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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300599

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300599

jeudi 10 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300599
TypeDécision
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BAUR ET ASSOCIÉS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a examiné le refus de la préfète du Loiret de délivrer à Mme A, ressortissante congolaise, une carte de résident "résident de longue durée-UE" fondé sur les articles L. 413-7 et L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a annulé cette décision, estimant que le diplôme présenté par la requérante attestait d'un niveau de maîtrise du français supérieur au niveau A2 requis par l'arrêté du 21 février 2018, et que la préfète avait donc commis une erreur de droit. Il a enjoint à la préfète de délivrer la carte sollicitée dans un délai de deux mois, sans astreinte, et a mis à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2023, Mme B C A, représentée par Me Kante, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2022 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " sur le fondement des articles L. 413-7 et L 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de résident dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros hors taxes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle est présente en France de manière habituelle depuis plus de sept ans et demi et remplit les conditions fixées par les articles L. 413-7 et L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par l'article 1er de l'arrêté du 21 février 2018 fixant la liste des diplômes et certifications attestant le niveau de maîtrise du français requis, dès lors que le diplôme qu'elle présente témoigne d'un niveau de maîtrise supérieur à celui attendu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté ministériel du 21 février 2018 fixant la liste des diplômes et certifications attestant le niveau de maîtrise du français requis, pour l'obtention d'une carte de résident ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Bernard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante de la République du Congo, née en 1989, est entrée en France le 16 avril 2015. Elle s'est vue délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 10 juillet 2020 au 9 juillet 2022. Le 19 mai 2022, elle a sollicité la délivrance d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE ". Par une décision du 9 novembre 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande mais lui a accordé le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle pour une durée de deux ans. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision en tant qu'elle lui refuse la délivrance d'une carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans () ". Aux termes de l'article L. 426-19 de ce code : " La décision d'accorder la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue à l'article L. 426-17 est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7 ". Aux termes de l'article L. 413-7 du même code, dans sa version applicable au litige : " La première délivrance (), de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19 () est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 413-15 du même code, dans sa version applicable au litige : " Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 413-7, l'étranger doit fournir : () 2° Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration () ".

3. D'autre part, selon l'article 1er de l'arrêté du 21 février 2018 fixant la liste des diplômes et certifications attestant le niveau de maîtrise du français requis, pour l'obtention d'une carte de résident ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les diplômes ou certifications nécessaires à l'obtention d'une carte de résident ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " sont les suivants : () 3° Tests ou attestations linguistiques sécurisés, délivrés par un organisme certificateur reconnu au niveau national ou international, qui constatent et valident la maîtrise des compétences écrites et orales visées par le niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe / Une liste indicative de ces diplômes ou certifications figure en annexe du présent arrêté ". Figure à l'annexe de cet arrêté, parmi les tests ou attestations linguistiques remplissant les conditions prévues à l'article 1-3°: " () test de connaissance du français (TCF) et test de connaissance du français-demande d'admission préalable (TCF-DAP), délivrés par le France Education international ".

4. Pour refuser de délivrer à Mme A la carte de résident sollicitée, la préfète du Loiret s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressée avait, à l'appui de sa demande, produit un diplôme qui ne lui permettait pas de justifier d'une maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe. Or, la requérante produit, à l'appui de sa requête, une attestation " Test de connaissance du français ", qui lui a été délivrée le 24 octobre 2022 par France Education international et qui porte la mention : " niveau B1 du cadre européen commun de référence pour les langues ", soit un niveau supérieur au niveau A2 requis. Il s'en déduit que Mme A remplissait, à la date de la décision attaquée, la condition prévue à l'article R. 413-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relative à une maîtrise suffisante du français. Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer la carte de résident sollicitée, la préfète du Loiret a méconnu les articles L. 413-7 et L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par la requérante, que la décision du 5 novembre 2022 lui refusant la délivrance d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. La requérante n'établissant pas, par les pièces qu'elle produit, qu'elle remplirait les autres conditions pour l'obtention d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE ", le présent jugement n'implique pas nécessairement la délivrance de la carte de résident qu'elle sollicite. En revanche, il implique nécessairement que la préfète du Loiret réexamine la demande de Mme A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Loiret d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 novembre 2022 de la préfète du Loiret est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de réexaminer la demande de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2025.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Sophie LESIEUX

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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