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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400016

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400016

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400016
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSELARL SAMSON & WEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2024, M. D A, représenté par

la Selarl Samson et Weil, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de huit mois à compter de la date de retrait du titre.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ;

- les droits de la défense n'ont pas été respectés ;

- l'arrêté est entaché de détournement de procédure ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'avis de rétention ne fait pas mention des éléments obligatoires énoncés à l'article

L. 224-2 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I. - Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique ; () 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; () ".

2. Il ressort des pièces du dossier que par l'arrêté attaqué du 15 décembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a prononcé, sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, la suspension du permis de conduire du requérant pour une durée de huit mois au motif que celui-ci avait fait l'objet le 14 décembre 2023 à 16 heures 45 sur la commune de Reugny d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire en ayant conduit sous l'empire d'un état alcoolique révélé par un taux d'alcool de 0,75 mg/l et à la vitesse retenue de 184 km/h. alors que la vitesse est limitée, sur le lieu de l'infraction, à 130 km/h.

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F B, chef de bureau à la préfecture d'Indre-et-Loire. Par l'article 1er d'un arrêté du 2 janvier 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Indre-et-Loire, le préfet d'Indre-et-Loire, a donné délégation à M. C E, directeur des sécurités, à l'effet de signer, notamment, les mesures de suspension du permis de conduire suite à une infraction au code de la route. L'article 2 dispose qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. E, cette délégation est exercée par M. F B, chef du bureau de la sécurité routière. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Si M. A soutient que l'arrêté litigieux n'est pas motivé, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise le code de la route et notamment les articles L. 224-1, L. 224-2,

L. 224-6, L. 224-9, R. 224-4, R. 224-12 à R. 224-17 et R. 224-19-1 et mentionne que l'intéressé avait fait l'objet le 14 décembre 2023 à 16 heures 45 dans la commune de Reugny d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis une infraction punie par le code de la route d'une peine complémentaire de suspension du permis de conduire dès lors que les vérifications de son état alcoolique avaient révélé un taux d'alcool de 0,75 mg/l et qu'il avait conduit à la vitesse retenue de 184 km/h alors que la vitesse était limitée à 130 Km/h. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui comporte la mention des éléments de fait et de droit qui le fondent, est suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; () ". Les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L. 211-2 sont définies à l'article L. 122-1 du même code. La suspension d'un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du même code.

6. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article

L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les soixante-douze heures ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur dont il est établi qu'il circulait sous l'empire d'un état alcoolique retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de cette formalité. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté du 15 décembre 2023 du préfet d'Indre-et-Loire est intervenu en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En quatrième lieu, le requérant soutient que le préfet a commis un détournement de procédure en faisant valoir que, alors qu'il n'y était pas contraint, le préfet a choisi de retenir la procédure d'urgence de l'article L. 224-2 du code de la route afin de s'affranchir des obligations découlant de la nécessité de respecter les droits de la défense dont le principe est codifié aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, le préfet était en droit de le faire dans la mesure où les conditions prévues audit article étaient réunies. Par ailleurs, les dispositions de cet article L. 224-2 du code de la route ne subordonnent pas la légalité de l'arrêté pris sur son fondement à l'existence d'une situation d'urgence. Dès lors, le moyen tiré du détournement de procédure commis par le préfet en utilisant l'article L. 224-2 du code de la route afin de s'affranchir du respect des droits de la défense garantis par les articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ne peut être accueilli.

8. Enfin, le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en faisant valoir que l'arrêté est uniquement fondé sur l'avis de rétention du permis de conduire et non sur le procès-verbal d'infraction, que l'avis de rétention ne donne aucune précision quant à l'homologation de l'appareil de contrôle et sa vérification annuelle et ne fait pas mention des éléments obligatoires de l'article L. 224-2 du code de la route et qu'il est impossible de vérifier que les conditions de cet article sont bien remplies. Toutefois, le requérant a signé l'avis de rétention sans réserves, reconnaissant ainsi la matérialité des deux infractions. Par ailleurs, compte tenu de la gravité des deux infractions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant la durée de la suspension de la validité du permis de conduire du requérant à huit mois, le préfet d'Indre-et-Loire a pris une décision disproportionnée compte tenu de la gravité de l'infraction.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné,Le greffier,

Jean-Michel DELANDRE Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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