Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402627

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402627
TypeDécision

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2024, M. B A, représenté par Me Alquier, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour autorisant son titulaire à travailler dans le délai de huit jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le retrait de son titre de séjour " travailleur temporaire " institue une présomption d'urgence ;

- le juge des enfants a considéré que sa minorité était présumée et le préfet ne la conteste pas formellement ;

- l'appréciation du caractère réel et sérieux de ses études est entachée d'erreur manifeste ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit en ce que les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposent pas au demandeur la maîtrise suffisante de la langue française.

Vu la requête au fond par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté du 5 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Alquier, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête avec les mêmes moyens.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 5 janvier 2006, est entré en France en août 2022. Le 31 août 2022, il a été confié à l'aide sociale à l'enfance jusqu'à la date de sa majorité. Il a sollicité le 15 décembre 2023 la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision en date du 5 avril 2024, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence à statuer sur la requête de

M. A, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

6. En l'état de l'instruction, compte tenu de la marge d'appréciation dont dispose l'autorité administrative, aucun des moyens de la requête, analysés précédemment, n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Il y lieu dès lors de rejeter les conclusions à fin d'annulation et d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande.

O R D O N N E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à M. A.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Fait à Orléans, le 8 juillet 2024.

Le juge des référés,

Jean-Luc C

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.