vendredi 4 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2400496 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP MADRID-CABEZO MADRID-FOUSSEREAU MADRID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 février 2024, M. B F, représenté par la société d'avocats Madrid Cabezo - Madrid Foussereau - Madrid, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète du Loiret a implicitement rejeté sa demande de regroupement familial formulée le 5 avril 2023 en faveur de ses deux enfants, C A et G E de nationalité ivoirienne, nées le 23 avril 2014 et le 26 octobre 2010 ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de faire droit à sa demande de regroupement familial ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à défaut d'avoir fait droit à sa demande de communication des motifs, la préfète du Loiret a entaché sa décision d'un défaut de motivation ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il justifie remplir toutes les conditions d'un regroupement familial en faveur de ses filles ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La préfète du Loiret à laquelle la requête a été communiquée n'a pas produit de mémoire en défense malgré une mise en demeure adressée le 22 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lardennois,
- et les observations de Me Madrid, représentant M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. B F, ressortissant ivoirien né le 11 avril 1976, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français en 2012 où il réside de manière régulière avec son épouse, Mme D F, elle-même entrée sur le territoire français en mai 2021 et avec laquelle il a eu un enfant né le 27 mars 2022. Par une demande enregistrée auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 5 avril 2023, il a sollicité l'admission au séjour de ses filles, G E, née le 26 octobre 2010, et C A, née le 23 avril 2014, toutes les deux de nationalité ivoirienne, au titre du regroupement familial. Par une décision implicite née le 5 octobre 2023 du silence gardé par la préfète du Loiret, sa demande a été rejetée. M. F demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 434-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du dossier complet de demande de regroupement familial, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois dont bénéficie l'autorité administrative pour statuer ". Selon l'article R. 434-26 du même code : " L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'entrer en France dans le cadre du regroupement familial est le préfet et, à Paris, le préfet de police. Cette autorité statue sur la demande de regroupement familial dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la demande de regroupement familial ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance par les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, auxquels l'étranger doit avoir adressé sa demande de regroupement familial, de l'attestation de dépôt d'un dossier complet de regroupement familial fait courir le délai de six mois de l'article R. 434-26 au-delà duquel le silence gardé par l'autorité administrative, à savoir le préfet de département, fait naître une décision implicite de rejet de la demande de regroupement familial.
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a adressé à l'Office français de l'immigration et de l'intégration par lettre recommandée avec accusé de réception une demande de regroupement familial datée du 30 mars 2023. L'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé, par un courrier du 22 septembre 2023, avoir enregistré sa demande le 5 avril 2023. Selon les dispositions de l'article R. 434-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 2, une décision implicite de rejet est née six mois après le dépôt de la demande, soit en l'espèce le 5 octobre 2023. M. F a sollicité la communication des motifs de cette décision implicite de rejet par courrier reçu en préfecture le 9 octobre 2023 comme en atteste l'accusé de réception produit à l'appui de la requête. La préfète du Loiret n'a pas répondu à cette demande. Or, la décision par laquelle un préfet refuse de faire droit à la demande de regroupement familial formulée par un étranger est au nombre des décisions défavorables qui doivent être motivées en vertu des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, faute d'avoir obtenu la communication des motifs qu'il sollicitait, le requérant est fondé à soutenir que la décision de rejet attaquée n'est pas motivée et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision née le 5 octobre 2023 par laquelle la préfète du Loiret a implicitement rejeté la demande de regroupement familial formée par M. F au bénéfice de ses deux filles doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a seulement lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial du requérant au profit de ses deux filles, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
7. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement au profit de M. F d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite, née le 5 octobre 2023, par laquelle la préfète du Loiret a rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. F au profit de ses deux filles est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la demande de M. F.
Article 3 : L'Etat versera à M. F la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2025.
Le rapporteur,
Stéphane LARDENNOIS
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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