Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2503452

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2503452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantGREFFARD-POISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 7 juillet 2025 et le 1er septembre 2025, ainsi que des pièces enregistrées le 4 novembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Greffard-Poisson, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 11 avril 2025 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet du Loiret de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » et à titre subsidiaire, un titre « étudiant » dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sous réserve qu’il renonce à la part contributive de l’Etat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur de fait, elle ne s’est pas maintenue irrégulièrement sur le territoire français avant de solliciter son admission au séjour dès lors qu’elle a attendu d’être majeure pour déposer sa demande et qu’elle n’a plus d’attaches dans son pays d’origine, sa mère l’ayant abandonnée et son père étant décédé ;
- elle méconnait les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

La requête a été transmise à la préfète du Loiret qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 18 mai 2026, la clôture d’instruction a été fixée au 2 juin 2026.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Dicko-Dogan a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A... B..., ressortissante congolaise née le 10 novembre 2006 à Kinshasa (République démocratique du Congo), est entrée en France en octobre 2020 selon ses déclarations. Le 25 novembre 2024, elle a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par l’arrêté attaqué du 11 avril 2025, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d’une carte de séjour temporaire ou d’une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l’étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l’article L. 411-1 ». Aux termes de l’article L. 422-1 du même code : « L’étranger qui établit qu’il suit un enseignement en France ou qu’il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d’existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d’une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l’étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l’âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l’autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d’une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 (…) ».

3. Pour refuser de délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant » à Mme B..., la préfète du Loiret s’est fondée sur la circonstance que l’intéressée ne justifiait pas du visa de long séjour exigé par l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ce dont il est constant. La requérante fait valoir qu’elle remplissait les conditions posées à l’article L. 422-1 du même code, pour être dispensée de visa de long séjour. Toutefois, si ces dispositions permettent au préfet, notamment en cas de nécessité liée au déroulement des études, d’accorder un titre de séjour portant la mention « étudiant » sans que soit opposable la condition de visa de long séjour, c’est sous réserve d’une entrée régulière en France. Or, il est constant que Mme B... n’est pas entrée régulièrement en France. Au demeurant, en se bornant à soutenir qu’elle est inscrite en première professionnelle « accompagnement soins services à la personne » au lycée Paul Gauguin à Orléans pour l’année 2024-2025, elle n’établit pas l’existence d’une nécessité liée au déroulement de ses études. Par suite, c’est sans commettre d’erreur de droit, d’erreur d’appréciation, ni avoir entaché sa décision d’un défaut d’examen particulier de la situation de Mme B..., que la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « étudiant » sur le fondement de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié », « travailleur temporaire » ou « vie privée et familiale », sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 (…) ».

5. Mme B... fait valoir sa présence en France depuis 2020, la circonstance qu’elle n’a plus d’attaches dans son pays d’origine, son père étant décédé en 2024 et sa mère l’ayant abandonnée lorsqu’elle était enfant, et qu’elle poursuit sa scolarité en première professionnelle « accompagnement soins services à la personne » au lycée Paul Gauguin à Orléans. Toutefois, ces circonstances, à les supposer établies, ne sont pas constitutives d’une circonstance humanitaire ni d’un motif exceptionnel au sens de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le moyen tiré de ce que la préfète du Loiret aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, la préfète du Loiret n’a pas, en édictant les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français à l’encontre de Mme B..., portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises, et ce malgré la scolarisation de l’intéressée en France. Par suite, la préfète du Loiret qui n’a commis aucune erreur de fait, n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Les moyens doivent donc être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme B... doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte doivent l’être également ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.




D E C I D E :




Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au préfet du Loiret.


Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Best-De Gand, présidente,
Mme Dicko-Dogan, première conseillère,
Mme Conte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


La rapporteure,


La présidente,

Fatoumata DICKO-DOGAN

Armelle BEST-DE GAND

La greffière,



Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne au préfet du Loiret en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.