Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403443
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2403443 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | BOUDJELTI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2024, M. F... A... C... et Mme E..., représentés par Me Boudjelti, demandent au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 12 juillet 2024 par laquelle le préfet du Cher a refusé de leur délivrer une carte nationale d’identité et un passeport français à leur fils mineur, G... A... C... ;
2°) d’enjoindre au préfet du Cher de lui délivrer les documents d’identité sollicités sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros hors taxes soit 2 400 euros toutes taxes comprises en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision est entachée d’une erreur de droit, le préfet ne pouvait faire abstraction de la reconnaissance de paternité.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2025, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que l’unique moyen de la requête n’est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d’identité ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le décret n° 2014-1292 du 23 octobre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Dicko-Dogan,
- les conclusions de M. Joos, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 23 janvier 2024, Mme D... a déposé une demande de délivrance d’une carte nationale d’identité ainsi que d’un passeport en faveur de l’enfant G... A... C..., né le 20 octobre 2023, dont M. F... A... C... a reconnu la paternité par anticipation le 3 août 2023. Par une décision du 12 juillet 2024, le préfet du Cher a refusé de lui délivrer une carte nationale d’identité et un passeport. M. A... C... demande l’annulation de cette décision.
2. Aux termes de l’article 18 du code civil : « Est français l’enfant dont l’un des parents au moins est français ». Selon l’article 29 du même code : « La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. / Les questions de nationalité sont préjudicielles devant toute autre juridiction de l’ordre administratif ou judiciaire (...). ». L’article 30 de ce code dispose également que : « La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d’un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ». Aux termes de l’article 334 du code civil : « A défaut de possession d’état conforme au titre, l’action en contestation peut être engagée par toute personne qui y a un intérêt dans le délai prévu à l’article 321. ». L’article 336 du même code dispose que : « La filiation légalement établie peut être contestée par le ministère public si des indices tirés des actes eux-mêmes la rendent invraisemblable ou en cas de fraude à la loi. ». En vertu de l’article 321 du même code : « Sauf lorsqu’elles sont enfermées par la loi dans un autre délai, les actions relatives à la filiation se prescrivent par dix ans à compter du jour où la personne a été privée de l’état qu’elle réclame, ou a commencé à jouir de l’état qui lui est contesté. A l’égard de l’enfant, ce délai est suspendu pendant sa minorité. ». Aux termes de l’article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d’identité : « La carte nationale d’identité est délivrée sans condition d’âge à tout Français qui en fait la demande ». Selon l’article 4 de ce décret : « I.- En cas de première demande, la carte nationale d’identité est délivrée sur production par le demandeur : / (...) / c) ou, à défaut de produire l’un des passeports mentionnés aux deux alinéas précédents, de son extrait d’acte de naissance de moins de trois mois, comportant l’indication de sa filiation (...) ». L’article 4 du décret du 30 décembre 2005 dispose : « Le passeport est délivré, sans condition d’âge, à tout Français qui en fait la demande ». Aux termes de l’article 5 de ce décret : « I. - En cas de première demande, le passeport est délivré sur production par le demandeur : / (...) 4° Ou à défaut de produire l’un des titres mentionnés aux alinéas précédents, de son extrait d’acte de naissance de moins de trois mois, comportant l’indication de sa filiation (...) ».
3. Pour l’application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s’assurer, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, que les pièces produites à l’appui d’une demande de carte d’identité ou de passeport sont de nature à établir l’identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l’identité ou la nationalité de l’intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de ces titres. Si la reconnaissance d’un enfant est opposable aux tiers, en tant qu’elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu’elle permet l’acquisition par l’enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s’impose donc en principe à l’administration tant qu’une action en contestation de filiation n’a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s’il est établi, lors de l’examen d’une demande de carte nationale d’identité ou de passeport français, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l’obtention de la nationalité française, de faire échec à cette fraude et de refuser, tant que la prescription prévue par l’article 321 du code civil n’est pas acquise, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, la délivrance du titre d’identité.
4. Il ressort des pièces du dossier que le 20 octobre 2023, Mme D... a donné naissance à un enfant, ayant fait l’objet d’une reconnaissance anticipée de paternité, le 3 août 2023 par M. A... C..., de nationalité française. Pour rejeter la demande de carte nationale d’identité et de passeport de l’enfant G... A... C..., le préfet du Cher s’est fondé sur le caractère frauduleux de cette reconnaissance, considérant que M. A... C... ne pouvait être le père biologique de l’enfant et que celle-ci n’avait été effectuée que dans le seul but d’octroyer la nationalité française à l’enfant et de permettre à sa mère de bénéficier d’un titre de séjour en qualité de mère d’enfant français. N l’espèce, il ressort du compte-rendu d’entretien de Mme D... réalisé par les services de la préfecture, que les déclarations de celle-ci relatives à la période de sa rencontre avec M. A... C... ainsi que de la date de conception de l’enfant sont incohérentes dès lors que Mme D... a indiqué avoir entretenu une relation avec M. A... C... de septembre à novembre 2022, et qu’elle s’est déclarée auprès des organismes sociaux en concubinage avec M. B... à compter du 1er novembre 2022. L’enfant étant né le 23 octobre 2023, la conception a nécessairement eu lieu, au plus tôt, en janvier 2023, soit dans la période où elle a déclaré être en concubinage avec M. B.... Il ressort également des pièces du dossier que M. A... C..., ne s’est pas rendu à l’entretien administratif auquel il avait été convoqué dans le cadre de l’instruction de la demande. Ainsi dans les circonstances propres à l’affaire, le préfet a pu, sans commettre d’erreur de droit, estimer qu’il existait un doute suffisant sur la filiation de l’enfant et sur sa nationalité française, et refuser pour ce motif de lui délivrer une carte nationale d’identité et un passeport.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision du 12 juillet 2024 du préfet du Cher présentées par M. A... C... doivent être rejetées, de même par voie de conséquence que ses conclusions aux fins d’injonction et celles tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F... A... C..., à Mme E... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Cher.
Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Best-De Gand, présidente,
Mme Dicko-Dogan, première conseillère,
Mme Conte, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
Fatoumata DICKO-DOGAN
La présidente,
Armelle BEST-DE GAND
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Par une requête enregistrée le 9 août 2024, M. F... A... C... et Mme E..., représentés par Me Boudjelti, demandent au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 12 juillet 2024 par laquelle le préfet du Cher a refusé de leur délivrer une carte nationale d’identité et un passeport français à leur fils mineur, G... A... C... ;
2°) d’enjoindre au préfet du Cher de lui délivrer les documents d’identité sollicités sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros hors taxes soit 2 400 euros toutes taxes comprises en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision est entachée d’une erreur de droit, le préfet ne pouvait faire abstraction de la reconnaissance de paternité.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2025, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que l’unique moyen de la requête n’est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d’identité ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le décret n° 2014-1292 du 23 octobre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Dicko-Dogan,
- les conclusions de M. Joos, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 23 janvier 2024, Mme D... a déposé une demande de délivrance d’une carte nationale d’identité ainsi que d’un passeport en faveur de l’enfant G... A... C..., né le 20 octobre 2023, dont M. F... A... C... a reconnu la paternité par anticipation le 3 août 2023. Par une décision du 12 juillet 2024, le préfet du Cher a refusé de lui délivrer une carte nationale d’identité et un passeport. M. A... C... demande l’annulation de cette décision.
2. Aux termes de l’article 18 du code civil : « Est français l’enfant dont l’un des parents au moins est français ». Selon l’article 29 du même code : « La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. / Les questions de nationalité sont préjudicielles devant toute autre juridiction de l’ordre administratif ou judiciaire (...). ». L’article 30 de ce code dispose également que : « La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d’un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ». Aux termes de l’article 334 du code civil : « A défaut de possession d’état conforme au titre, l’action en contestation peut être engagée par toute personne qui y a un intérêt dans le délai prévu à l’article 321. ». L’article 336 du même code dispose que : « La filiation légalement établie peut être contestée par le ministère public si des indices tirés des actes eux-mêmes la rendent invraisemblable ou en cas de fraude à la loi. ». En vertu de l’article 321 du même code : « Sauf lorsqu’elles sont enfermées par la loi dans un autre délai, les actions relatives à la filiation se prescrivent par dix ans à compter du jour où la personne a été privée de l’état qu’elle réclame, ou a commencé à jouir de l’état qui lui est contesté. A l’égard de l’enfant, ce délai est suspendu pendant sa minorité. ». Aux termes de l’article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d’identité : « La carte nationale d’identité est délivrée sans condition d’âge à tout Français qui en fait la demande ». Selon l’article 4 de ce décret : « I.- En cas de première demande, la carte nationale d’identité est délivrée sur production par le demandeur : / (...) / c) ou, à défaut de produire l’un des passeports mentionnés aux deux alinéas précédents, de son extrait d’acte de naissance de moins de trois mois, comportant l’indication de sa filiation (...) ». L’article 4 du décret du 30 décembre 2005 dispose : « Le passeport est délivré, sans condition d’âge, à tout Français qui en fait la demande ». Aux termes de l’article 5 de ce décret : « I. - En cas de première demande, le passeport est délivré sur production par le demandeur : / (...) 4° Ou à défaut de produire l’un des titres mentionnés aux alinéas précédents, de son extrait d’acte de naissance de moins de trois mois, comportant l’indication de sa filiation (...) ».
3. Pour l’application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s’assurer, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, que les pièces produites à l’appui d’une demande de carte d’identité ou de passeport sont de nature à établir l’identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l’identité ou la nationalité de l’intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de ces titres. Si la reconnaissance d’un enfant est opposable aux tiers, en tant qu’elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu’elle permet l’acquisition par l’enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s’impose donc en principe à l’administration tant qu’une action en contestation de filiation n’a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s’il est établi, lors de l’examen d’une demande de carte nationale d’identité ou de passeport français, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l’obtention de la nationalité française, de faire échec à cette fraude et de refuser, tant que la prescription prévue par l’article 321 du code civil n’est pas acquise, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, la délivrance du titre d’identité.
4. Il ressort des pièces du dossier que le 20 octobre 2023, Mme D... a donné naissance à un enfant, ayant fait l’objet d’une reconnaissance anticipée de paternité, le 3 août 2023 par M. A... C..., de nationalité française. Pour rejeter la demande de carte nationale d’identité et de passeport de l’enfant G... A... C..., le préfet du Cher s’est fondé sur le caractère frauduleux de cette reconnaissance, considérant que M. A... C... ne pouvait être le père biologique de l’enfant et que celle-ci n’avait été effectuée que dans le seul but d’octroyer la nationalité française à l’enfant et de permettre à sa mère de bénéficier d’un titre de séjour en qualité de mère d’enfant français. N l’espèce, il ressort du compte-rendu d’entretien de Mme D... réalisé par les services de la préfecture, que les déclarations de celle-ci relatives à la période de sa rencontre avec M. A... C... ainsi que de la date de conception de l’enfant sont incohérentes dès lors que Mme D... a indiqué avoir entretenu une relation avec M. A... C... de septembre à novembre 2022, et qu’elle s’est déclarée auprès des organismes sociaux en concubinage avec M. B... à compter du 1er novembre 2022. L’enfant étant né le 23 octobre 2023, la conception a nécessairement eu lieu, au plus tôt, en janvier 2023, soit dans la période où elle a déclaré être en concubinage avec M. B.... Il ressort également des pièces du dossier que M. A... C..., ne s’est pas rendu à l’entretien administratif auquel il avait été convoqué dans le cadre de l’instruction de la demande. Ainsi dans les circonstances propres à l’affaire, le préfet a pu, sans commettre d’erreur de droit, estimer qu’il existait un doute suffisant sur la filiation de l’enfant et sur sa nationalité française, et refuser pour ce motif de lui délivrer une carte nationale d’identité et un passeport.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision du 12 juillet 2024 du préfet du Cher présentées par M. A... C... doivent être rejetées, de même par voie de conséquence que ses conclusions aux fins d’injonction et celles tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F... A... C..., à Mme E... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Cher.
Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Best-De Gand, présidente,
Mme Dicko-Dogan, première conseillère,
Mme Conte, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
Fatoumata DICKO-DOGAN
La présidente,
Armelle BEST-DE GAND
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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