Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404228
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2404228 |
| Type | Décision |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, M. A D C, représenté par Me Dézallé, demande au juge des référés :
1°) d'accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 10 septembre 2024 du préfet d'Eure-et-Loir portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de destination en tant qu'il porte refus de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir et jusqu'au jugement de l'affaire au fond ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 2 000 euros au titre de ses frais de défense moyennant renonciation de son conseil à l'aide juridictionnelle ou, à défaut d'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat la même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence résulte de ce que le refus de titre de séjour met en péril la formation professionnelle dans laquelle il est engagé et le rend exclusivement dépendant de l'assistance des associations pour se nourrir et se vêtir ;
- l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée résulte, en premier lieu, de l'insuffisance de sa motivation, en deuxième lieu, de l'incompétence de son auteur, en troisième lieu, de ce que le refus du titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entaché, d'une part, d'erreurs de droit aux motifs que le préfet ne s'est pas fondé sur l'accord franco-algérien et a méconnu les critères fixés par l'article L. 435-3 du code précité en omettant d'apprécier la réalité et le sérieux de la formation entreprise mais en se fondant exclusivement sur la durée de séjour et l'insertion en France, l'absence d'enfant et l'existence de liens avec le pays d'origine, qui ne constituent pas des conditions prévues par ces dispositions, et, d'autre part, d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il suit une formation et que la structure d'accueil a émis un avis positif.
Le dossier de la requête de M. C a été transmis au préfet d'Eure-et-Loir pour qui il n'a pas été produit d'observation en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2404004, enregistrée le 24 septembre 2024, par laquelle M. C demande l'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2024.
Vu :
- la convention entre la République française et la République algérienne démocratique et populaire signée à Alger le 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Dézallé, représentant M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 27 octobre 2005, est entré en France le 11 septembre 2022 et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance à compter du 9 novembre 2022, soit à l'âge de 17 ans révolus. Il a formé le 2 novembre 2023 auprès du préfet d'Eure-et-Loir une demande en vue de la délivrance d'un titre de séjour en invoquant la poursuite de sa formation d'apprenti. Le préfet a pris, le 10 septembre 2024, un arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de destination dont M. C a demandé l'annulation dans l'instance n° 2404004. Dans la présente instance, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de cet arrêté en tant qu'il porte refus de titre de séjour.
Les conclusions à fin d'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande d'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision en litige :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En premier lieu, il résulte des pièces du dossier que M. C a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à compter de novembre 2022, que le refus de séjour en litige, en le plaçant en situation irrégulière, a pour effet de remettre en cause l'apprentissage dans lequel il est engagé depuis l'année scolaire 2022/2023, compromet la poursuite de sa scolarité au centre de formation des apprentis et aura pour effet, à brève échéance, de mettre fin à son hébergement auprès de sa structure d'accueil. Dès lors, le refus de séjour en litige a pour effet de porter une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant. La condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est par suite remplie.
5. En second lieu, il résulte des pièces du dossier, et notamment de la demande adressée au préfet d'Eure-et-Loir le 2 novembre 2023 par M. C que celui-ci a explicitement demandé la délivrance d'un titre de séjour pour poursuivre la formation d'apprenti dans laquelle il était engagé. S'il a alors indiqué qu'il demandait un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " et s'il a invoqué le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartenait au préfet de replacer cette demande dans le cadre juridique applicable, en l'occurrence l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, seul applicable à l'intéressé, et le protocole annexé à cet accord. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur de droit en examinant cette demande sur les seuls fondements de l'article L. 435-1 susmentionné et de son pouvoir discrétionnaire est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 septembre 2024 en tant que celui-ci a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. L'exécution de la présente ordonnance de référé, laquelle ne saurait appeler que des mesures provisoires, implique seulement que M. C soit mis en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce qu'il ait été définitivement statué, par le tribunal, sur la légalité de l'arrêté du 10 septembre 2024 ou jusqu'à ce que le préfet ait de nouveau statué sur sa situation. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer cette autorisation dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Les frais de l'instance :
8. L'avocat de M. C peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dézallé, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros.
ORDONNE:
Article 1er : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est accordé à titre provisoire à M. C.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 10 septembre 2024 est suspendue jusqu'au jugement de l'affaire au fond.
Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, dans l'attente du jugement au fond ou d'une nouvelle décision après réexamen de sa demande.
Article 4 : L'Etat versera à Me Dézallé, avocat de M. C, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C et au préfet d'Eure-et-Loir.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.
Fait à Orléans, le 24 octobre 2024.
Le juge des référés,
Denis B
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.