Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402557

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402557
TypeDécision

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, M. C A, représenté par Me Vieillemaringe, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de soixante-douze heures courant à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le refus de séjour modifie sa situation juridique, son récépissé de demande expirant le 7 octobre 2024 ; le maintien de sa scolarité au CFA et de son contrat d'apprentissage sont conditionnés par la possession d'un titre valide ; le refus de séjour entraîne une perte de ressources ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté n'a pas été précédé d'un examen suffisant de sa situation en ce qu'il ne se réfère pas à l'avis du dispositif d'accompagnement éducatif pour les mineurs non accompagnés ;

- sa situation caractérise un motif exceptionnel de régularisation au sens de l'article

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 2 juillet 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu la requête au fond par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Vieillemaringe, représentant M. A.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 11 mai 2006, est entré en France au début de l'année 2022. Le 17 novembre 2022, il a été confié à l'aide sociale à l'enfance jusqu'à la date de sa majorité. Il a sollicité le 2 avril 2024 la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision en date du 31 mai 2024, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder l'aide juridictionnelle provisoire à M. A.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Il résulte de l'instruction que M. A a présenté sa première demande de titre de séjour au cours de l'année de sa majorité, alors qu'il était inscrit depuis septembre 2023 en première année de CAP peintre applicateur et avait signé un contrat pour une formation en alternance avec la société de peinture Mota Filipe, sise à Amboise, de septembre 2023 à septembre 2025. Le rejet de la demande de titre de séjour présentée par le requérant a pour conséquence de rendre sa situation administrative irrégulière et le prive de la possibilité de poursuivre ses études, de percevoir sa rémunération en qualité d'apprenti, et l'expose au risque de perdre son logement. La condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit ainsi être regardée comme satisfaite.

5. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

6. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

7. En l'état de l'instruction, au regard des éléments transmis au juge des référés, notamment des résultats scolaires obtenus, du parcours de formation professionnalisante suivie, des appréciations portées par ses éducateurs, des efforts d'intégration du requérant, le moyen tiré de ce que le préfet d'Indre-et-Loire a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Il y a lieu, dès lors, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 31 mai 2024 en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour au requérant.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Pour les motifs exposés au point précédent, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de réexaminer la situation du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce , il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée à M. A.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du préfet d'Indre-et-Loire du 31 mai 2024 est suspendue en tant que cette décision porte refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A.

Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Indre-et-Loire de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Article 4 : L'Etat versera à Me Vieillemaringe la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Fait à Orléans, le 4 juillet 2024.

Le juge des référés,

Jean-Luc B

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.