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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403092

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403092

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403092
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en référé, a rejeté la requête de la SARL Entreprise Lefevre. Celle-ci contestait la procédure de passation d’un marché public de travaux de voirie par la commune de Lunay, estimant que les motifs du rejet de son offre et la méthode de notation, notamment sur le critère des délais, étaient irréguliers. Le juge a considéré que la commune avait suffisamment communiqué les informations requises et que la méthode de notation, prévue au règlement de consultation, n’avait pas neutralisé les autres critères. La demande d’annulation de la procédure et de communication d’informations complémentaires a donc été rejetée, sur le fondement des articles L. 2181-1, R. 2181-2 et L. 2152-7 du code de la commande publique.

Texte intégral

Vu la requête et le mémoire complémentaire, enregistrés le 23 juillet 2024 et le 2 août 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) Entreprise Lefevre, représentée par la SELARL ATMOS Avocats, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à la commune de Lunay de lui communiquer les motifs détaillés du choix de l'offre de l'attributaire et de rejet de son offre, ainsi que les caractéristiques détaillées de l'offre de l'attributaire ;

2°) d'annuler la procédure de publicité et de mise en concurrence diligentée par la commune de Lunay en vue de la passation d'un marché public de travaux de voirie pour l'entretien annuel de certaines voies de la commune de Lunay, ensemble la décision de cette commune rejetant son offre ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lunay la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les éléments qui lui ont été transmis ne permettent pas de comprendre les avantages décisifs de l'offre retenue : malgré une demande tendant à la communication d'informations complétant le courrier du 8 juillet 2024 et du " tableau d'analyse des offres ", qui étaient dépourvus des précisions nécessaires, particulièrement s'agissant des raisons de la notation appliquée sur le critère " délais ", la commune de Lunay a méconnu les obligations qui découlent des dispositions des articles L. 2181-1 et R. 2181-2 du code de la commande publique, dont le respect conditionne la validité de la procédure de publicité et de mise en concurrence ; par suite, il appartient au juge des référés d'enjoindre à la commune de Lunay de communiquer les informations demandées et, à défaut, de prononcer l'annulation de la procédure de passation en litige ;

- la méthode de notation des offres est irrégulière et conduit à retenir une offre qui n'est pas l'offre économiquement la plus avantageuse, en méconnaissance de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : la méthode de notation des offres, et en particulier du critère " délais " a nécessairement eu pour effet de neutraliser les critères " prix " et " valeur technique " prévus au règlement de consultation et a conduit la commune à n'attribuer le marché qu'au regard de ce seul critère, dès lors que le recours à un calcul en nombre de jours aboutit à un écart abyssal avec les offres des autres candidats et révèle donc une neutralisation manifeste des autres critères de sélection des offres ;

- à supposer même que la méthode employée soit régulière, la notation du critère " délais " révèle une dénaturation manifeste de son offre, puisque le délai de réalisation qu'elle a indiqué était de 18 jours après période de préparation, alors que le nombre de jours qui a été appliqué par la commune pour évaluer ce critère s'agissant de son offre est de 62.

Par un mémoire enregistré le 7 août 2024 à 11 h 28, la commune de Lunay, représentée par Me Rainaud, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société Entreprise Lefevre en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de l'absence de compréhension des avantages décisifs de l'offre retenue est infondé dès lors que par courrier du 8 juillet 2024, les notes obtenues ont été communiquées à la société requérante pour l'ensemble des candidats, avec un détail qui lui permettait de comprendre l'évaluation faite ; s'agissant de l'identité de l'attributaire, la société Colas France, elle figure - ainsi que la décomposition du prix - dans la délibération du 26 juin 2024 par laquelle le conseil municipal a décidé d'autoriser le maire à signer les pièces du marché, délibération exécutoire et librement accessible sur le site internet de la commune ; en tout état de cause, le moyen est inopérant, puisque les raisons du classement de la société requérante ont été communiquées tant lors du rejet de son offre que dans le cadre de la présente procédure, alors qu'en outre, le manquement dont se prévaut la société Entreprise Lefevre est intervenu à un stade de la procédure postérieur à la sélection des candidatures et des offres, et n'est pas susceptible de l'avoir lésée ;

- le moyen tiré de l'irrégularité de la méthode de notation des offres, et en particulier du critère " délais " est infondé : les autres critères permettaient aux candidats d'obtenir jusqu'à 90 points sur un total de 100 ; la méthode de notation était prévue au règlement de consultation et il ne peut être sérieusement affirmé qu'elle aurait bouleversé l'équilibre initialement envisagé : dès lors que les écarts de points avec ses concurrents n'étaient pas considérables, le troisième critère, quelle que soit la notation obtenue, allait nécessairement s'avérer déterminant ; en outre, le moyen tiré de l'incohérence de la notation du critère " délais " avec l'évaluation du critère " planning " au sein du critère " valeur technique ", reviendrait à apprécier le bien-fondé de la note attribuée, et non la régularité de la méthode de notation à laquelle l'acheteur a eu recours ; or les critères et sous-critères étaient clairement exposés dans le règlement de consultation, et la société requérante n'a posé aucune question avant la date limite de remise des offres, ce qui implique qu'elle comprenait les modalités selon lesquelles son offre allait être analysée ;

- l'offre de la société Entreprise Lefèvre n'a pas été dénaturée puisque le délai pris en compte correspond à ce qu'a indiqué la société requérante dans son mémoire technique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Doisneau-Herry, en application de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-1 de ce code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 août 2024 à 14 h 30, le juge des référés a présenté son rapport et entendu les observations de Me du Rusquec, avocate de la SARL Entreprise Lefevre, qui reprend les conclusions et moyens exposés dans la requête et qui précise en outre que le courrier de rejet qui a été adressé à la société requérante ne comporte aucune précision concernant les avantages décisifs de l'entreprise Colas, et que la circonstance que le marché ait été passé en procédure adaptée ne dispensait pas la commune de donner les informations qui ont été demandées, en dernier lieu le 24 juillet dernier, soit 15 jours avant la présente audience ; par ailleurs, les éléments figurant dans les écritures en défense ne sont pas davantage suffisants pour considérer que la commune de Lunay a respecté les obligations d'information lui incombant en vertu du code de la commande publique ; s'agissant de la méthode de notation : la méthode de notation du critère " délais " est de nature à renverser l'équilibre de la méthode initiale, alors au demeurant qu'elle n'est pas cohérente avec l'évaluation du sous-critère " planning " dans le cadre de l'appréciation de la valeur technique, pour lequel les trois entreprises ont eu la note maximale de 10 ; enfin, ainsi qu'il ressort de l'extrait de son offre, dont un fac-similé est inclus dans les écritures introductives d'instance, le délai proposé par la société requérante était de 18 jours et non de 62 comme appliqué par la commune, qui a ainsi dénaturé l'offre présentée.

La commune de Lunay n'était pas représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 14 h 42.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis d'appel public à la concurrence du 21 mai 2024, la commune de Lunay (Loir-et-Cher) a lancé une procédure de mise en concurrence selon la procédure adaptée pour la passation d'un marché public de travaux de voirie pour l'entretien annuel de certaines voies de la commune. La SARL Entreprise Lefevre a été informée par lettre du 8 juillet 2024 du rejet de l'offre qu'elle avait présentée, classée en deuxième position avec une note totale de 86,10 sur 100, alors que l'offre classée en première position avait obtenu une note de 91,38 sur 100. La SARL Entreprise Lefevre demande au juge du référé précontractuel d'enjoindre à la commune de Lunay de lui communiquer les motifs détaillés du choix de l'offre de l'attributaire et de rejet de son offre, ainsi que les caractéristiques détaillées de l'offre de l'attributaire et d'annuler la procédure de publicité et de mise en concurrence et d'annuler la procédure de publicité et de mise en concurrence diligentée par la commune de Lunay en vue de la passation d'un marché public de travaux de voirie pour l'entretien annuel de certaines voies de la commune, ensemble la décision rejetant son offre.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". Aux termes de l'article L. 551-2 : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations ".

3. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation de communication prévue à l'article L. 2181-1 du code de la commande publique :

4. Aux termes de l'article L. 2181-1 du code de la commande publique : " Dès qu'il a fait son choix, l'acheteur le communique aux candidats et aux soumissionnaires dont la candidature ou l'offre n'a pas été retenue, dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". Aux termes de l'article R. 2181-3 du même code : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. / Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : / 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; / 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1 ". Aux termes de l'article R. 2181-4 du même code : " A la demande de tout soumissionnaire ayant fait une offre qui n'a pas été rejetée au motif qu'elle était irrégulière, inacceptable ou inappropriée, l'acheteur communique dans les meilleurs délais et au plus tard quinze jours à compter de la réception de cette demande : () / 2° Lorsque le marché a été attribué, les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue ".

5. L'information sur les motifs du rejet de son offre dont est destinataire la société évincée de la procédure de conclusion d'un marché public, en application des dispositions citées au point précédent, a notamment pour objet de lui permettre de contester utilement le rejet qui lui est opposé devant le juge des référés précontractuels saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative. Par suite, l'absence de respect de ces dispositions constitue un manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence. L'absence de communication par le pouvoir adjudicateur de l'une des informations mentionnées par les dispositions du code de la commande publique citées au point précédent doit conduire le juge du référé précontractuel à enjoindre à ce dernier de communiquer les informations manquantes au candidat dont l'offre, bien que recevable, a été rejetée. Cependant, un tel manquement n'est plus constitué si l'ensemble des informations, mentionnées aux articles du code de la commande publique précités, a été communiqué au candidat évincé à la date à laquelle le juge des référés statue sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, et si le délai qui s'est écoulé entre cette communication et la date à laquelle le juge des référés statue a été suffisant pour permettre à ce candidat de contester utilement son éviction.

6. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 8 juillet 2024 - la mention de l'année 2023 ne pouvant résulter que d'une erreur de plume -, la société Entreprise Lefevre a été informée par la commune de Lunay du rejet de son offre. Ce courrier indiquait que son offre avait été classée deuxième sur un total de trois, avec une note globale de 86,10 points sur 100 points, en précisant la note obtenue pour chacun des trois critères - valeur technique, prix et délai -, et que son offre n'était pas la plus avantageuse économiquement. A ce courrier était joint un " tableau d'analyse des offres " qui, s'il ne mentionnait pas le nom des deux autres entreprises dont les offres avaient été examinées, indiquait, pour le critère prix, le montant de chacune des offres HT, l'application du calcul prévu au règlement de la consultation, la note en résultant avant et après pondération et le classement de chacune des offres au regard de ce critère. Pour le critère de la valeur technique, ce tableau précisait, pour chacun des sous-critères, la note obtenue par chacun des candidats, la note sur 60, sa conversion sur 100 et la note obtenue après pondération, et le classement résultant de cette dernière note. S'agissant du critère délai, pour chacune des offres étaient indiqués, en regard de la mention " nombre de jours " les éléments du ratio de calcul prévu au règlement de la consultation, la note en résultant avant et après pondération et le classement en découlant. Enfin, la synthèse des notes et le classement en découlant donnaient lieu à un " récapitulatif des critères ". En revanche, le nom de l'entreprise attributaire ne figurait pas dans ces éléments et a été communiqué dans le cadre de la présente instance, le jour même de l'audience. Si la commune ne peut à cet égard utilement soutenir que le nom de l'attributaire figurait dans la délibération du 26 juin 2024 du conseil municipal autorisant le maire à signer les pièces de marché, la communication du nom de l'entreprise attributaire est intervenue le jour de l'audience dans le cadre des écritures en défense, le quinzième jour suivant la demande présentée par la société requérante. Cette communication tardive, dans les circonstances particulières de l'espèce et eu égard aux autres éléments qui avaient déjà été produits, ne peut être regardée comme ayant fait obstacle à ce que la société requérante puisse contester utilement son éviction. Par suite, le moyen tiré de ce que la commune a méconnu son obligation d'information des candidats évincés doit être écarté. Il suit de là que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de communiquer les motifs détaillés du choix de l'offre de l'attributaire et de rejet de l'offre de la société requérante, ainsi que les caractéristiques détaillées de l'offre de l'attributaire se trouvent privées d'objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

En ce qui concerne la méthode de notation :

7. Aux termes de l'article L. 2152-8 du code de la commande publique : " Les critères d'attribution n'ont pas pour effet de conférer une liberté de choix illimitée à l'acheteur et garantissent la possibilité d'une véritable concurrence. Ils sont rendus publics dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article L. 2152-7 du même code : " Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base du critère du prix ou du coût. L'offre économiquement la plus avantageuse peut également être déterminée sur le fondement d'une pluralité de critères non discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux () ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au pouvoir adjudicateur de déterminer l'offre économiquement la plus avantageuse en se fondant sur des critères permettant d'apprécier la performance globale des offres au regard de ses besoins. Ces critères doivent être liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, être définis avec suffisamment de précision pour ne pas laisser une marge de choix indéterminée et ne pas créer de rupture d'égalité entre les candidats. Le pouvoir adjudicateur détermine librement la pondération des critères de choix des offres.

9. Par ailleurs, le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Toutefois, ces méthodes de notation sont entachées d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, elles sont par elles-mêmes de nature à priver de leur portée les critères de sélection ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publiques, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, de telles méthodes de notation.

10. Enfin, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.

11. Aux termes du V du règlement de la consultation : " L'attribution du marché au soumissionnaire se fondera sur les critères suivants : / - Note technique : 60 % ; / - Prix : 30 % ; / Délais : 10 %. / Concernant le critère de la valeur technique () : le mémoire technique () détaillera : / les moyens humains de l'équipe mise à disposition du chantier (). / Les moyens matériels mis en œuvre pour réaliser les travaux dans les délais. / La méthodologie de gestion de chantier (). / la méthodologie de mise en œuvre des ouvrages (). / Fiches techniques en annexes (). / Le planning : évalué sur la base de l'analyse du calendrier prévisionnel intégré dans le mémoire technique joint à l'offre. Ce sous-critère s'appuiera sur les bases d'analyse des observations suivantes : / Acceptation du calendrier proposé. / Optimisations proposées pour son propre lot. / Optimisations globales. / Durée des tâches proposées. / Concernant le critère du prix des prestations : Note sur 100 = (prix le plus bas / prix de l'offre examinée) x 100, puis pondéré. / Concernant le critère du délai des prestations : Note sur 100 = (délai le plus proche / délai le plus éloigné ou non communiqué) x 100, puis pondéré. Grille de notation sur 10 : 10 : Correspond exactement à la demande. Entre 7 et 9 : se rapprochant. Entre 5 et 6 : Différente mais acceptable. Entre 3 et 4 : Eloignée. Entre 1 et 2 : Très éloignée. ".

12. Il résulte de l'instruction qu'alors même que le marché en cause est un marché à procédure adaptée, soumis à une simple obligation de hiérarchisation des critères, le pouvoir adjudicateur a décidé de procéder à la pondération des critères de choix du marché. Le règlement de la consultation prévoyait que les offres seraient appréciées au regard d'un critère " délais " de rapport, ainsi qu'il a été rappelé au point précédent, entre le délai le plus proche et le délai le plus éloigné avant d'être rapporté à la note de 100. Il résulte également de l'instruction que dans son point III.8 - Délai d'exécution, le règlement de la consultation prévoyait que " les travaux de la tranche ferme doivent être réalisés dans un délai global de 5 mois, hors période de préparation de chantier de 1 mois ". Pour ce critère, l'offre de la SARL Entreprise Lefevre, pour laquelle le rapport " délai le plus proche / délai le plus éloigné ou non communiqué " a été établi à 7/62, a reçu une note de 11 sur 100 avant pondération, alors que l'offre de la société attributaire, pour laquelle le rapport a été établi à 7/7, a reçu la note de 100 sur 100. Après pondération, la note de la société attributaire a été établie à 10, soit, selon la grille de notation " correspond exactement à la demande " et celle de la société requérante a été établie à 1,1, soit, selon la même grille : " très éloignée ".

13. Eu égard aux données chiffrées qui ont été retenues pour calculer le rapport exposé au point précédent pour chacune des offres s'agissant du critère " délais ", la commune a nécessairement entendu le " délai le plus proche " comme le plus court des délais proposés par l'ensemble des soumissionnaires et le " délai le plus éloigné ou non communiqué " comme le délai proposé dans l'offre examinée. Cependant, contrairement en particulier au critère " prix " pour lequel le pouvoir adjudicateur n'avait pas exprimé d'attente et pour lequel la comparaison était faite entre le prix le plus bas et le prix de l'offre examinée, le pouvoir adjudicateur avait en l'espèce exprimé une demande en limitant à cinq mois le délai d'exécution des travaux hors période de préparation de chantier. Ainsi, le rapport qui devait permettre d'évaluer la correspondance entre la proposition du soumissionnaire et l'attente du pouvoir adjudicateur ne comportait, dans aucun de ses termes, ladite attente exprimée en jours. Par suite, le rapport permettant de déterminer la note attribuée au soumissionnaire s'agissant du critère " délais " était sans lien avec la grille de notation se référant à la correspondance entre l'offre en matière délai et la demande.

14. Il suit de là que la société Entreprise Lefevre est fondée à soutenir que la méthode de notation retenue s'agissant du critère " délais " était de nature à priver ce critère de sa portée, alors même qu'il a été pondéré à 10 %, sans que la commune de Lunay puisse utilement se prévaloir de ce que la société Entreprise Lefevre n'a posé aucune question avant la date limite de remise de l'offre.

15. Au surplus, ainsi que le fait valoir la société Entreprise Lefevre, le délai qu'elle a proposé, et tel qu'il ressort du fac-similé de son mémoire technique, non utilement contredit par la commune dans ses écritures, était de 18 jours, et non un délai de 62 jours tel que retenu par la commune, qui a donc au demeurant dénaturé l'offre qui lui était présentée.

16. Ainsi, compte tenu de la faiblesse de l'écart de notes de l'entreprise attributaire et de la société requérante sur les deux autres critères - pour lesquels au demeurant, la société requérante avait obtenu les meilleures notes -, de ce que l'écart de points sur la note finale entre ces deux entreprises s'explique pour l'essentiel par l'écart entre les notes obtenues au regard du critères " délais ", et de ce que la SARL Entreprise Lefevre a obtenu la note maximale au critère " prix " et une note de neuf points seulement inférieure à la note maximale s'agissant de la valeur technique - ces deux notes étant au surplus les meilleures -, la société requérante est fondée à soutenir que le manquement de la commune de Lunay a été susceptible de la léser.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Entreprise Lefevre est fondée à demander l'annulation de cette procédure et de la décision de rejet de son offre.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge la SARL Entreprise Lefevre qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante, la somme que la commune de Lunay demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par la SARL Entreprise Lefevre et de mettre à la charge de la commune de Lunay la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de communiquer les motifs détaillés du choix de l'offre de l'attributaire et de rejet de son offre, ainsi que les caractéristiques détaillées de l'offre de l'attributaire.

Article 2 : La décision du 8 juillet 2024 par laquelle la commune de Lunay a rejeté l'offre de la SARL Entreprise Lefevre est annulée.

Article 3 : La procédure de passation du marché public de travaux de voirie pour l'entretien annuel de certaines voies de la commune de Lunay est annulée.

Article 4 : La commune de Lunay versera à la SARL Entreprise Lefevre la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du CJA.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Lunay tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de la SARL Entreprise Lefevre sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Entreprise Lefevre et à la commune de Lunay.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2024.

Le juge des référés,

Véronique DOISNEAU-HERRY

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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