Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2600443

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2600443
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantTOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2026 et un mémoire complémentaire enregistré le 7 septembre 2026, non communiqué, M. A... B..., représenté par Me Tournier, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 24 décembre 2025 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement ;

2°) d’enjoindre au préfet du Loiret, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant » et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l’attente, de le munir d’une autorisation provisoire au séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l’Etat.


Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d’une inexactitude matérielle des faits relatives aux nombreuses absences aux examens, et à sa réorientation en 2025/2026 ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au sens des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et méconnaît les dispositions de l’article L. 411-4 8° du même code ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En application de l’article R. 611‑8 du code de justice administrative, la requête a été dispensée d’instruction.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 27 février 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91 647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Dicko-Dogan,
- et les observations de Me Tournier, représentant M. B....



Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., ressortissant tchadien, né le 7 août 2003 est entré en France le 6 septembre 2021, muni d’un visa long séjour portant la mention « étudiant », valable du 30 août 2021 au 30 août 2022. Il a bénéficié d’un titre de séjour étudiant valable du 31 août 2022 au 30 août 2025. Le 17 septembre 2025, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 24 décembre 2025, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour ;

2. Aux termes de l’article L. 422‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui établit qu’il suit un enseignement en France ou qu’il y fait des études (…) se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant » d’une durée inférieure ou égale à un an (…) ». Aux termes de l’article L. 411‑4 du même code : « La carte de séjour pluriannuelle a une durée de validité de quatre ans, sauf lorsqu'elle est délivrée : (…) 8° Aux étrangers mentionnés aux articles L. 422-1, L. 422-2 et L. 422-5 ; dans ce cas, sa durée est égale à celle restant à courir du cycle d'études dans lequel est inscrit l'étudiant, sous réserve du caractère réel et sérieux des études, apprécié au regard des éléments produits par les établissements de formation et par l'intéressé, un redoublement par cycle d'études ne remettant pas en cause, par lui-même, le caractère sérieux des études ; / (…) ». Pour l’application de ces dispositions, il appartient à l’autorité administrative, saisie d’une demande de renouvellement d’une carte de séjour en qualité d’étudiant d’apprécier notamment, à partir de l’ensemble du dossier et sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l’assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B... n’a pas validé, au titre de l’année 2021/2022, sa première année de licence de mathématiques, qu’il s’est réinscrit pour l’année universitaire 2022/2023 en première année de licence de mathématiques qu’il a finalement validé cette première année en 2023/2024 après avoir été admis à passer en deuxième année en tant qu’AJAC et qu’il est inscrit pour l’année scolaire 2024-2025 en deuxième année de licence. Il est constant qu’à la date de la décision attaquée, M. B... n’a validé aucun diplôme. S’il soutient que, contrairement à ce que fait valoir la préfète, son inscription en deuxième année de licence informatique n’est pas une réorientation, qu’il a été assidu aux examens pour les années 2023/2024 et 2024/2025, qu’il a été contraint de travailler à coté de ses études et qu’il démontre une cohérence et une progression dans ses études, ces circonstances ne sauraient suffire à démontrer le caractère réel et sérieux de ses études depuis son entrée en France et ce alors que présent sur le territoire depuis quatre ans, muni d’un titre de séjour portant la mention « étudiant », il n’a validé aucun diplôme et a été défaillant pour plusieurs matières lors de ses deux premières années scolaires. Il s’ensuit que le requérant n’est pas fondé à soutenir que la préfète du Loiret a commis des erreurs de faits et une erreur d’appréciation en remettant en cause le caractère réel et sérieux des études poursuivies et en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention
« étudiant ».

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n’aurait pas procédé à un examen circonstancié de sa situation avant de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour.

5. En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

6. M. B... fait valoir la durée de son séjour en France ainsi que la circonstance qu’il est intégré professionnellement et socialement. Toutefois, l’intéressé n’établit pas l’intensité des liens qu’il aurait tissés en France et ne démontre ni même ne soutient être dépourvu de toute attache personnelle et familiale au Tchad où il a vécu jusqu’à l’âge de dix‑huit ans. Par suite, et alors que le titre de séjour portant la mention « étudiant » qui lui a été délivré ne lui donnait pas vocation à demeurer en France, la préfète du Loiret n’a pas porté au droit de l’intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision portant refus de titre de séjour a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en est de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour opposée à M. B... n’étant pas établie, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision soulevée à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu’être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n’aurait pas procédé à un examen circonstancié de sa situation avant de l’obliger à quitter le territoire français.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni qu’elle serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

10. Le requérant fait valoir que la préfète en ne lui octroyant un délai de départ volontaire que de trente jours n’a pas pris en compte sa situation personnelle notamment au regard de la durée de sa présence sur le territoire français et de sa situation professionnelle. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances particulières justifiaient qu’un délai de départ supérieur à trente jours soit accordé à M. B... pour quitter volontairement le territoire français. Ainsi, la préfète du Loiret n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. L’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas démontrée, le moyen tiré de l’illégalité par voie de conséquence de la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu’être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de M. B... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles relatives aux frais de l’instance.



D E C I D E :




Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Loiret.


Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Best-De Gand, présidente,
Mme Dicko-Dogan, première conseillère,
Mme Conte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


La rapporteure,


La présidente,

Fatoumata DICKO-DOGAN

Armelle BEST-DE GAND

La greffière,



Emile DEPARDIEU

La République mande et ordonne au préfet du Loiret en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.