Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2405179

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2405179
TypeOrdonnance

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du maire de Pocé-sur-Cisse refusant un permis de construire à M. A. Le juge a estimé que la condition d'urgence, fondée sur la perte de constructibilité du terrain au 1er janvier 2025, n'était pas établie, le requérant n'ayant pas démontré l'absence de possibilité de réaliser son projet sous une autre forme. Aucun des moyens soulevés, tirés notamment de la méconnaissance des articles L. 442-14 du code de l'urbanisme et des règles de covisibilité avec un monument historique, n'a été jugé de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2024, M. B A demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le maire de la commune de Pocé-sur-Cisse a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de l'édification d'une maison individuelle sur un terrain sis chemin des Pierres, au lieudit

La Millandrie, à Pocé-sur-Cisse (37530) ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Pocé-sur-Cisse de procéder au réexamen de sa demande de permis de construire, dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pocé-sur-Cisse le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- l'urgence doit être retenue dès lors qu'il apparaît que le terrain d'assiette du projet de construction ne sera plus constructible pour une maison d'habitation à partir du 1er janvier 2025, circonstance qui va entraîner pour lui un préjudice financier considérable ;

- la suspension du refus de permis de construire présente un intérêt pour le pétitionnaire dans la mesure où le réexamen de la demande de permis de construire et la délivrance d'un tel permis avant le 3 janvier 2025 sont la seule chance pour l'intéressé de pouvoir obtenir un permis de construire une maison d'habitation sur un terrain constructible ;

- la fin de la constructibilité du terrain d'assiette entraînera un préjudice financier considérable supérieur à 76287 euros en sus des frais déjà exposés pour le projet de construction, tandis que la valeur d'un terrain inconstructible ne sera valorisée que comme un terrain agricole au prix de 4 000 euros l'hectare ;

- pour que la suspension de la décision attaquée ait un effet utile, le juge des référés devra enjoindre au maire de Pocé-sur-Cisse de se prononcer avant le 3 janvier 2025.

Sur le doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté :

- la préfète de région (DRAC) a rejeté le 13 août 2024 son recours préalable dirigé à l'encontre de l'avis défavorable conforme de l'architecte des bâtiments de France en date du 26 juin 2024 ;

- il a saisi la préfète de région (DRAC) d'un nouveau recours reçu le 14 novembre 2024, dans le délai de recours contentieux ;

- l'arrêté est illégal dès lors que le pétitionnaire doit être regardé comme titulaire d'un permis de construire tacite et que l'avis de l'architecte des bâtiments de France est un avis simple et non un avis conforme négatif ;

- cet arrêté méconnait les dispositions du plan local d'urbanisme de la commune de

Pocé-sur-Cisse et du plan local d'urbanisme intercommunal du Val d'Amboise, qui autorisent les constructions de maisons à toit-terrasse ;

- il est affecté d'une erreur d'interprétation de l'insertion de la construction envisagée dans le site et de l'atteinte portée par le projet de construction au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants ;

- il est affecté d'erreurs de fait et d'appréciation de la co-visibilité du projet de construction par rapport au Pigeonnier de la Restrie et repose sur un avis, erroné et qui ne pouvait pas être conforme, de l'architecte des bâtiments de France, d'ailleurs contraire à un avis précédent du 6 novembre 2020, dès lors que le projet, s'il est bien situé à moins de 500 mètres de ce monument historique, n'est pas en situation de co-visibilité ;

- il est affecté d'une erreur de droit, le maire s'étant à tort cru en situation de compétence liée et tenu de respecter un avis conforme illégal ;

- le refus de permis de construire méconnait l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme dès lors que l'intéressé dispose d'un permis d'aménager délivré le 29 janvier 2018 ;

- il est entaché de détournement de pouvoir et d'abus de pouvoir, en imposant au pétitionnaire des obligations, restrictions et contraintes injustifiées procédant d'une appréciation subjective et personnelle, en s'opposant à tous les projets de construction présentés par le pétitionnaire et en portant gravement atteinte au droit de propriété et à sa liberté de choisir un type de construction adapté à la nature du terrain et aux besoins du pétitionnaire ;

Vu :

- la requête enregistrée le 30 septembre 2024 sous le n° 2404135 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2024 du maire de Pocé-sur-Cisse portant refus de permis de construire ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés soulevés par M. A n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le maire de la commune de Pocé-sur-Cisse (37530) a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de l'édification d'une maison individuelle sur une parcelle cadastrée section OB n° 2221 bis sise chemin des Pierres au lieudit La Millandrie sur le territoire de cette commune. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que les conclusions du requérant tendant à la suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

3. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fins de suspension présentées par M. A, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2405179 de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée à la commune de Pocé-sur-Cisse, au préfet d'Indre-et-Loire et à la préfète de la région Centre-Val de Loire (DRAC).

Fait à Orléans, le 9 décembre 2024.

Le juge des référés,

Benoist GUÉVEL

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.