jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2302057 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | VEAUVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juin 2023 et le 25 mars 2024, Mme C D, représentée par la S.E.L.A.F.A cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Saint-Avertin à lui verser une somme de 20 240 euros au titre de préjudices subis du fait de sa pathologie reconnue imputable au service, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 février 2023 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Avertin une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de rejet du 11 avril 2023 est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle a droit à une réparation complémentaire de ses préjudices du fait de sa maladie professionnelle reconnue imputable au service ;
- la commune se fonde sur des faits matériellement inexacts dès lors que les événements qu'elle a subis ne sont pas " anecdotiques et isolés " et ont conduit le présent tribunal, par un jugement du 4 novembre 2021, à reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie ; que la circonstance qu'elle ne soit plus suivie par son psychiatre depuis 2018 signifie simplement que son état de santé a été considéré comme stable mais non nécessairement guéri ; que la commune tente de faire état de " douleurs dorsales persistantes supportées par la requérante " pour soutenir l'absence de lien de causalité entre sa faute et les préjudices ; que sa décision de quitter la ville de Tours résulte uniquement de son état psychiatrique dont la fragilité ne permettait pas de rester à proximité de son ancien lieu d'activité professionnelle ;
- il n'est pas nécessaire de démontrer une quelconque faute de la commune et un lien de causalité entre ladite faute et les préjudices subis pour obtenir réparation des préjudices extra-patrimoniaux causés par sa pathologie reconnue imputable au service ;
- elle a effectivement subi un préjudice moral distinct des souffrances endurées résultant du stress provoqué par les démarches qu'elle a été contrainte d'effectuer et les recours contentieux qu'elle a dû engager pour que l'imputabilité au service de sa pathologie soit reconnue par le maire de la commune de Saint-Avertin.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, la commune de Saint-Avertin, représentée par Me Veauvy conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à limiter sa condamnation aux postes de préjudices au titre du déficit fonctionnel temporaire et permanent et aux souffrances avant consolidation, et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant ;
- le lien de causalité entre une faute de la commune et les préjudices de la requérante n'est pas suffisamment établi ;
- si les demandes indemnitaires présentées par la requérante sont fondées, il conviendra, en tout état de cause, de les minorer.
Par ordonnance du 30 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance de taxation d'expertise du 7 mars 2023 ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Keiflin,
- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,
- et les observations de Me Veauvy, représentant la commune de Saint-Avertin.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, née le 1er mai 1959, recrutée par la commune de Saint-Avertin (Indre-et-Loire) en 1997 en qualité d'agent contractuel puis titularisée en 2003 dans le grade d'éducateur territorial des activités physiques et sportives principal de deuxième classe, a exercé les fonctions d'éducatrice sportive et assistante de prévention affectée à la piscine municipale. Le 7 juin 2013, elle a été victime d'un syndrome anxiodépressif, à l'origine de son placement en congé de longue durée jusqu'au 6 juin 2018. L'imputabilité au service de cette maladie à compter du 7 juin 2013 a été reconnue par un arrêté du 29 novembre 2021 en exécution d'un jugement n° 1900810 rendu par le tribunal administratif d'Orléans le 4 novembre 2021. Consécutivement aux avis du comité médical départemental et de la commission de réforme d'Indre-et-Loire concluant à son inaptitude définitive à l'exercice de toutes fonctions, Mme D a été admise, sur sa demande, à la retraite pour invalidité par un arrêté du 8 décembre 2020 à effet au 1er janvier 2021. Le 20 janvier 2022, Mme D a saisi le juge des référés du tribunal administratif d'Orléans afin de prescrire une expertise médicale en vue de déterminer l'ensemble de ses préjudices subis du fait de sa pathologie reconnue imputable au service. L'expert désigné par le tribunal a rendu son rapport le 30 janvier 2023 et, par lettre du 17 février 2023, réceptionnée en mairie le 20 février suivant, Mme D a demandé en réparation des préjudices subis le versement d'une somme totale de 20 240 euros. Cette réclamation ayant été rejetée par lettre du 11 avril 2023, Mme D demande la condamnation de la commune de Saint-Avertin à lui verser la somme de 20 240 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de sa pathologie reconnue imputable au service.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. La décision du 11 avril 2023 du maire de la commune de Saint-Avertin a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme D. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à obtenir l'indemnisation qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 11 avril 2023 est inopérant et doit donc être écarté.
3. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et de l'article L. 824-1 du code général de la fonction publique qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.
4. La circonstance que le fonctionnaire victime d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle ne remplit pas les conditions auxquelles les dispositions mentionnées ci-dessus subordonnent l'obtention d'une rente ou d'une allocation temporaire d'invalidité fait obstacle à ce qu'il prétende, au titre de l'obligation de la collectivité qui l'emploie de le garantir contre les risques courus dans l'exercice de ses fonctions, à une indemnité réparant des pertes de revenus ou une incidence professionnelle. En revanche, elle ne saurait le priver de la possibilité d'obtenir de cette collectivité la réparation de préjudices d'une autre nature, dès lors qu'ils sont directement liés à l'accident ou à la maladie.
5. Ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme D a contracté une maladie reconnue imputable au service à compter du 7 juin 2013 par un arrêté du 29 novembre 2021 de la commune de Saint-Avertin. Elle peut en conséquence solliciter de la personne publique qui l'a employée, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant les préjudices patrimoniaux d'une autre nature que ceux réparés par l'allocation temporaire d'invalidité ou des préjudices personnels.
Sur les préjudices :
6. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expert désigné par le juge des référés du présent tribunal, déposé le 30 janvier 2023, que Mme D a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % du 7 juin 2013 au 6 juin 2014, soit durant 12 mois, de 15 % du 7 juin 2014 au 6 juin 2016, soit durant 24 mois, et de 10 % du 7 juin 2016 au 7 juin 2018, soit durant 24 mois. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice sur une durée cumulée de cinq ans à hauteur de 4 500 euros.
7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expert que les souffrances endurées antérieurement à la consolidation de son état de santé par Mme D, à " consonnance exclusivement psychique ", ont été évaluées à 2,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice à hauteur de 2 500 euros.
8. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expert que Mme D présente encore au jour de l'examen des troubles du sommeil et un état anxieux de fond, et le conduise à évaluer son taux d'incapacité permanente partielle à 7 %. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, Mme D étant âgée de 59 ans à la date de consolidation de son état de santé, en l'évaluant à la somme de 7 500 euros.
9. Si Mme D demande la réparation d'un préjudice moral du fait d'une atteinte à son intégrité psychique qu'elle a vivement ressentie, et soutient également d'une part avoir subi un préjudice moral distinct des souffrances endurées résultant du stress provoqué par les démarches qu'elle a été contrainte d'effectuer et les recours contentieux qu'elle a dû engager pour que l'imputabilité au service de sa pathologie soit reconnue par la commune de Saint-Avertin, d'autre part qu'elle a été contrainte de quitter la ville de Tours, pour s'éloigner de son ancien lieu d'activité professionnelle, elle n'établit toutefois pas qu'elle aurait ainsi subi un préjudice en lien avec sa pathologie et non déjà réparé au titre des souffrances morales endurées.
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune de Saint-Avertin à verser à Mme D la somme totale de 14 500 euros en réparation de l'ensemble des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que ceux réparés par l'allocation temporaire d'invalidité et des préjudices personnels qu'elle a subis du fait de sa maladie professionnelle.
Sur les intérêts :
11. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
12. Mme D a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 14 500 euros mise à la charge de la commune de Saint-Avertin à compter du 20 février 2023, date de réception de la réclamation préalable qu'elle lui a adressée.
Sur les dépens :
13. Par ordonnance du 7 mars 2023, le président du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise judiciaire à la somme de 680,70 euros toutes taxes comprises (TTC). Il y a lieu de mettre cette somme à la charge définitive de la commune de Saint-Avertin.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme D, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saint-Avertin demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Saint-Avertin la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Saint-Avertin est condamnée à verser à Mme D la somme de 14 500 (quatorze mille cinq cent) euros, assortie des intérêts de droit au taux légal à compter du 20 février 2023.
Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 680,70 euros TTC, sont mis à la charge définitive de la commune de Saint-Avertin.
Article 3 : La commune de Saint-Avertin versera à Mme D la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la commune de Saint-Avertin.
Copie en sera adressée au Dr A B, psychiatre, expert.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Keiflin, première conseillère,
M. Garros, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
Laura KEIFLIN
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
Le greffier,
Vincent DUNET
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026