Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2504597
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2504597 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 août 2025 et le 8 septembre 2025, et un mémoire enregistré le 4 septembre 2026, non communiqué, M. A... B..., doit être regardé comme demandant au tribunal d’annuler l’arrêté en date du 29 juillet 2025 par lequel le préfet d’Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement.
Il soutient que :
- la décision ne lui a pas été régulièrement notifiée, le courrier recommandé ne lui ayant pas été remis contre signature, mais a seulement été déposé dans sa boite aux lettres ;
- elle est entachée d’une erreur de fait car il est de nationalité congolaise et non camerounaise comme mentionné à tort ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation au regard des effets de cet arrêté sur sa situation personnelle en raison de sa durée de présence ininterrompue de huit années en France, de sa scolarité complète en France, d’une promesse d’embauche et de l’absence de liens solides dans son pays d’origine.
La requête a été transmise au préfet d’Indre-et-Loire qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 21 août 2026, la clôture d’instruction a été fixée au 4 septembre 2026.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Dicko-Dogan,
- et les observations de M. B....
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant congolais né le 4 mars 2004 à Brazzaville (Congo), est entré régulièrement en France le 24 juin 2017, alors qu’il était âgé de 13 ans, avec un passeport revêtu d’un visa court séjour valable du 23 juin au 25 juillet 2017. Il a déposé le 23 février 2024 auprès des services de la préfecture d’Indre‑et‑Loire une première demande de titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement des dispositions des articles
L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté en date du 29 juillet 2025, le préfet d’Indre-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B... est entré régulièrement sur le territoire français le 24 juin 2017, alors qu’il était âgé de 13 ans. Il soutient sans être contesté, avoir résidé habituellement en France depuis cette date où il était hébergé chez sa tante qui bénéficiait de l’autorité parentale par une décision des autorités congolaises légalisée en date du 21 août 2017. Il ressort également des pièces du dossier qu’il a été scolarisé de 2017 à 2024 en région parisienne où il a obtenu son brevet, puis son baccalauréat en 2022 avant d’être admis au conservatoire national des arts et métiers de Paris, formation qu’il n’a pas pu suivre en raison de l’absence d’un titre de séjour régulier. Le requérant s’est également inscrit au titre de l’année scolaire 2023/2024 dans une formation professionnelle (MCAGSS) pour devenir éducateur sportif sans que cette formation ne puisse aboutir en raison de sa situation irrégulière. En outre, il ressort des pièces du dossier qu’il s’est installé dans la région de Tours à compter d’octobre 2023 où il vit en concubinage avec une ressortissante française. Dans les circonstances très particulières de l’espèce, eu égard à sa durée de présence significative, à ses attaches familiales en France et en l’absence de toute contestation de la part du préfet d’Indre-et-Loire qui n’a pas produit de mémoire en défense, M. B... est fondé à soutenir qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet d’Indre-et-Loire a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et a ainsi méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision contenue dans l’arrêté du 29 juillet 2025 par laquelle le préfet d’Indre‑et‑Loire a refusé de délivrer à M. B... un titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et celle fixant le pays de destination de cette mesure d’éloignement, contenues dans le même arrêté.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 29 juillet 2025 du préfet d’Indre-et-Loire est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet d’Indre-et-Loire.
Copie sera adressée, en application de l’article R. 751-10 du code de justice administrative, à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Tours.
Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Best-De Gand, présidente,
Mme Dicko-Dogan, première conseillère,
Mme Conte, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
La présidente,
Fatoumata DICKO-DOGAN
Armelle BEST-DE GAND
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au préfet d’Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 août 2025 et le 8 septembre 2025, et un mémoire enregistré le 4 septembre 2026, non communiqué, M. A... B..., doit être regardé comme demandant au tribunal d’annuler l’arrêté en date du 29 juillet 2025 par lequel le préfet d’Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement.
Il soutient que :
- la décision ne lui a pas été régulièrement notifiée, le courrier recommandé ne lui ayant pas été remis contre signature, mais a seulement été déposé dans sa boite aux lettres ;
- elle est entachée d’une erreur de fait car il est de nationalité congolaise et non camerounaise comme mentionné à tort ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation au regard des effets de cet arrêté sur sa situation personnelle en raison de sa durée de présence ininterrompue de huit années en France, de sa scolarité complète en France, d’une promesse d’embauche et de l’absence de liens solides dans son pays d’origine.
La requête a été transmise au préfet d’Indre-et-Loire qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 21 août 2026, la clôture d’instruction a été fixée au 4 septembre 2026.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Dicko-Dogan,
- et les observations de M. B....
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant congolais né le 4 mars 2004 à Brazzaville (Congo), est entré régulièrement en France le 24 juin 2017, alors qu’il était âgé de 13 ans, avec un passeport revêtu d’un visa court séjour valable du 23 juin au 25 juillet 2017. Il a déposé le 23 février 2024 auprès des services de la préfecture d’Indre‑et‑Loire une première demande de titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement des dispositions des articles
L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté en date du 29 juillet 2025, le préfet d’Indre-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B... est entré régulièrement sur le territoire français le 24 juin 2017, alors qu’il était âgé de 13 ans. Il soutient sans être contesté, avoir résidé habituellement en France depuis cette date où il était hébergé chez sa tante qui bénéficiait de l’autorité parentale par une décision des autorités congolaises légalisée en date du 21 août 2017. Il ressort également des pièces du dossier qu’il a été scolarisé de 2017 à 2024 en région parisienne où il a obtenu son brevet, puis son baccalauréat en 2022 avant d’être admis au conservatoire national des arts et métiers de Paris, formation qu’il n’a pas pu suivre en raison de l’absence d’un titre de séjour régulier. Le requérant s’est également inscrit au titre de l’année scolaire 2023/2024 dans une formation professionnelle (MCAGSS) pour devenir éducateur sportif sans que cette formation ne puisse aboutir en raison de sa situation irrégulière. En outre, il ressort des pièces du dossier qu’il s’est installé dans la région de Tours à compter d’octobre 2023 où il vit en concubinage avec une ressortissante française. Dans les circonstances très particulières de l’espèce, eu égard à sa durée de présence significative, à ses attaches familiales en France et en l’absence de toute contestation de la part du préfet d’Indre-et-Loire qui n’a pas produit de mémoire en défense, M. B... est fondé à soutenir qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet d’Indre-et-Loire a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et a ainsi méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision contenue dans l’arrêté du 29 juillet 2025 par laquelle le préfet d’Indre‑et‑Loire a refusé de délivrer à M. B... un titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et celle fixant le pays de destination de cette mesure d’éloignement, contenues dans le même arrêté.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 29 juillet 2025 du préfet d’Indre-et-Loire est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet d’Indre-et-Loire.
Copie sera adressée, en application de l’article R. 751-10 du code de justice administrative, à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Tours.
Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Best-De Gand, présidente,
Mme Dicko-Dogan, première conseillère,
Mme Conte, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
La présidente,
Fatoumata DICKO-DOGAN
Armelle BEST-DE GAND
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au préfet d’Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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