Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402944
mercredi 31 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402944 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, la préfète du Loiret demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme A D et de son fils mineur E D de l'hébergement d'urgence du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) Coallia sis 29 rue des Anguinis à Saint-Jean-le-Blanc 45650 ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) d'autoriser la préfète à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D et de son fils, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Elle soutient que :
- la demande d'asile a été définitivement rejetée et la défenderesse se maintient irrégulièrement dans les locaux depuis le 1er décembre 2023, malgré l'envoi d'une mise en demeure ;
- la mesure demandée est urgente, utile, ne fait pas l'objet d'une contestation sérieuse et ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
La requête a été communiquée à Mme D qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Constitution ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a par une décision du 1er juillet 2024, désigné Mme F pour statuer en qualité de juge des référés sur les requêtes présentées sur le fondement des articles L. 521-1 à L. 521-4 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F;
- les observations de Mme C, représentant la préfète du Loiret, qui conclut aux mêmes fins que la requête avec les mêmes moyens ;
- les observations de Mme D, assisté de Mme B, interprète, laquelle indique qu'elle a quitté la Bielorussie, pays dont elle a la nationalité pour assurer la sécurité de son fils et s'est installée en Ukraine où elle résidait et travaillait et où son fils était scolarisé. Elle a quitté l'Ukraine au début de la guerre et s'est réfugiée en France où elle a présenté une demande d'asile qui a été rejetée. Elle a alors fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qu'elle a contesté devant le présent tribunal qui a rejeté sa requête, désormais pendante devant la Cour administrative d'appel de Versailles. Elle indique que son enfant est scolarisé, qu'elle suit des cours auprès de l'AFEC afin de trouver un emploi et demande à être autorisée à se maintenir encore six mois dans le logement qu'elle occupe ou, à défaut, à ce qu'on lui trouve une solution de relogement et soutient qu'elle ne peut retourner en Bielorussie où elle encourt des risques pour sa sécurité et où elle n'a plus de famille.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience publique.
Sur l'application des dispositions de l'article L.521-3 du code de justice administrative
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
2. Aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 552-15 du même code dispose que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu.() / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".
3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par un préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4. Il résulte de l'instruction que Mme D et fils E né en 2013, ressortissants Bielorusses, ont été hébergés au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile de Saint-Jean-le-Blanc à compter du 4 octobre 2022. La demande d'asile présentée par Mme D a été définitivement rejetée par une décision de la cour nationale du droit d'asile lue le 30 octobre 2023, dont elle a été informée le 6 novembre 2023. L'association chargée de gérer le centre d'hébergement lui a notifié le 8 novembre 2023, pour le compte de l'OFII, un courrier mentionnant la fin de la prise en charge au 30 novembre 2023 en application de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme D qui s'est maintenue dans les lieux avec son fils mineur a été mise en demeure par la préfète du Loiret de quitter les lieux dans un délai de quinze jours, par lettre recommandée notifiée le 16 avril 2024.
5. La préfète du Loiret soutient sans être contredite que le dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile départemental dispose de 1 328 places, que le taux d'occupation de ce dispositif est de 98,2 %, ce qui ne permet pas d'accueillir l'ensemble des personnes ayant vocation à bénéficier de ce dispositif alors que 9,3% de personnes dont la demande d'asile a été définitivement rejetée s'y maintiennent de manière indue et que 516 ménages sont en attente d'un hébergement d'urgence dans le Loiret
6. Pour les motifs exposés aux points précédents, les conditions d'urgence et d'utilité requises par l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont établies, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la situation de la famille, composée de Mme D et de son fils âgé de 11 ans, puisse constituer une circonstance exceptionnelle impliquant que les autorités de l'Etat les fassent bénéficier d'un hébergement d'urgence. Dès lors, et malgré la présence d'un enfant mineur, la demande d'expulsion de Mme D, dont la situation relève désormais de l'hébergement d'urgence de droit commun, ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à Mme D accompagnée de son fils mineur de libérer l'hébergement pour demandeurs d'asile occupé indûment à Saint-Jean-le-Blanc et de lui accorder, compte tenu de la présence d'un jeune enfant, un ultime délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire à l'issue de ce délai, la préfète pourra avoir recours au concours de la force publique et donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin d'évacuer les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D, à défaut pour celles-ci d'avoir emporté ses effets personnels.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme D, accompagnée de son fils mineur E, de quitter dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe au CADA Coallia, 69 bis rue des Anguinis à Saint-Jean-le-Blanc dans le cadre du dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile géré par cette association.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de l'intéressée, la préfète du Loiret pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme D les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie de la présente ordonnance sera adressée à la préfète du Loiret et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Orléans, le 31 juillet 2024
La juge des référés
Hélène F
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2402944