Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2405193

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2405193
TypeDécision

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête du maire de Saint-Ay qui demandait, sur le fondement de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation, la désignation d'un expert pour examiner un immeuble en péril. Le juge a estimé que cette demande, présentée deux ans après un arrêté de mise en sécurité fondé sur une précédente expertise, était dépourvue d'utilité. Il a rappelé qu'il appartient au maire de mettre en œuvre ses pouvoirs de police spéciale ou générale pour faire cesser le danger, sans qu'une nouvelle expertise soit nécessaire. La solution retenue est le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 décembre 2024, le maire de Saint-Ay (Loiret) demande au juge des référés de nommer un expert, en application des dispositions de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation, aux fins d'examiner l'état de la maison dite " L'Évêché " située 1 route Nationale à Saint-Ay, cadastrée section C n°s 219, 220, 221, 222, 223 et 224.

Il soutient que le bâtiment en cause, dont la succession Lounis A représentée par M. B A est propriétaire, présente un péril pour la sécurité publique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'arrêté municipal n° 2022-074 du 22 décembre 2022.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En matière de sécurité et salubrité des immeubles, locaux et installations, l'article L. 511-8 du code de la construction et de l'habitation prévoit notamment que les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers " () sont constatées par un rapport des services municipaux ou intercommunaux compétents, ou de l'expert désigné en application de l'article L. 511-9 ".

2. Aux termes de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation : " Préalablement à l'adoption de l'arrêté de mise en sécurité, l'autorité compétente peut demander à la juridiction administrative la désignation d'un expert afin qu'il examine les bâtiments, dresse constat de leur état y compris celui des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin au danger. L'expert se prononce dans un délai de vingt-quatre heures à compter de sa désignation. Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un danger imminent, l'autorité compétente fait application des pouvoirs prévus par la section 3 du présent chapitre. " Selon l'article R. 511-2 de ce code : " Lorsque l'autorité compétente demande à la juridiction administrative la désignation d'un expert en vertu de l'article L. 511-9, il est fait application des dispositions du chapitre 1er du titre III du livre V du code de justice administrative et de l'article R. 556-1 du même code ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 556-1 du code de justice administrative : " Lorsque le juge administratif est saisi par le maire, sur le fondement de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation, d'une demande tendant à la désignation d'un expert, il est statué suivant la procédure de référé prévue à l'article R. 531-1 ".

4. Aux termes de l'article R. 531-1 du code de justice administrative : " S'il n'est rien demandé de plus que la constatation de faits, le juge des référés peut, sur simple requête qui peut être présentée sans ministère d'avocat et même en l'absence d'une décision administrative préalable, désigner un expert pour constater sans délai les faits qui seraient susceptibles de donner lieu à un litige devant la juridiction. Il peut, à cet effet, désigner une personne figurant sur l'un des tableaux établis en application de l'article R. 221-9. Il peut, le cas échéant, désigner toute autre personne de son choix. Avis en est donné immédiatement aux défendeurs éventuels () ".

5. Ces dispositions n'ont pas pour effet d'imposer au juge des référés de faire droit aux demandes de constat lorsque les conditions posées par l'article précité sont remplies et de le priver ainsi de son pouvoir d'apprécier dans chaque cas d'espèce l'utilité du recours à cette procédure ; notamment, le juge peut refuser d'ordonner le constat lorsque, eu égard à l'objet de la demande et aux conditions dans lesquelles il peut être procédé aux constatations sollicitées, le demandeur dispose de la possibilité de faire constater les faits par d'autres moyens.

6. Le maire de Saint-Ay fait valoir que le bâtiment situé 1 route Nationale, cadastré section section C n°s 219, 220, 221, 222, 223 et 224, dont la succession Lounis A est propriétaire, présente un péril pour la sécurité publique en raison d'un délabrement général et sollicite la désignation d'un expert aux fins d'examen de l'état de l'immeuble concerné. Il ressort clairement du dossier que les désordres affectant ce bâtiment ont déjà fait l'objet d'une expertise prononcée par l'ordonnance n° 2204470 du 19 décembre 2022 par laquelle l'expert concluait à un péril grave et imminent et préconisait les travaux propres à faire cesser les risques. À l'issue de cette expertise, l'arrêté municipal n° 2022-074 du 22 décembre 2022 mettait en demeure M. B A, représentant la succession propriétaire, de réaliser les travaux rendus nécessaires par l'état de la propriété. À défaut, l'article 4 prévoyait qu'il pourra être procédé d'office par la commune aux travaux prescrits.

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7. Il appartient au maire de la commune de faire application des pouvoirs de police spéciale prévus aux articles L. 511-19 à L. 511-21 du code de la construction et de l'habitation et à l'article L. 2213-24 du code général des collectivités territoriales, ainsi que, le cas échéant, des pouvoirs de police générale qu'il tient des articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales, en prenant les mesures indispensables pour faire cesser le danger constaté et adaptées aux désordres actuels. Par conséquent, la présente requête en expertise, survenant deux ans après l'édiction de l'arrêté municipal de mise en sécurité n° 2022-074 du 22 décembre 2022, et alors même que cet acte subsiste dans l'ordonnancement juridique, ne présente pas de caractère d'utilité. Dès lors, la requête de la commune de Saint-Ay ne peut être que rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la commune de Saint-Ay est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Saint-Ay et à M. B A, représentant de la succession propriétaire.

Fait à Orléans, le 5 décembre 2024.

Le juge des référés,

Benoist GUÉVEL

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.RC