Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402344
mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402344 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2024, l'association départementale des chasseurs de grand gibier du Cher (ADCGG 18), représentée par Me Grienenberger-Fass, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 2024-0506 du 8 avril 2024 du préfet du Cher portant autorisation de chasses particulières nocturnes par des particuliers pour la régulation des sangliers en vue de la protection des cultures agricoles, entre le 1er avril et le 30 juin 2024 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 500 euros au titre des frais exposés pour sa défense sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son objet statutaire, défini à l'article 2 de ses statuts, qui tend à la promotion de la chasse rationnelle dans le département du Cher et vise en particulier les grands gibiers, lui donne un intérêt à agir ;
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée, en tant qu'elle autorise des tirs à des particuliers, la nuit, et qu'elle n'opère aucune distinction de prélèvement en raison du poids, du sexe ou de l'âge de l'animal en pleine période de naissance, menace la gestion quantitative et qualitative raisonnée de l'espèce et porte atteinte aux intérêts de la chasse et des chasseurs de grand gibier défendant ces principes ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué qui est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il prescrit des tirs de destruction de l'espèce sans aucun critère sélectif ni aucune limite, qu'il autorise ces tirs par des méthodes totalement disproportionnées, en période nocturne, au moyen d'engins de vision thermique, en principe interdits dans la pratique de la chasse par les particuliers, et qu'il s'applique de manière uniforme sur tout le territoire du département du Cher sans limiter les mesures qu'il prévoit aux parcelles agricoles concernées par des dégâts commis par les animaux et en s'abstenant ainsi de toute motivation liées à des conditions particulières de temps et de lieu en lien avec ces dégâts ;
- est également de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué le moyen tiré de ce qu'il est entaché d'une erreur de droit au regard des articles L. 427-5 et
L. 427-7 du code de l'environnement, dès lors qu'il autorise l'utilisation d'appareils de vision nocturne, notamment de vision thermique, normalement interdits pour la chasse et la destruction par les particuliers et normalement réservés à titre dérogatoire aux seuls lieutenants de louveterie ;
- il en va de même du moyen tiré de ce que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit tirée de l'instauration d'un " droit d'affût " illégal, dès lors qu'il autorise, sur le fondement des articles L. 427-4 à L. 427-7 du code de l'environnement, les tirs de sangliers par des particuliers et non par les seuls lieutenants de louveterie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. / À peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière ".
2. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative que la recevabilité d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonnée au dépôt, par requête distincte, de conclusions à fin d'annulation de cette même décision.
3. En outre, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée de la décision attaquée, ou, dans le cas mentionné à l'article R 421-2 de la pièce justifiant du dépôt de la réclamation ".
4. L'association départementale des chasseurs de grand gibier du Cher sollicite de la juge des référés la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 2024-0506 du 8 avril 2024 du préfet du Cher portant autorisation de chasses particulières nocturnes par des particuliers pour la régulation des sangliers en vue de la protection des cultures agricoles, entre le 1er avril et le 30 juin 2024. Cependant, il est constant que l'association requérante n'a pas joint à son recours présenté sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la copie de sa requête au fond tendant à l'annulation de cet arrêté. En outre, elle n'a pas non plus joint à sa requête l'arrêté attaqué, et n'a pas plus justifié de l'impossibilité éventuelle pour elle de produire cette décision. Ainsi la requête ci-dessus analysée, faute de satisfaire à l'obligation de production d'une copie de son recours en annulation prévue par l'article R. 522-1 du code de justice administrative précité et à l'obligation de production de la décision attaquée prévue par l'article R. 412-1 précité du même code, est manifestement irrecevable. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de l'association départementale des chasseurs de grand gibier du Cher est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association départementale des chasseurs de grand gibier du Cher.
Fait à Orléans, le 19 juin 2024.
La juge des référés,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.