son arme de service ; une décision implicite du maire de Monts a rejeté la demande de reconnaissance d'imputabilité au service présentée le 22 septembre 2022 ;

- de graves dysfonctionnements dans l'exercice des fonctions de policier municipal ont été relevés, imputables à sa hiérarchie ; ils produisent des éléments de preuve émanant notamment d'élus municipaux et de membres de la commune ; la mise en place d'une réunion du comité hygiène et sécurité des conditions de travail, dont la production est demandée, est la preuve qu'une alerte avait été donnée à l'autorité administrative ; des mesures ont été prises après le décès ;

- Mme D a déposé plainte et l'instance pénale est en cours.

Par un mémoire enregistré le 8 mars 2023, la commune de Monts, représentée par Me Gaucher, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune a répondu à la demande des requérants du 12 septembre 2022 par un courriel de son conseil du 28 septembre 2022 leur demandant de préciser les éléments les ayant conduits à conclure à un accident de travail et aucune réponse n'a été apportée à cette demande ;

- aucun élément de preuve ne permet de conclure à une reconnaissance de l'imputabilité au service du décès ;

- le décès n'est pas survenu pendant le temps de service ; la police municipale comptait cinq agents, nombre identique à celui de l'ancienne municipalité ; aucune preuve de la dégradation des conditions de travail du service de la police municipale n'est apportée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2006-1391 du 17 novembre 2006 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jaosidy,

- les conclusions de M. Lombard, rapporteur public,

- et les observations de Me Gaucher, représentant la commune de Monts.

Considérant ce qui suit :

1. M. G D, né le 22 juin 1971, était agent de la police municipale de la commune de Monts depuis 25 ans lorsqu'il a mis fin à ses jours le samedi 30 avril 2022 sur son lieu de travail avec son arme de service. Mme D, épouse du défunt, agissant en son nom personnel et en celui de leurs deux filles, A née le 18 août 2008 et C née le 16 mars 2010, ainsi que M. et Mme F D, parents du défunt, demandent au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la commune de Monts a rejeté la demande présentée le 12 septembre 2022 à fin de reconnaissance de l'imputabilité au service du suicide de M. D et de condamner la commune à réparer leur préjudice moral pour un montant total de 120.000 euros, ainsi qu'au versement à Mme D d'une rente d'invalidité.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de refus opposée à la demande du 12 septembre 2022 tendant à ce que soit reconnu imputable au service le suicide de M. D :

2. Aux termes de l'article L.822-18 du code général de la fonction publique, Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service.

3. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Il en va ainsi lorsqu'un suicide ou une tentative de suicide intervient sur le lieu et dans le temps du service, en l'absence de circonstances particulières le détachant du service. Il en va également ainsi, en dehors de ces hypothèses, si le suicide ou la tentative de suicide présente un lien direct avec le service. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.

4. Si le suicide de M. D est intervenu sur son lieu de service, il est cependant constant qu'il est intervenu en dehors du temps du service. Il s'ensuit que la présomption prévue par l'article L. 822-18 précité ne trouve pas à s'appliquer. Il incombe dès lors aux demandeurs d'établir l'existence d'un lien direct avec le service.

5. Si les requérants se prévalent d'une lettre ouverte de la secrétaire départementale du syndicat FAPT-37 datée du 25 février 2022 adressée au maire de la commune de Monts faisant état de la dégradation continue des conditions de travail liées notamment aux pressions exercées par la directrice générale des services et de la directrice des ressources humaines, cette lettre, qui a au demeurant été contestée par des agents de la collectivité, ne peut par elle-même, eu égard aux termes généraux dans lesquels elle rédigée, être regardée comme établissant l'existence d'un lien direct entre le décès de M. D et les conditions de travail existant au sein du service de la police municipale. Il ressort également des pièces du dossier que la collectivité a réuni le 24 mars 2022 une session extraordinaire du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions du travail afin d'évaluer les suites à donner à cette lettre ouverte. Le compte-rendu de cette commission mentionne qu'" un service est en souffrance depuis un certain temps ; que certains des agents ont relayé des faits de pressions, des problèmes relationnels avec le maire, la DRH et la DGS, un manque de recrutement de personnel pour pallier les absences, des divergences, un manque de reconnaissance, des problèmes de fonctionnement managérial, un épuisement psychologique " et préconise l'intervention d'un adjoint ou conseiller municipal, installé dans une mission de relais entre les policiers et le maire, qui portera un regard différent sur le conflit, et de faire appel à un psychologue du travail. Toutefois, ce compte-rendu n'est également pas de nature à établir l'existence d'un lien direct avec le service, alors que l'attestation non datée établie par une ancienne conseillère municipale précise que la vacance des postes au sein du service de police municipale, composé de trois gradés et de deux agents de surveillance de la voie publique, résulte du décès d'un des collègues de M. D à la suite d'une maladie ainsi que du placement en congé maladie de deux autres gradés, dont le chef de la police. L'allégation de cette conseillère municipale selon laquelle M. D se sentait harcelé et épié par sa hiérarchie n'est nullement établie et corroborée par les pièces fournies au dossier. Quant à la tribune de l'opposition publiée dans le bulletin municipal de janvier 2023, postérieure au décès de M. D, elle n'est pas davantage de nature à établir l'existence d'un lien direct entre son suicide et le service.

6. Par suite, sans qu'il y ait lieu de surseoir à statuer dans l'attente de l'issue de la procédure pénale, en l'absence d'éléments précis et personnels qui permettraient d'établir un lien direct entre le service et le suicide de M. D, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. D'une part, une illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique, pour autant qu'elle entraîne un préjudice direct et certain.

8. Le courrier du 12 septembre 2019 adressé par le conseil de l'hoirie D ne tend nullement à la condamnation de la commune de Monts. Si les requérants sollicitent dans le cadre de leurs écritures portées devant le tribunal la condamnation de la commune de Monts à réparer les préjudices moraux subis du fait du suicide de leur père et époux et fils, il résulte de ce qui précède que le refus de reconnaissance de l'imputabilité au service du décès de M. D n'est pas illégal et n'est, par suite, pas fautif.

6. D'autre part, il n'est ni soutenu ni même invoqué que d'autres fautes pourraient être imputées à la commune de Monts.

7. Les conclusions indemnitaires de la requête doivent, par suite, également être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Monts, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Monts sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Monts sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, M. F D, Mme E D et à la commune de Monts.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deliancourt, président,

M. Jaosidy, premier conseiller,

Mme Bardet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

Jean-Luc JAOSIDY

Le président,

Samuel DELIANCOURT

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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