Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300566

lundi 20 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300566
TypeOrdonnance
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

H une requête, enregistrée le 11 février 2023, Mme D B agissant pour le compte de sa fille mineure E A, représentée H Me Yela Koumba, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) à titre principal, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de mettre à sa disposition, ainsi qu'à ses parents un hébergement dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros H jour de retard et d'ordonner le versement de l'allocation de demandeur d'asile en faveur de E sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

2°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au Département du Loiret de mettre à sa disposition un hébergement d'urgence dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros H jour de retard et de l'enjoindre au versement d'une aide financière de 250 euros pour subvenir aux besoins des enfants ;

3°) à titre plus subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui fournir un hébergement d'urgence ou une aide financière de 100 euros dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 3 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence est établie H la privation des conditions matérielles d'accueil qui le place en situation de grande précarité, d'autant plus eu égard à son jeune âge ;

- la privation des conditions matérielles d'accueil porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, elle est en outre entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

H un mémoire en défense, reçu au cours de l'audience publique, enregistré le 20 février 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requérante ne remplit pas les conditions d'urgence, dès lors qu'elle bénéficie d'un hébergement stable et d'un chèque solidaire de cent euros H enfant, et qu'aucune atteinte grave et illégale à une liberté fondamentale n'existe dans ce dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme F pour statuer sur les recours formés sur le fondement des dispositions de L. 521-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les observations de Me Yela Koumba, représentant Mme B, qui persiste dans les conclusions et moyens exposés dans la requête ;

- et de Mme G, représentant l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui conclut en dernier lieu à ce qu'il soit enjoint à l'OFII de réexaminer la situation de Mme B et de sa fille E, l'OFII n'ayant pas été averti de ce que la demande d'asile de cette dernière ait finalement été enregistrée en procédure normale.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B agissant pour le compte de sa fille mineure E A, de nationalité kosovare, née le 25 janvier 2022 a présenté une demande d'asile le 9 janvier 2023, après que le réexamen de la demande d'asile de sa mère a été déclaré irrecevable H l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 9 décembre 2022. E s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile en procédure accélérée pour réexamen, qui a été remplacée H une attestation de demandeur d'asile en procédure accélérée pour une première demande d'asile, valable jusqu'au 8 juillet 2023.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée H la juridiction compétente ou son président. ".

3. La requérante a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu en raison de l'urgence de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'urgence :

4. Il résulte de l'instruction que Mme B ne dispose que de deux cents euros H mois pour faire vivre sa famille composée de quatre personnes dont deux très jeunes enfants. H suite, la condition d'urgence prévue H les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est, en l'espèce, remplie.

Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 553-1 du même code : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L 551-9 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. Le versement de cette allocation est ordonné H l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". En application de l'article D. 553-1 du même code : " Sont admis au bénéfice de l'allocation prévue au présent chapitre, les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées H l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 551-9 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 521-7. Lorsque le droit au maintien a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et que l'attestation de demande d'asile a été retirée ou n'a pas été renouvelée H l'autorité administrative, en application de l'article L. 542-3, l'allocation pour demandeur d'asile est versée jusqu'aux termes prévus à l'article L. 551-14 ".

6. L'article L. 551-15 du même code prévoit, H ailleurs, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé, notamment, " si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () ". Il résulte toutefois du point 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale qu'un tel refus ne peut être pris qu'au terme d'un examen au cas H cas, fondé sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes vulnérables mentionnées à l'article 21 de cette directive, lequel vise notamment les mineurs.

7. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-3 du même code : " Lorsque la demande d'asile est présentée H un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants ".

8. C, aux termes de l'article L. 531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure ". Aux termes de l'article L. 531-42 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides procède à un examen préliminaire des faits ou des éléments nouveaux présentés H le demandeur intervenus après la décision définitive prise sur une demande antérieure ou dont il est avéré qu'il n'a pu en avoir connaissance qu'après cette décision () ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, en cas de recours, la Cour nationale du droit d'asile, ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue H l'office ou, en cas de recours, H la Cour nationale du droit d'asile, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire.

10. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen.

11. La demande ainsi présentée au nom du mineur présentant le caractère d'une demande de réexamen, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé à la famille, conformément aux dispositions de l'article L. 551-15, sous réserve d'un examen au cas H cas tenant notamment compte de la présence au sein de la famille du mineur concerné. Lorsque l'OFII décide de proposer à la famille les conditions matérielles d'accueil et que les parents les acceptent, il est tenu, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur cette demande, d'héberger la famille et de verser aux parents l'allocation pour demandeur d'asile (ADA), le montant de cette dernière étant calculé, en application des articles L. 553-1 et D. 553-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fonction du nombre de personnes composant le foyer du demandeur d'asile.

12. A cet égard, ainsi qu'il a été exposé précédemment, la famille de E se compose de quatre personnes dont deux enfants mineurs en très bas âge. Si l'OFII soutient que la requérante dispose d'un logement stable, ainsi qu'elle l'avait signalé lors de son dernier entretien de vulnérabilité, il a été indiqué à l'audience que la famille de E est en réalité hébergée de temps à autre chez des connaissances, sans que cet hébergement ne puisse être considéré comme stable et durable.

13. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de E et du reste de sa famille H l'intermédiaire de sa mère dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

14. La requérante a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. H suite, sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Yela Koumba, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Yela Koumba de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B H le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1000 euros sera versée à Mme B.

O R D O N N E

Article 1er : Mme B, en sa qualité de représentante légale de sa fille E est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile au profit de E A et du reste de sa famille dans le délai de sept jours courant à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B l'aide juridictionnelle, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Yela Koumba une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B H le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1000 euros sera versée à Mme B.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B agissant pour le compte de sa fille mineure E A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Orléans, le 20 février 2023.

La juge des référés,

Clotilde F

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.