Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404366

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404366
TypeDécision
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 30 novembre 2023 refusant le renouvellement du titre de séjour "étudiant" de Mme C et l'obligeant à quitter le territoire français. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante ne démontrant pas de conséquences graves et immédiates sur sa situation personnelle, et qu'aucun doute sérieux n'entachait la légalité de la décision. La décision s'appuie sur les articles L. 422-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, Mme A C représentée par Me Kante, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 23.45.0710 en date du 30 novembre 2023 pris par la préfète du Loiret à son égard portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à ladite préfète de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de titre de séjour sans délai avec la possibilité de travailler sous astreinte de 500 € par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3.000 € en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle bénéficie d'une présomption s'agissant d'un refus de renouvellement de son titre de séjour qui entraîne pour elle des conséquences graves et immédiate sur sa situation personnelle puisqu'elle se retrouve dans l'impossibilité de poursuivre sa formation et ne peut effectuer de stage rémunéré et ainsi payer ses factures ;

* il existe un doute sérieux sur la décision portant refus de séjour en raison :

- de l'incompétence de l'auteur de l'acte en l'absence de toute délégation de pouvoir ou de signature régulièrement publiée ;

- de l'insuffisante motivation de l'arrêté qui présente un caractère stéréotypé, sans faire état de sa situation personnelle, et notamment sans que la préfète ait sollicité ses bulletins scolaires pour l'année 2022-2023 et sans prendre en compte la période de COVID-19 ;

- de l'erreur de droit dont elle est entachée en l'absence d'examen de sa situation personnelle ;

- de l'existence du caractère sérieux de ses études en raison de son parcours car elle a obtenu sa licence III en 3 ans et a redoublé avant d'obtenir son Master I sans réussir à obtenir son Master II et de s'inscrire ensuite dans un Mastère ;

- de l'existence de son insertion professionnelle en France car elle a trouvé un stage en qualité de Data Analyst dans l'entreprise Jedha ;

- de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale puisqu'elle réside en France depuis 7 ans ;

- de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* il existe un doute sérieux sur la décision portant obligation de quitter le territoire en raison de :

- l'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- l'insuffisante motivation ;

- l'illégalité entachant le refus de séjour ;

- la méconnaissance de de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

Vu :

- le recours en annulation enregistré le 29 décembre 2023 au greffe du tribunal de céans sous le n° 2305315 ;

- l'ordonnance n° 2404174 du juge des référés du 3 octobre 2024 rejetant la demande de suspension de l'exécution de ce même arrêté ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

Le président du tribunal a désigné M. B, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise née le 12 novembre 1999 à Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC), est entrée en France le 10 septembre 2016 avec un visa long séjour. Elle a sollicité le 1er février 2018 un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est vue délivrer une carte de séjour d'une durée d'un an portant la mention " Etudiant " valable du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2019. Son titre sera renouvelé jusqu'au 3 novembre 2023. Mme C a obtenu après 3 années d'études en 2018-2019 une Licence III en mathématiques à l'université de Tours puis validé après redoublement en 2019-2020 un Master I en " Mathématiques appliquées statistiques " en 2020-2021, sans cependant réussir à obtenir son Master II en 2021-2022 et 2022-2023. Elle s'est ensuite inscrite pour l'année 2023-2024 en 2e année de Mastère mention " Chef de projets IA " à l'ESI Business-IA Scholl à Boulogne-Billancourt dont elle a validé les deux semestres en mai 2024.

2. Elle avait entre-temps sollicité le 6 septembre 2023 le renouvellement de son titre sur le fondement de l'article L. 433-1 du code précité. Selon cette dernière disposition, " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire () est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Le renouvellement de la carte portant la mention " étudiant " est subordonné à la justification de la réalité et du sérieux des études qui s'apprécient notamment au regard de la progression de l'étudiant dans le cursus choisi.

3. Par arrêté n° 23.45.070 en date du 30 novembre 2023, la préfète a refusé de faire droit à sa demande au motif notamment que Mme C ne justifiait pas du caractère réel et sérieux des études poursuivies. Mme C demande une nouvelle fois au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de cet arrêté.

4. Si les ordonnances par lesquelles le juge des référés fait usage de ses pouvoirs de juge de l'urgence sont exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires, elles sont, compte tenu de leur caractère provisoire, dépourvues de l'autorité de chose jugée. Il en résulte que la circonstance que le juge des référés a rejeté une première demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne fait pas obstacle à ce que la même partie saisisse ce juge d'une nouvelle demande ayant le même objet, notamment en soulevant des moyens ou en faisant valoir des éléments nouveaux, alors même qu'ils auraient pu lui être soumis dès sa première saisine. Une telle demande trouve son fondement non dans les dispositions de l'article L. 521-4, mais dans celles de l'article L. 521-1.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Selon l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

7. Mme C a saisi le juge des référés par requête enregistrée au greffe du tribunal le 14 octobre 2024 tendant à la suspension des effets de l'arrêté de la préfète du Loiret du 30 novembre 2023 portant refus de renouvellement de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par Mme C analysés ci-dessus n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté qui s'apprécie à la date de son édiction. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Loiret.

Fait à Orléans, le 16 octobre 2024.

Le juge des référés,

Samuel B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.