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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2502698

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2502698

mardi 15 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2502698
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantUBILEX - SCP FOUGERAY LE ROY LEBAILLY NOUVELLON ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Orléans, statuant par ordonnance, rejette la requête de M. et Mme A qui demandaient la remise en état du chemin rural « La Plaine au Huterot » et une indemnisation. Le tribunal rappelle que les chemins ruraux font partie du domaine privé communal et que les communes n’ont pas d’obligation légale d’entretien, sauf si elles ont accepté de l’assurer en fait par des travaux de viabilité. En l’espèce, les requérants n’apportent pas la preuve d’une telle acceptation par la commune de Montigny-sur-Avre, ni d’un préjudice indemnisable. La requête est donc rejetée comme manifestement infondée sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2025, M. B A et Mme C A, représentés par Me Lebailly, demandent au tribunal :

1°) d'enjoindre à la commune de Montigny-sur-Avre de procéder aux travaux de remise en état et de terrassement du chemin rural dénommé " La Plaine au Huterot " desservant leurs parcelles situées sur le territoire de la commune de Fessanvilliers-Mattanvilliers, sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

2°) de condamner la commune de Montigny-sur-Avre à leur verser une indemnité de 10 000 euros en réparation de leur préjudice de jouissance ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montigny-sur-Avre la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la commune a commandé deux devis de remise en état de ce chemin rural, a procédé à des travaux et doit ainsi assurer l'entretien dudit chemin ;

- la voie présente des trous et est dangereuse pour les usagers ;

- la commune est responsable au regard de l'article 1240 du code civil.

Vu la demande en date du 2 juin 2025 à fin de régularisation dans un délai de 15 jours de production de la décision attaquée en application de l'article R. 412-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A sont propriétaires de six parcelles avec hangar ainsi que d'une parcelle à usage de chemin situées au lieudit " La Plaine au Huterot " sur le territoire de la commune de Fessanvilliers-Mattanvilliers (28270), lesquelles sont desservies par le chemin rural dit D au Huterot ". Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal d'enjoindre à la commune de Montigny-sur-Avre de procéder aux travaux de remise en état et de terrassement de ce chemin rural et de la condamner à leur verser une indemnité de 10 000 euros en réparation de leur préjudice de jouissance subi en raison de l'état dudit chemin.

Sur le cadre juridique applicable au litige :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune. " Selon l'article L. 161-2 du même code : " L'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale. () ". En vertu de l'article L. 161-3 du même code : " Tout chemin affecté à l'usage du public est présumé, jusqu'à preuve du contraire, appartenir à la commune sur le territoire de laquelle il est situé ". Et aux termes de l'article L. 161-5 du même code : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux ". S'il appartient au maire de faire usage de son pouvoir de police afin de réglementer et, au besoin, d'interdire la circulation sur les chemins ruraux et s'il lui incombe de prendre les mesures propres à assurer leur conservation, les dispositions de l'article L. 161-5 du code rural n'ont, par elles-mêmes, ni pour objet ni pour effet de mettre à la charge des communes une obligation d'entretien de ces voies.

3. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 141-8 du code de la voirie routière, de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime et de l'article L. 2321-2 du code général des collectivités territoriales que les dépenses obligatoires pour les communes incluent les dépenses d'entretien des seules voies communales, dont ne font pas partie les chemins ruraux.

4. En troisième et dernier lieu, les communes ne peuvent être tenues à l'entretien des chemins ruraux, sauf dans le cas où, postérieurement à leur incorporation dans la voirie rurale, elles auraient exécuté des travaux destinés à en assurer ou à en améliorer la viabilité et ainsi accepté d'en assumer, en fait, l'entretien. En outre, le principe du libre accès des riverains à la voie publique est sans incidence sur les obligations d'entretien auxquelles la commune pourrait être soumise.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

5. Tout d'abord, aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () ; 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".

6. Ensuite, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision (). ". Selon l'article R. 412-1 du même code : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation () ".

7. D'une part, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et, lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. En l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif.

8. D'autre part, il résulte de ces dispositions qu'une requête est irrecevable et doit être rejetée comme telle lorsque son auteur n'a pas, en dépit d'une invitation à régulariser ou, le cas échéant, lorsqu'il n'est pas statué par ordonnance, de la communication d'un mémoire lui opposant à ce titre une fin de non-recevoir, produit soit la décision attaquée, dont tient lieu la pièce justifiant de la date de dépôt de la demande faite à l'administration lorsqu'il s'agit d'une décision implicite de rejet d'une demande, soit, en cas d'impossibilité, tout document justifiant des diligences qu'il a accomplies pour en obtenir la communication.

9. Enfin, la personne qui subit un préjudice direct et certain du fait du comportement fautif d'une personne publique peut former devant le juge administratif une action en responsabilité tendant à ce que cette personne publique soit condamnée à l'indemniser des conséquences dommageables de ce comportement. Elle peut également, lorsqu'elle établit la persistance du comportement fautif de la personne publique responsable et du préjudice qu'elle lui cause, assortir ses conclusions indemnitaires de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets. De telles conclusions à fin d'injonction ne peuvent être présentées qu'en complément de conclusions indemnitaires. De la même façon, le juge administratif ne peut être saisi, dans le cadre d'une action en responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics, de conclusions tendant à ce qu'il enjoigne à la personne publique de prendre les mesures de nature à mettre fin au dommage ou à en pallier les effets, qu'en complément de conclusions indemnitaires. Le juge ne peut pas faire droit à une demande tendant à ce qu'il soit enjoint à une personne publique de faire cesser les causes du dommage dont il est demandé réparation ou d'en pallier les effets si les conditions d'engagement de la responsabilité de cette personne, notamment l'existence d'un dommage qui doit perdurer au jour où il statue, ne sont pas réunies, et ne peut ainsi y faire droit s'il estime que le requérant ne subit aucun préjudice indemnisable résultant de ce dommage.

10. En premier lieu, en dépit de la demande de régularisation qui a été adressée aux époux A par courrier du 2 juin 2025 dont il a été accusé réception le jour même, laquelle précisait que leur requête pourrait être rejetée par ordonnance passée le délai de 15 jours, M. et Mme A n'ont pas produit la décision attaquée, leur courrier en date du 22 janvier 2025 adressé à la commune de Montigny-sur-Avre se bornant à inviter le conseil municipal à reconsidérer sa position pour que soient réalisés des travaux sur le chemin rural D au Huterot ne présentant pas le caractère d'une demande indemnitaire préalable au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative cité du point 6.

11. En deuxième lieu, M. et Mme A n'apportent aucun élément pour établir que le chemin rural D au Huterot serait ouvert et emprunté par le public, ni que la commune de Montigny-sur-Avre aurait exécuté des travaux destinés à en assurer ou à en améliorer la viabilité et ainsi accepté d'en assumer, en fait, l'entretien, la seule circonstance que celle-ci ait fait réaliser des devis à la suite d'un protocole d'accord conclu non suivi d'effets n'étant pas suffisante. Aussi les requérants ne sont-ils pas fondés à rechercher la responsabilité de la commune de Montigny-sur-Avre sur le fondement du défaut d'entretien normal de ce chemin rural. Par ailleurs, l'obligation d'entretien normal des chemins ruraux incombant éventuellement aux communes ne s'étend pas aux travaux d'amélioration du chemin tels qu'ils sont demandés par les époux A.

12. En troisième lieu, si M. et Mme A produisent à l'appui de leur requête le protocole d'accord conclu le 12 mars 2024 avec la commune portant sur des travaux de réfection de ce chemin au plus tard le 15 avril 2024, ils ne recherchent cependant pas la responsabilité de la commune de Montigny-sur-Avre pour ne pas l'avoir respecté et n'invoquent à ce titre aucun faute de la commune.

13. En quatrième et dernier lieu, si M. et Mme A invoquent un préjudice de jouissance qu'ils estiment à hauteur de 10 000 euros, ils n'apportent cependant pas le moindre élément pour en établir la réalité.

14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête présentée par M. et Mme A sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montigny-sur-Avre, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme A demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A.

Copie en sera adressée pour information à la commune de Montigny-sur-Avre et à la commune de Fessanvilliers-Mattanvilliers.

Fait à Orléans, le 15 juillet 2025.

Le président de la 5e Chambre,

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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