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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2305224

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305224

mercredi 26 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2305224
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP DELVOLVE TRICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2305224 le 23 décembre 2023 et le 4 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Meunier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la société Orange à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices subis, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 août 2023, date de réception de sa réclamation préalable ;

2°) de mettre à la charge de la société Orange la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société Orange a commis une faute en prenant la décision 25 septembre 2019 refusant la reconnaissance de l'évènement du 20 novembre 2017 comme accident de service, décision qui a été annulée par jugement du tribunal du 25 septembre 2019 et en raison de l'illégalité de laquelle elle a subi des préjudices ;

- pour faire reconnaître l'imputabilité de l'accident dont elle a été victime, elle a dû saisir le tribunal administratif, exposer des frais, poser des congés pour préparer son dossier, aller à l'audience, engager des frais de transports et de même pour obtenir l'exécution du jugement dans le cadre de la procédure avec la commission de réforme et le conseil médical et elle doit être indemnisée de ces frais à hauteur de 10 000 euros ;

- elle a subi un préjudice moral car elle s'est vue mise de côté à la suite de son accident et de son action en justice jusqu'à son départ en retraite, a sollicité des aménagements de son poste qui lui ont toujours été refusés et a subi une expertise psychiatrique, qu'elle considère comme une pratique humiliante, et elle doit être indemnisée à ce titre à hauteur de 20 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2024, la société Orange conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande tendant au versement de la somme de 240 euros au titre des frais de psychologue a été satisfaite postérieurement à l'introduction du recours et est donc désormais sans objet ;

- le préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputé intégralement réparé par le jugement du tribunal administratif d'Orléans du 8 mars 2022 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cadre de l'instance engagée pour contester la décision du 25 septembre 2019 et la requérante ne peut solliciter à nouveau l'indemnisation de ces frais ;

- l'existence de frais de procédure exposés au titre des " suites pour obtenir l'exécution du jugement dans le cadre de la procédure avec la Commission de réforme et le Conseil médical " n'est pas établie ;

- si Mme C invoque un préjudice moral, elle ne démontre ni l'existence ni l'étendue de celui-ci, pas plus que de sa mise à l'écart après son accident, de la mise en doute de sa parole relative à l'imputabilité de son accident au service et de l'existence d'un préjudice moral causé par la réalisation de l'expertise psychiatrique.

Par ordonnance du 2 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 septembre 2024.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2400304 le 23 janvier 2024 et le 3 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Meunier, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner la société Orange à lui verser une provision de 30 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de la société Orange la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa créance s'élève à 30 000 euros dont 10 000 euros pour les frais engendrés par la procédure et 20 000 euros au regard du préjudice moral ;

- l'obligation de réparation de ses préjudices personnels à la charge de la société Orange n'est pas sérieusement contestable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, la société Orange conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande tendant au versement de la somme de 240 euros au titre des frais de psychologue a été satisfaite postérieurement à l'introduction du recours et est donc désormais sans objet ;

- le préjudice de Mme C correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputé intégralement réparé par le jugement du tribunal administratif d'Orléans du 8 mars 2022 et le montant allégué et non établi de 10 000 euros est totalement disproportionné ;

- l'obligation invoquée par Mme C pour justifier en référé sa demande de provision est particulièrement et sérieusement contestable dans la mesure où les préjudices qu'elle allègue ne sont établis ni dans leur existence ni dans leur étendue, de sorte qu'ils ne présentent eux-mêmes aucun caractère certain.

Par ordonnance du 2 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 septembre 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa,

- les conclusions de M. A,

- et les observations de Me Meunier représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C est fonctionnaire en service au sein de France Telecom devenu la société Orange. Le 20 novembre 2017, elle a subi un choc psychologique sur son lieu de travail et a été placée en arrêt de travail jusqu'au 22 mai 2018 pour dépression et épuisement professionnel. Elle a ensuite repris ses fonctions à temps partiel thérapeutique puis à temps plein en février 2019. Elle a de nouveau été placée en arrêt de travail en juin 2019. Par courrier du 3 juillet 2019, elle a demandé au directeur de son unité la reconnaissance de l'évènement du 20 novembre 2017 comme accident de service, demande restée sans réponse. Par courrier du 18 septembre 2019, elle a réitéré sa demande qui a été rejetée par lettre du 25 septembre 2019. Elle a alors saisi le tribunal administratif d'Orléans qui, par un jugement rendu le 8 mars 2022, a annulé la décision du 25 septembre 2019 et a enjoint à la société Orange de réexaminer sa demande. Pour exécuter ce jugement, la société Orange a saisi la commission de réforme, qui en réunion du 28 juillet 2022 a émis un sursis à statuer dans l'attente d'une expertise médicale en psychiatrie afin de statuer sur la demande d'imputabilité au service de l'accident survenu le 20 novembre 2017. L'expert psychiatre a conclu que l'évènement du 20 novembre 2017 était imputable au service et que les lésions constatées étaient en relation directe et certaine avec l'évènement. Par une décision du 4 mai 2023, la société Orange a reconnu l'imputabilité au service de l'accident subi. Mme C a présenté une réclamation préalable le 11 août 2023 demandant réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en lien avec la décision du 25 septembre 2019 refusant la reconnaissance de l'évènement du 20 novembre 2017 comme accident de service. Par décision du 23 octobre 2023, la société Orange a accepté de lui rembourser les frais médicaux exposés à hauteur de 240 euros mais a rejeté le surplus de ses demandes. Par les présentes requêtes, Mme C demande l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis en raison de la non reconnaissance de l'imputabilité de son accident au service.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2305224 et n° 2400304 concernent la situation d'une même personne, présentent un lien de connexité et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'indemnisation de frais liés aux procédures menées

3. En premier lieu, s'ils ont été exposés en conséquence directe d'une faute de l'administration, les frais de justice sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de l'illégalité fautive imputable à l'administration. Toutefois, lorsque le demandeur a fait valoir, devant le juge qui a constaté cette illégalité fautive, une demande fondée sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le préjudice est intégralement réparé par la décision que prend le juge sur ce fondement. Il n'en va autrement que dans le cas où le demandeur ne pouvait légalement bénéficier de ces dispositions.

4. Il résulte de l'instruction que Mme C a obtenu dans le cadre de l'instance n° 1904213 l'annulation de la décision lui refusant la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident survenu le 20 novembre 2017 ainsi que l'octroi, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dès lors, les frais de procédure qu'elle a alors exposés doivent être regardés comme ayant fait l'objet d'une appréciation d'ensemble dans ce cadre qui exclut, ainsi qu'il a été dit au point précédent, toute demande indemnitaire de ce chef.

5. En second lieu, l'existence de frais de procédure exposés au titre des " suites pour obtenir l'exécution du jugement dans le cadre de la procédure avec la Commission de réforme et le Conseil médical " n'est pas établie.

En ce qui concerne l'indemnisation du préjudice moral

6. Si l'illégalité du refus de reconnaissance de l'imputabilité de l'accident de Mme C au service tenait notamment, selon les motifs du jugement du 8 mars 2022, à un vice de procédure, à savoir l'absence de consultation de la commission de réforme, il résulte de l'instruction que, lorsqu'elle a été saisie, cette commission a donné un avis favorable à l'imputabilité, ce qui a conduit la société Orange, par sa décision du 4 mai 2023, à reconnaître expressément l'imputabilité au service de l'accident dont Mme C avait été victime le 20 novembre 2017. Dans la mesure où le refus initial n'était pas justifié au fond, la reconnaissance d'imputabilité ayant été obtenue par l'intéressée trois ans et dix mois après sa demande du 3 juillet 2019, son illégalité fautive est de nature à engager la responsabilité de la société Orange.

7. Si Mme C soutient qu'elle a subi un préjudice moral en ce qu'elle s'est vue mise de côté à la suite de son accident et de son action en justice jusqu'à son départ en retraite, qu'elle a également sollicité des aménagements de son poste qui lui ont toujours été refusés et qu'elle a subi une expertise psychiatrique, qu'elle considère comme une pratique humiliante, ces différents évènements ne présentent pas de lien direct et certain avec l'illégalité de la décision du 25 septembre 2019.

8. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme C en conséquence, d'une part, de la faute commise par la société Orange en prenant à son encontre la décision illégale de refus de reconnaissance d'imputabilité au service de son accident, et d'autre part, du retard qu'elle a subi dans la reconnaissance de cette imputabilité, en condamnant la société Orange à lui verser à ce titre la somme de 2 000 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 16 août 2023, date de réception de sa demande préalable.

Sur la demande de provision :

9. Dès lors que le présent jugement statue au fond sur les conclusions indemnitaires présentées par Mme C, ses conclusions à fin de provision ont perdu leur objet en cours d'instance et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner la société Orange à verser à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce que la requérante, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société Orange une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de provision de la requête n° 2400304.

Article 2 : La société Orange est condamnée à verser à Mme C la somme de 2 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 août 2023.

Article 3 : La société Orange versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la société Orange au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la société Orange.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

M. Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2025.

La présidente-rapporteure,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

L'assesseure la plus ancienne,

Laura KEIFLINLa greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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