Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403495
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2403495 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | GREFFARD-POISSON |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 août 2024, M. A... B..., représenté par Me Greffard-Poisson, demande au tribunal :
1°) d’annuler pour excès de pouvoir la décision du 17 août 2023 par laquelle la préfète du Loiret a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l’expiration du délai de quinze jours suivant la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à Me Greffard-Poisson au titre des dispositions de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un vice de procédure, la commission du titre de séjour n’ayant pas été consultée alors que l’article L.435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile l’impose ;
- la décision méconnait les dispositions combinées des articles L.435-1 et L.423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n’a pas produit de mémoire.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Conte, rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., né le 3 juin 1973, de nationalité turque, déclare être entré sur le territoire français le 6 septembre 2000. Le 10 septembre 2022, il a déposé une demande d’admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 17 août 2023 dont le requérant demande au tribunal de prononcer l’annulation, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a délivré une autorisation provisoire de séjour.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes des dispositions de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : (…) / 4° Dans le cas prévu à l’article L. 435-1 ; (…) ». Aux termes de l’article L. 435-1 de ce code : « Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. » Il résulte de ces dispositions que le préfet n’est tenu de saisir la commission du titre de séjour que lorsque l’étranger remplit les conditions de délivrance de plein droit de certains titres de séjour ou s’il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et réside en France depuis plus de dix ans.
3. M. B... produit à l’instance de nombreux documents, couvrant les années 2004 à 2023, qui constituent un faisceau d’indices précis et concordants de nature à établir qu’il résidait en France de manière habituelle depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, ce qui n’est au demeurant pas contesté par la préfète. Par suite, en refusant de délivrer à M. B... le titre de séjour qu’il a sollicité sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans saisir au préalable pour avis la commission du titre de séjour, la préfète du Loiret a entaché la décision litigieuse d’un vice de procédure privant le requérant d’une garantie. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à solliciter l’annulation de la décision portant refus de séjour.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
4. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique seulement, dès lors qu’en l’état du dossier, aucun autre moyen d’annulation n’est susceptible d’être accueilli, que le préfet du Loiret procède au réexamen de la situation administrative de M. B.... Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet du Loiret de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler. Il n’y a pas lieu en revanche d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais du litige :
5. M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, à verser au conseil de M. B..., Me Greffard-Poisson, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 août 2023 par laquelle la préfète du Loiret a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. B... est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Loiret de réexaminer la situation administrative de M. B... et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.
Article 3 : L’État versera la somme de 1 500 euros à Me Greffard-Poisson en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que Me Greffard-Poisson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Greffard-Poisson et au préfet du Loiret.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Best-De Gand, présidente,
Mme Dicko-Dogan, première conseillère,
Mme Conte, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
Louise CONTE
La présidente,
Armelle BEST-DE GAND
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au préfet du Loiret en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Par une requête, enregistrée le 13 août 2024, M. A... B..., représenté par Me Greffard-Poisson, demande au tribunal :
1°) d’annuler pour excès de pouvoir la décision du 17 août 2023 par laquelle la préfète du Loiret a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l’expiration du délai de quinze jours suivant la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à Me Greffard-Poisson au titre des dispositions de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un vice de procédure, la commission du titre de séjour n’ayant pas été consultée alors que l’article L.435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile l’impose ;
- la décision méconnait les dispositions combinées des articles L.435-1 et L.423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n’a pas produit de mémoire.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Conte, rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., né le 3 juin 1973, de nationalité turque, déclare être entré sur le territoire français le 6 septembre 2000. Le 10 septembre 2022, il a déposé une demande d’admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 17 août 2023 dont le requérant demande au tribunal de prononcer l’annulation, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a délivré une autorisation provisoire de séjour.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes des dispositions de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : (…) / 4° Dans le cas prévu à l’article L. 435-1 ; (…) ». Aux termes de l’article L. 435-1 de ce code : « Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. » Il résulte de ces dispositions que le préfet n’est tenu de saisir la commission du titre de séjour que lorsque l’étranger remplit les conditions de délivrance de plein droit de certains titres de séjour ou s’il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et réside en France depuis plus de dix ans.
3. M. B... produit à l’instance de nombreux documents, couvrant les années 2004 à 2023, qui constituent un faisceau d’indices précis et concordants de nature à établir qu’il résidait en France de manière habituelle depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, ce qui n’est au demeurant pas contesté par la préfète. Par suite, en refusant de délivrer à M. B... le titre de séjour qu’il a sollicité sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans saisir au préalable pour avis la commission du titre de séjour, la préfète du Loiret a entaché la décision litigieuse d’un vice de procédure privant le requérant d’une garantie. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à solliciter l’annulation de la décision portant refus de séjour.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
4. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique seulement, dès lors qu’en l’état du dossier, aucun autre moyen d’annulation n’est susceptible d’être accueilli, que le préfet du Loiret procède au réexamen de la situation administrative de M. B.... Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet du Loiret de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler. Il n’y a pas lieu en revanche d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais du litige :
5. M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, à verser au conseil de M. B..., Me Greffard-Poisson, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 août 2023 par laquelle la préfète du Loiret a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. B... est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Loiret de réexaminer la situation administrative de M. B... et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.
Article 3 : L’État versera la somme de 1 500 euros à Me Greffard-Poisson en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que Me Greffard-Poisson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Greffard-Poisson et au préfet du Loiret.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Best-De Gand, présidente,
Mme Dicko-Dogan, première conseillère,
Mme Conte, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
Louise CONTE
La présidente,
Armelle BEST-DE GAND
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au préfet du Loiret en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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