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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404110

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404110

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404110
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantNOEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, M. B C et Mme D C, agissant en leur nom propre et en qualité de représentant de leur fille mineure A C, représentés par Me Noel, demandent à la juge des référés du tribunal administratif d'Orléans, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner à l'agence régionale de santé Centre-Val de Loire de s'assurer sans délai de l'existence de places disponibles au sein des instituts médico-éducatifs ayant refusé d'accueillir A C de manière permanente, puis de proposer, dans les 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, une solution d'accueil provisoire en institut

médico-éducatif si aucun accueil permanent n'est possible ;

2°) d'ordonner toute mesure utile pour préserver les libertés fondamentales de A C ainsi que l'ensemble de la famille ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article

L. 7611 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors d'une part, qu'en l'absence de prise en charge adaptée de A, son état de santé se dégrade et elle montre des signes de souffrance à l'école, et d'autre part, que son père est contraint de la prendre en charge tous les midis voire certaines demi-journées dans la semaine alors qu'il est lui-même dans une situation médicale précaire ;

- l'absence de toute mesure aux fins de prise en charge de A dans une structure adaptée à son handicap porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 10 du Préambule de la Constitution, ainsi qu'à son intérêt supérieur ;

- l'absence de prise en charge adaptée de A porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'éducation, tel que garanti par l'alinéa 13 du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;

- elle porte également une atteinte grave et illégale à son droit de ne pas subir de carence dans l'accès aux traitements et aux soins ;

- A a le droit de bénéficier d'un accueil en institut médico-éducatif en application des articles L. 114-1-1 et L. 246-1 du code de l'action sociale et des familles, cette forme de prise en charge étant la plus adaptée à sa situation ainsi que l'a reconnu la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958, notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la santé publique, notamment son article L. 1431-2 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lesieux, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il n'apparaît pas manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Il ressort des pièces du dossier soumis à la juge des référés que A C, née en 2016, est atteinte d'un retard global de développement et d'une déficience cognitive sans que les causes de ses troubles n'aient pu être identifiées. Elle a été scolarisée, de 2019 à 2023, en milieu ordinaire à l'école maternelle de Joué-lès-Tours où réside la famille. Par des décisions du

10 février 2023, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) d'Indre-et-Loire lui a attribué une orientation vers un institut médico-éducatif (IME) valable jusqu'au 31 juillet 2028 ainsi que, à titre alternatif, une orientation vers une unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS) valable jusqu'au 31 juillet 2025. Par une décision du même jour, la CDAPH a en revanche refusé l'aide individuelle d'un accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) privilégiant un accompagnement collectif. M. et Mme C ont alors pris l'attache de deux des trois IME désignés par la CDAPH dans sa décision du 10 février 2023, leur fille a été inscrite sur la liste d'attente de l'IME Les Tilleuls situé à Chambray-lès-Tours.

Dans l'attente d'une place disponible, A C est scolarisée depuis septembre 2023, dans une ULIS de l'école élémentaire de Joué-lès-Tours, en classe de CP, à raison de cinq demi-journées par semaine en 2023/2024, réduites à quatre demi-journées par semaine depuis la rentrée scolaire de 2024. Elle y bénéficie d'un accompagnement collectif ainsi que d'un suivi orthophoniste et psychomotricien, organisé par les parents, à raison respectivement de deux et une fois par semaine, dans le secteur libéral.

3. Il ressort également des pièces du dossier, et en particulier du GEVA-sco du

30 mai 2024, que la scolarité de A en CP, en 2023/2024, avec le bénéfice du dispositif ULIS s'est avérée compliquée sans un accompagnement individualisé par un AESH. L'équipe de suivi de scolarisation a alors préconisé une nouvelle saisine de la maison départementale pour les personnes handicapées d'Indre-et-Loire afin de demander, d'une part, un accompagnement individuel par un AESH pour la mise en œuvre du projet alternatif de scolarisation en ULIS, et d'autre part, la mise en place d'un plan d'accompagnement global (PAG). Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. et Mme C ont donné suite à ses propositions, privilégiant la saisine, le 22 juillet 2024, de l'agence régionale de santé Centre-Val de Loire afin qu'une place en IME soit trouvée d'urgence, pour la rentrée scolaire 2024/2025, et ce, dans le département d'Indre-et-Loire afin de pouvoir récupérer leur fille les soirs, les week-ends et les vacances scolaires. En réponse à cette demande, la directrice de l'agence régionale de santé les a informés, le 13 août 2024, avoir sollicité officiellement l'ensemble des IME de la région afin de savoir si une place était disponible et conciliable avec le souhait de la famille de pouvoir venir chercher leur fille les soirs et les week-ends. M. et Mme C reprochent à l'agence régionale de santé de ne pas les avoir informés des suites données à cette saisine officielle malgré leur courrier électronique de relance en date du 4 septembre 2024. Toutefois, alors que A C est actuellement scolarisée en ULIS conformément aux prescriptions de la CDAPH, qu'elle bénéficie de soins dispensés par des professionnels du secteur libéral dont il n'est pas dit qu'ils seraient insuffisants et qu'elle est placée sur liste d'attente d'un IME, proche du domicile familial, conformément au souhait des parents d'éviter une prise en charge en internat, il ne peut être reproché à l'agence régionale de santé Centre-Val de Loire, à qui il n'appartient pas d'imposer à un établissement médico-social la prise en charge d'une personne, aucune carence caractérisée constituant une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'éducation, d'accès aux soins et traitements et au respect de la vie privée et familiale de A C.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions présentées par M. et Mme C, en leur nom propre et en qualité de représentant de leur fille mineure, sur le fondement de l'article L. 521-2 du même code. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 de ce code, doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et Mme D C.

Fait à Orléans, le 1er octobre 2024.

La juge des référés,

Sophie LESIEUX

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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