Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402192

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402192
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, M. B A, représenté par la SCP Thémis avocats et associés, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 17 avril 2024 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement au sein du centre pénitentiaire d'Orléans-Saran jusqu'au 22 juillet 2024 ;

3°) d'enjoindre au directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon d'ordonner la levée de son isolement dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, au profit de son conseil, de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'une décision prolongeant son placement à l'isolement, sauf démonstration par l'administration pénitentiaire de l'existence de circonstances particulières ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation régulièrement publiée au recueil ;

* les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'il ne lui a pas été permis d'être assisté par un avocat dans le cadre d'un débat contradictoire et de présenter des observations écrites et orales ;

* la décision attaquée, qui a été prise sans qu'il ait été examiné par un médecin afin de juger de la compatibilité de son état de santé avec un régime d'isolement, est entachée d'un vice de procédure ;

* cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits sur lesquels elle est fondée, à savoir qu'il aurait tenu des propos mensongers dans un courrier, qu'il communiquerait avec un détenu inscrit au répertoire des détenus particulièrement signalés et aurait avec ce dernier des connaissances en commun et qu'il aurait indiqué qu'il envisageait de commettre une faute disciplinaire afin d'être placé au quartier disciplinaire, ne sont pas de nature à justifier une mesure d'isolement dès lors que ni la sécurité des personnes ni celle de l'établissement ne sont menacées ; ces faits ne permettent pas davantage de démontrer qu'il représenterait un risque, alors qu'aucun incident dans lequel il était impliqué n'est survenu ; enfin, le SPIP, dans un avis du 5 avril 2024, a proposé la levée de la mesure ;

* les faits reprochés ne sont pas matériellement établis, l'administration pénitentiaire ne justifiant pas, par des éléments concrets, la réalité du comportement qu'elle lui reproche.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'urgence ne peut être constatée dès lors que la décision attaquée a été prise compte tenu de circonstances particulières liées au profil pénal du requérant, qui fait notamment l'objet de deux mandats de dépôt pour des infractions en lien avec les stupéfiants et l'association de malfaiteurs, en récidive, dont au moins un pour des faits commis lors de son incarcération au sein de la maison d'arrêt de Besançon, ainsi qu'à son parcours pénitentiaire faisant apparaître de nombreux incidents en détention et à la nécessité de préserver l'ordre public, alors que l'intéressé a démontré être en mesure d'avoir des contacts à l'extérieur et de disposer de moyens matériels et financiers importants ; la mesure n'emporte pas de conséquences sur les conditions de détention du requérant autres que celles liées à l'application de ce régime de détention ; enfin, et alors que la décision en litige lui a été notifiée le 18 avril 2024, il n'a présenté sa requête que le 30 mai 2024 ;

- aucun moyen invoqué par le requérant n'est de nature à faire naître un doute sur la légalité de la décision contestée :

* le signataire de la décision contestée disposait d'une délégation régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la région Bourgogne Franche-Comté ;

* M. A a bien été assisté par son avocat à l'occasion du débat contradictoire et a pu présenter des observations ;

* un certificat médical a été émis le 26 mars 2024 par le médecin de l'établissement qui indique avoir examiné le requérant et confirme l'absence de contre-indication à la poursuite de la mesure d'isolement ;

* en prenant la décision attaquée prolongeant le placement à l'isolement du requérant, le chef d'établissement n'a commis ni erreur manifeste d'appréciation ni erreur quant à la matérialité des faits, la mesure litigieuse étant la seule susceptible d'assurer le bon ordre et la sécurité au sein de l'établissement, ainsi que la protection du personnel et d'éviter un risque d'évasion et de trafic de la part de l'intéressé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 30 mai 2024 sous le n° 2402191 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme Rouault-Chalier a présenté son rapport au cours de l'audience publique du 17 juin 2024 à 14 H 00 à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est incarcéré au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran depuis le 27 octobre 2023. Dès son arrivée, il a été placé à l'isolement pour une durée de trois mois et cette mesure a été par la suite renouvelée à deux reprises, les 3 novembre 2023 et 22 janvier 2024. Par une décision du 17 avril 2024, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement au sein de ce centre pour une durée de trois mois, soit jusqu'au 22 juillet 2024. M. A demande à la juge des référés de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de cette décision, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. A ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 juin 2024, il n'y a plus lieu de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de cette aide.

Sur les conclusions à fin de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

5. Aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. () ".

6. En l'état de l'instruction, eu égard à l'ensemble des explications et pièces produites en défense par le garde des sceaux, ministre de la justice, aucun des moyens invoqués par M. A, tels qu'ils sont analysés dans les visas ci-dessus, ne paraît de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 17 avril 2024 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a prolongé le placement à l'isolement de l'intéressé au sein du centre pénitentiaire d'Orléans-Saran à compter du 22 avril 2024 et jusqu'au 22 juillet 2024.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence est remplie, que les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision litigieuse, présentées pour M. A, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu à statuer sur l'aide juridictionnelle provisoire demandée par M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Orléans, le 19 juin 2024.

La juge des référés,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.