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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303417

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303417

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303417
TypeDécision
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantCABINET RAKROUKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2023, M. A F, représenté par Me Rakrouki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet du Cher a rejeté la demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse, Mme E ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cher d'accorder le bénéfice du regroupement familial à son épouse dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son logement est adapté et salubre et aucune disposition ne subordonne la décence d'un logement à la présence d'un mobilier suffisant ;

- la décision méconnaît l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le droit au recours effectif de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 29 avril 2024, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le décret n° 2002-120 du 30 juin 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Rakrouki, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant tunisien né le 1er avril 1992 à Jerba (Tunisie) et résidant régulièrement en France en vertu d'une carte de résident valable jusqu'au 21 juin 2030, a déposé le 17 mai 2022 auprès des services de la préfecture du Cher une demande d'admission au séjour au bénéfice de son épouse, Mme B E, ressortissante tunisienne née le 21 août 1997, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. Le préfet du Cher a rejeté sa demande par décision en date du 21 juillet 2023, motivée par l'ameublement insuffisant du logement occupé par l'intéressé au 15 rue du docteur C à Vierzon (18100). Par la présente requête, M. F demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". L'article L. 434-7 de ce code dispose : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". L'article R. 434-5 du même code prévoit que : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ().

3. D'une part, et contrairement au motif de refus retenu par le préfet du Cher dans la décision querellée en date du 21 juillet 2023, il ne ressort ni de ces dispositions, ni d'aucune disposition législative comme règlementaire que l'insuffisance de l'ameublement d'un logement pourrait légalement fonder le rejet d'une demande d'admission au séjour au titre du regroupement familial. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le logement situé au 15 rue du docteur C à Vierzon dont dispose M. F satisfait les conditions posées par les dispositions citées au point 2 et dont il n'est pas contesté qu'il constitue un logement décent au sens du décret n° 2002-120 du 30 juin 2002 précité. M. F est dans ces conditions fondé à soutenir que le préfet du Cher a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

5. Dans son mémoire en défense, le préfet du Cher fait valoir que le logement situé à Vierzon ne constitue pas le logement effectif de M. F et produit les contrats de travail fournis par ce dernier datant de 2017 et 2020 indiquant tous les deux une adresse au 26, rue Titon à Paris (75011). Toutefois, dès lors que l'article R. 434-7, 2° du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile fait état du logement dont le demandeur " dispose ou disposera à la date de l'arrivée de sa famille ", et alors que M. F, à supposer même qu'il n'habite effectivement pas le logement situé à Vierzon, justifie néanmoins en disposer au sens de ces dispositions par la production du contrat de bail conclu le 12 décembre 2021, des factures d'électricité faisant état d'un abonnement mensuel de 20 euros de février à décembre 2023, ainsi qu'une facture d'eau attestant d'une consommation, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de substitution de motif sollicitée par le préfet du Cher.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. F est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Cher du 21 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui annule la décision du préfet du Cher du 21 juillet 2023, implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet d'admettre au séjour l'épouse de M. F dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de refus du préfet du Cher du 21 juillet 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Cher d'admettre Mme B E au séjour dans le cadre du regroupement familial dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. F la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet du Cher.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Samuel Deliancourt, président,

M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,

Mme Aurore Bardet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

Le rapporteur,

Jean-Luc D

Le président,

Samuel DELIANCOURT

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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