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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404155

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404155

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404155
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantAUBRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er et 4 octobre 2024, Mme H B, agissant en son nom personnel et au nom de son fils mineur G, représentée par Me Fabienne Aubry, demande au juge des référés :

1) sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de faire cesser l'atteinte grave et manifestement illégale portée par l'office français de l'immigration et de l'intégration, l'Etat et le préfet de Loir-et-Cher dans leur droit à un hébergement au titre des conditions matérielles d'accueil garanties au demandeur d'asile, à cet effet, de prononcer toutes les mesures nécessaires à l'encontre de l'Etat, à titre principal contre l'office français de l'immigration et de l'intégration et à titre subsidiaire contre le préfet de Loir-et-Cher et, en conséquence, d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration de mettre à la disposition de la requérante et de ses fils les conditions matérielles garanties au titre du droit à l'accueil des demandeurs d'asile et de lui indiquer un lieu susceptible de les accueillir sans délai et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle est entrée sur le territoire en septembre 2021 pour solliciter le bénéfice de l'asile ;

- sa demande a été rejetée définitivement par les organes de l'asile en décembre 2022 ;

- à son entrée sur le territoire, elle a fait la connaissance de M. D A, ressortissant guinéen également demandeur d'asile, avec lequel elle a eu deux enfants nés les

17 juin 2022 et 28 décembre 2023 ;

- elle a demandé avec M. A l'asile pour leurs fils qui a été rejetée avec sa demande pour le premier fils ;

- la demande d'asile pour Kerfella, né le 28 décembre 2023, est postérieure au rejet définitif de sa demande d'asile et elle est toujours en cours d'instruction ;

- dans ces conditions qui ne lui permettent pas de travailler et par conséquent de trouver un hébergement stable, le père de ses enfants n'est pas en mesure de contribuer à leur entretien ;

- elle a bénéficié d'une prise en charge par le département de Loir-et-Cher au titre de la protection de l'enfance et a été hébergée dans un hôtel à Blois dont le coût était financé par le département ;

- le 24 avril 2024, elle a quitté cet hébergement et a sollicité à plusieurs reprises le service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) afin de trouver un hébergement en urgence avec l'aide de la Cimade ;

- ses demandes sont restées sans suite et elle a été prise en charge par la ville de Blois puis a bénéficié d'un hébergement par l'association CCFD-Terre Solidaire ;

- face au risque imminent de sortie de cet hébergement, elle a de nouveau sollicité le 115 par la voix de son avocate le 10 juin 2024 ;

- le SIAO a indiqué transmettre la demande à l'OFII, dont selon lui, elle relevait en raison de la demande d'asile de son second fils ;

- aucune nouvelle de l'OFII ne lui est parvenue ;

- le 4 septembre 2024, elle a quitté avec ses enfants la chambre de l'association qu'elle occupait car des travaux devaient démarrer ;

- le 10 septembre, elle a de nouveau sollicité le SIAO en vain ;

- elle a été hébergée par une compatriote jusqu'au dimanche 22 septembre 2024 date à laquelle celle-ci a déménagé de Blois ;

- le 23 septembre 2024, elle a relancé la préfecture par mail soulignant l'urgence de sa situation ;

- le 25 septembre 2024, le 115 l'a rappelée et lui a confirmée l'absence de place disponible dans le dispositif d'hébergement d'urgence ;

- elle ne peut, compte tenu de ses ressources d'un montant mensuel de 250 euros versé par le département, elle ne peut financer un hébergement ;

- en application de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles, il y a lieu d'enjoindre au préfet de mettre à sa disposition un hébergement en raison de sa situation de détresse sociale, psychique et médicale ;

- elle a donc saisi le juge des référés le 25 septembre 2024 contre le préfet de Loir-et-Cher mais sa demande a été rejetée par une ordonnance du 27 septembre 2024 ;

- elle a pris attache avec le SPADA COALLIA de Blois qui lui a répondu que l'office français de l'immigration et de l'intégration ne lui avait transmis aucune offre de conditions matérielles ;

- il en résulte une décision implicite de refus et elle n'a d'autre choix que de saisir à nouveau le juge des référés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 1958, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'est pas porté une atteinte manifestement grave et illégale au droit de la requérante dès lors qu'elle a déjà bénéficié des conditions matérielles d'accueil de novembre 2021 à septembre 2023, qu'elle n'a pas communiqué l'ensemble des documents nécessaires au rétablissement des conditions matérielles d'accueil et qu'elle n'établit pas être isolée en France dans la mesure où le père de ses deux enfants se trouve sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il appartient au département de Loir-et-Cher de prendre en charge l'intéressée en application de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles dès lors que l'intéressée est mère isolée avec un enfant de moins de trois ans à charge ;

- la requérante est en situation irrégulière de son fait suite à l'obligation de quitter le territoire édictée à son encontre le 9 novembre 2023 et elle n'a pas vocation à bénéficier du dispositif d'urgence ;

- seules des circonstances exceptionnelles pourraient conduire à sa prise en charge et la requérante et ses enfants, hormis leur jeune âge, ne se trouvent pas en situation de détresse médicale, psychique et sociale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi

n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E Delandre en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République de Guinée, est entrée en France en septembre 2021 pour solliciter le bénéfice de l'asile. Sa demande a été rejetée en décembre 2022. Elle soutient que depuis le 22 septembre 2024, elle n'a plus d'hébergement et demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration, à l'Etat et au préfet de Loir-et-Cher de lui proposer sans délai un hébergement adapté ainsi qu'à ses deux enfants.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de

l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la requête :

4. Aux termes de l'article L.521-2 du code de justice administrative qui dispose : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

5. Il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Ce caractère provisoire s'apprécie au regard de l'objet et des effets des mesures en cause, en particulier de leur caractère réversible.

S'agissant de la demande dirigée contre l'office français de l'immigration et de l'intégration :

6. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. " Aux termes de l'article L. 552-1 du même code : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". Enfin, aux termes de l'article L. 552-8 dudit code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. ".

7. Il résulte de l'instruction que Mme B a bénéficié, en qualité de demandeur d'asile, des conditions matérielles d'accueil de novembre 2021 à septembre 2023. Par ailleurs, postérieurement au rejet de sa demande d'asile, elle a demandé l'asile au bénéfice de son fils C, né le 28 décembre 2023 à Blois. Cette demande, enregistrée le 27 février 2024, est toujours en cours d'instruction. Par suite, la requérante peut, en principe, prétendre à sa prise en charge par l'office français de l'immigration et de l'intégration en qualité de mère d'un demandeur d'asile mineur de moins d'un an ce que reconnaît d'ailleurs l'office dans un courriel du 30 septembre 2024 adressé à l'association CCFD-Terre solidaire. Toutefois, la requérante n'a pas produit l'intégralité des pièces qui lui ont été demandées le 27 février 2024 pour instruire sa demande d'attribution des conditions matérielles d'accueil et n'a pas complété sa demande après le courriel du 30 septembre 2024. Il suit de là qu'il n'est pas porté par l'office français de l'immigration et de l'intégration une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

S'agissant de la demande subsidiaire dirigée contre le préfet de Loir-et-Cher :

8. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles

L. 345-1 à L. 345-3 () ".

9. Mme B soutient qu'ils sont sans solution d'hébergement depuis plus d'une semaine, que leur état général se dégrade car les nuits se refroidissent, que l'absence d'hébergement porte un préjudice grave et immédiat à la dignité, la sécurité et l'état de santé de C ainsi qu'à elle-même et à son frère. Toutefois, le préfet fait valoir, sans être contredit, que l'intéressée n'a pas saisi le département d'une nouvelle demande d'hébergement fondée sur les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles qui prévoient que sont prises en charge, notamment, les femmes isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile, que l'intervention de l'Etat ne revêt qu'un caractère supplétif dans le cas où le département n'aurait pas accompli les diligences qui lui reviennent, qu'elle n'a pas contesté la décision de fin de prise en charge du département prise à son encontre au mois de juillet 2024 et demandé la poursuite de sa prise en charge par le département. Il suit de là qu'il n'est pas établi, en l'espèce, l'existence d'une situation constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence prévu par l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles.

10. Il résulte de ce qui précède que la demande présentée par Mme B sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative ne peut qu'être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme H B, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de Loir-et-Cher.

Fait à Orléans, le 4 octobre 2024.

Le juge des référés,

E DELANDRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et au préfet de Loir-et-Cher, chacun en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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