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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303198

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303198

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303198
TypeDécision
Avocat requérantSELARL DEREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, M. A D, représenté par la CSP Orsen, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise médicale en vue de déterminer s'il a bénéficié d'une prise en charge adaptée et de soins attentifs par les services du Centre Hospitalier (CH) de Dreux lors de son opération à partir du 13 mars 2018, de donner tous éléments permettant d'apprécier ses préjudices, de dire que l'expert produira un pré-rapport en laissant aux parties un délai raisonnable d'observations et de condamner l'établissement de soins à lui régler la somme de 1 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est admis au CH de Dreux le 13 mars 2018 en vue de pratiquer la cure de la hernie inguinale bilatérale dont il souffre, sous coelioscopie par voie péritonéale ;

- à la suite de cette opération, il éprouve des douleurs persistantes, tantôt abdominales, tantôt lombaires, évoluant par crises ;

- une échographie abdominale réalisée le 13 mars 2023 met en évidence, une diverticulose sigmoïdienne sans signe de complication, et un matériel opaque se projetant au niveau pelvien droit, à confronter aux antécédents opératoires du patient ;

- il est alors orienté vers les urgences et fait l'objet d'une prise en charge, le 15 mars 2023, à l'Hôpital Franco-Britannique à Levallois Perret, au service de chirurgie viscérale. Après qu'une coelioscopie exploratrice a révélé des pièces d'endobag incrustées dans le douglas, une douglassectomie est alors été pratiquée, mettant fin aux épisodes de crises douloureuses ;

- dès lors, il s'estime victime d'une mauvaise prise en charge médicale et entend, par conséquent, rechercher la responsabilité du CH de Dreux.

Par un mémoire, enregistré le 31 juillet 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loir-et-Cher ne formule pas d'observations sur cette requête.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2023, le CH de Dreux, représenté par la SELARL Dérec, indique ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée mais formule toutes protestations et réserves sur sa responsabilité. Il demande que la mission de l'expert soit complétée, qu'il établisse un pré-rapport ou une note de synthèse avant le dépôt de son rapport, qu'il se fasse communiquer préalablement le relevé des frais et débours assumés par les organismes sociaux, et conclut enfin, au rejet de sa condamnation aux frais de justice non compris dans les dépens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

2. Il résulte de l'instruction que le litige susceptible d'opposer le requérant au CH de Dreux relève de la compétence de la juridiction administrative. Cet établissement ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée. Le demandeur entend, au principal, mettre en cause la responsabilité dudit service. Par conséquent, la mesure d'expertise sollicitée présente un caractère d'utilité et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit, et d'ordonner une expertise comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions du CH de Dreux tendant à lui donner acte de ses protestations et réserves :

3. Le CH de Dreux demande au tribunal de lui donner acte de ses protestations et réserves sur sa mise en cause et ses responsabilités. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de donner acte de telles protestations et réserves.

Sur la demande du requérant et du CH de Dreux tendant à ce que l'expert établisse une note de synthèse ou un pré-rapport avant le dépôt de son rapport :

4. Aux termes de l'article R. 621-7 du code de justice administrative : " L'expert garantit le caractère contradictoire des opérations d'expertise. () Les observations faites par les parties, dans le cours des opérations, sont consignées dans le rapport. L'expert recueille et consigne les observations des parties sur les constatations auxquelles il procède et les conclusions qu'il envisage d'en tirer () ". En application de ces dispositions, il appartient à l'expert, dans la conduite des opérations qui lui sont confiées dans le respect du principe du contradictoire, de communiquer aux parties ses constatations et conclusions potentielles et de recueillir leurs éventuelles observations sous la forme d'un projet de rapport communiqué aux parties. Par suite, il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. D et du CH de Dreux déposées en ce sens.

Sur la demande du CH de Dreux tendant à ce que l'expert se fasse communiquer préalablement le relevé des frais et débours des organismes de sécurité sociale :

5. L'article R. 621-7-1 du code du même code dispose que " Les parties doivent remettre sans délai à l'expert tous documents que celui-ci estime nécessaires à l'accomplissement de sa mission () ". Il en résulte que, dans le cadre de ses prérogatives de direction des investigations, il revient à l'expert d'apprécier s'il y a lieu de se faire communiquer certains documents ou certaines pièces détenues par les parties. Il suit de là que les conclusions visant à communiquer préalablement des relevés et justificatifs doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. D sur le fondement de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : Le professeur C B, chirurgien de l'appareil digestif, domicilié Hôpital Avicenne, 125 rue de Stalingrad à Bobigny (93000), est désigné en qualité d'expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. D et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui par les services du CH de Dreux relatifs à son hospitalisation à partir du 13 mars 2018 ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. D ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de M. D et les conditions dans lesquelles il a été pris en charge par les services du CH de Dreux ; décrire l'état pathologique de l'intéressé ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les interventions pratiquées et les diagnostics établis ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. D et aux symptômes qu'il présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du CH de Dreux ;

4°) réunir, de manière générale, tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services du CH de Dreux ont été commises ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; déterminer s'il a été victime d'un accident médical, d'un aléa thérapeutique ou d'une infection nosocomiale ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état de M. D, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au CH de Dreux, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ; en cas de causes multiples, indiquer la part imputable (pourcentage) à chacune des causes ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements du CH de Dreux éventuellement constatés ont fait perdre à M. D une chance sérieuse de guérison des lésions dont il est atteint ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par M. D de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ; en cas de manquements multiples, indiquer la part imputable à chacun de ces manquements ;

7°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si M. D a été informé de la nature des opérations qu'il allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces interventions et s'il a été mis à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si M. D a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant l'opération s'il en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

8°) dire si l'état de M. D a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

9°) indiquer à quelle date l'état de M. D peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

10°) dire si l'état de M. D est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

11°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique, préjudice sexuel) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

12°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle de M. D ;

13°) apporter, d'une manière générale, tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction éventuellement saisie.

Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre, d'une part,

M. D et la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, et d'autre part, le CH de Dreux.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert effectuera une déclaration sur l'honneur dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert avertira les parties et organisera le déroulement des travaux d'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert communiquera aux parties un projet de rapport, au plus tard le 30 novembre 2024, préalablement au dépôt du rapport définitif, afin de recueillir leurs éventuelles observations.

Article 7 : L'expert déposera son rapport définitif au greffe par voie électronique avant le 31 janvier 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 9 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.

Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, au CH de Dreux et à l'expert.

Fait à Orléans, le 2 septembre 2024.

Le Président,

Benoist GUÉVEL

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ABo

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