jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303200 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET CORNET VINCENT SEGUREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023, Mme F C et M. A D, représentés par la SELARL CVS (Cornet - Vincent - Ségurel), demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de constater les désordres affectant la clôture grillagée bordant leur propriété située 39, rue de Villiers à Néron (Eure-et-Loir) à la suite des travaux communaux d'aménagement d'un trottoir épousant la limite séparative de leur bien, de déterminer la cause des désordres et, notamment de préciser s'ils sont imputables aux travaux de voirie communale, de déterminer les travaux nécessaires à la réparation définitive des désordres et d'évaluer leur coût, de donner un avis sur l'ensemble des préjudices subis, de dire que l'expert produira, avant le dépôt de son rapport définitif, un pré-rapport assorti d'un délai de 30 jours pour permettre aux parties de produire leurs observations et réclamations écrites, et enfin, de condamner la Commune de Néron à prendre en charge les dépens de l'instance, y compris les frais d'expertise judiciaire, et à leur verser la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- au cours de l'année 2011, la commune de Néron a engagé des travaux de voirie rue de Villiers comportant la création d'un trottoir implanté tout le long de leur propriété ;
- cet ouvrage, s'appuyant sur une hauteur de 40 cm et sur toute la longueur du grillage séparatif avec la voie publique, effectue une pression emportant ainsi les poteaux de clôture et leurs scellements vers leur jardin ;
- en décembre 2020, la commune envisage, dans un premier temps, de procéder à des travaux de reprise consistant notamment à créer un mur de soubassement permettant de soutenir le trottoir, avant finalement de se rétracter ;
- une expertise amiable d'assurance est diligentée à leur initiative dont le rapport du 25 avril 2022 estime que les désordres observés proviennent de la poussée des terres de remblais du trottoir en grave calcaire réalisé par la commune et s'appuyant contre la clôture grillagée ;
- le constat d'huissier du 2 mai 2022 relève en plusieurs endroits la présence d'affaissement, d'éboulement du sol et la formation de trous ;
- après l'échec des tentatives de règlement amiable de ce litige, ils s'estiment fondés à saisir le juge des référés en vue de la désignation d'un expert judiciaire pour constater les désordres, en déterminer les causes et les origines, donner son avis sur les responsabilités encourues, les travaux de reprise à réaliser ainsi que les préjudices subis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, la commune de Néron, représentée par la SCP Ubilex, ne s'oppose pas à la demande d'expertise mais formule toutes protestations et réserves sur sa responsabilité et l'origine des dommages allégués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
2. Il résulte de l'instruction que Mme C et M. D constatent la dégradation de la clôture de leur domicile à la suite de l'aménagement d'un trottoir jouxtant leur propriété dont les travaux ont été exécutés sous la maîtrise d'ouvrage de la commune de Néron. Les investigations amiables jusqu'alors restant vaines, les requérants demandent au juge des référés de désigner un expert pour déterminer l'origine des désordres et leurs préjudices.
3. Le litige au fond susceptible d'opposer Mme C et M. D à la commune de Néron relève de la compétence de la juridiction administrative dès lors qu'il concerne la réalisation de travaux publics et des dommages qu'ils peuvent provoquer. La commune de Néron ne s'oppose pas à la demande d'expertise sollicitée. La mesure demandée par les requérants entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 précité et est utile afin de constater contradictoirement la réalité des désordres, déterminer les responsabilités et les travaux à exécuter pour y remédier. Par suite, il y a lieu d'ordonner l'expertise sollicitée, de désigner un seul expert et de fixer sa mission à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les conclusions de la commune de Néron tendant à leur donner acte de ses protestations et réserves :
4. La commune demande de lui donner acte de ses protestations et réserves. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de donner acte de telles protestations. Les conclusions présentées par la commune de Néron à cette fin doivent être rejetées.
Sur la demande des requérants tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport avant le dépôt de son rapport :
5. Aux termes de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, " L'expert garantit le caractère contradictoire des opérations d'expertise. () Les observations faites par les parties, dans le cours des opérations, sont consignées dans le rapport. L'expert recueille et consigne les observations des parties sur les constatations auxquelles il procède et les conclusions qu'il envisage d'en tirer () ". En application de ces dispositions, il appartient à l'expert, dans la conduite des opérations qui lui sont confiées dans le respect du principe du contradictoire, de communiquer aux parties ses constatations et conclusions potentielles et de recueillir leurs éventuelles observations. Cependant, le dépôt d'un pré-rapport assurant et formalisant ainsi le partage des informations recueillies demeure une simple faculté. Par conséquent, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des requérants tendant à la production d'un pré-rapport.
Sur les dépens :
6. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au seul président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-13 susmentionné. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme C et M. D sur le fondement de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : M. E B, ingénieur travaux publics, demeurant 19-21 rue de Lourmel à Paris (75015), est désigné en qualité d'expert avec pour mission :
1°) de se rendre au 39 rue de Villiers à Néron, de se faire remettre tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission et d'entendre les parties et toute personne susceptible de l'éclairer ;
2') de décrire les désordres affectant la clôture de la maison de Mme C et M. D, de dire s'ils sont imputables à la création du trottoir bordant ladite clôture, ou à toute autre cause et, en cas de causes multiples, d'indiquer la part imputable à chacune des causes ;
3°) de réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire, le cas échéant, si ces désordres sont de nature à compromettre la solidité du grillage séparatif en cause ;
4°) de fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction éventuellement saisie de déterminer les responsabilités encourues ;
5°) de déterminer les travaux de réparation nécessaires pour remédier aux désordres ;
6°) de fournir tous éléments permettant à la juridiction éventuellement saisie d'évaluer l'ensemble des préjudices subis par Mme C et M. D, notamment le coût des travaux de réparation des désordres ;
7°) d'une manière générale, d'apporter tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction saisie.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert effectuera une déclaration sur l'honneur dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement en présence de Mme C, de M. D et des représentants de la commune de Néron.
Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert déposera son rapport définitif au greffe par voie électronique avant le 30 septembre 2024. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 8 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F C et M. A D, à la commune de Néron et à l'expert.
Fait à Orléans, le 21 mars 2024.
Le Président,
Juge des référés,
Benoist GUÉVEL
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.