Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2026, Mme A... B..., représentée par Me Kouka, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre au préfet du Loiret de procéder à la réouverture de l’instruction de sa demande de titre de séjour sur la plateforme de l’Administration numérique pour les étrangers en France, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance ;
2°) d’enjoindre au préfet du Loiret de lui délivrer une attestation provisoire de séjour l’autorisant à séjourner régulièrement sur le territoire et maintenant l’intégralité de ses droits sociaux dans l’attente de la décision définitive sur sa demande de titre de séjour, sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1. ».
2. Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de l’article L. 521-3 susvisé du code de justice administrative, aux fins d’enjoindre à l’administration de prendre toute mesure utile dans un sens déterminé, il doit veiller à ce que cette demande présente un caractère d’urgence et d’utilité, qu’elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la mesure demandée ne fasse obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.
3. Le Conseil d’État, dans un avis du 10 octobre 2024, a indiqué que la décision de refus d’enregistrer une demande de titre de séjour prise au motif du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d’être déférée au juge de l’excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet (avis CE, 10 octobre 2024, no 494718, B). Il en découle que, a contrario, la décision de clôture d’une demande de titre de séjour prise au motif du caractère incomplet du dossier constitue une décision faisant grief susceptible d’être déférée au juge de l’excès de pouvoir lorsque le dossier est en réalité complet.
4. Aux termes de l’article L. 112-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute personne tenue de respecter une date limite ou un délai pour présenter une demande, déposer une déclaration, exécuter un paiement ou produire un document auprès d’une administration peut satisfaire à cette obligation au plus tard à la date prescrite au moyen d’un envoi de correspondance, le cachet apposé par les prestataires de services postaux autorisés au titre de l’article L. 3 du code des postes et des communications électroniques faisant foi. (…). ».
5. Il résulte des pièces du dossier que Mme B..., ressortissante tunisienne née le 24 juillet 1990 à Sidi Bouzid (République tunisienne), a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur la plateforme de l’Administration numérique pour les étrangers en France (Anef) le 5 décembre 2025 et que, le 30 décembre 2025, les services de la préfecture du Loiret ont mis à sa disposition sur l’Anef un formulaire vierge de certificat médical. Dans ce cadre, un délai d’un mois a été indiqué à la requérante pour envoyer le certificat, renseigné par son médecin, à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii). Par un courrier recommandé envoyé le 29 janvier 2026 et reçu le 3 février 2026, Mme B... a adressé à l’Ofii le dossier médical complet, avec les certificats médicaux établis et signés le 29 janvier 2026. Le même jour, la requérante a reçu sur l’Anef un message de la préfecture intitulée « Rappel avant clôture de votre dossier » et indiquant, d’abord, qu’elle disposait d’un délai d’un mois à compter de la date de sa demande pour envoyer à l’Ofii le certificat médical dûment complété par son médecin et que le formulaire vierge de ce certificat médical a été mis à sa disposition sur son espace Anef le 30 décembre 2025. Ensuite, qu’au jour de ce message de la préfecture, soit le 29 janvier 2026, ce certificat médical n’avait pas été transmis alors que le délai d’un mois a expiré. Enfin, toujours dans ce même message, la préfecture indique à Mme B..., d’une part, qu’elle est priée de transmettre son certificat médical à l’Ofii le plus rapidement possible afin de pouvoir examiner sa demande et, d’autre part, qu’à défaut de transmission, sa demande de titre de séjour fera l’objet d’une clôture à l’expiration d’un délai de trente jours à compter de leur message, soit à compter du 29 janvier 2026. Par un courrier recommandé en date du 4 février 2026 et reçu le 11 février 2026, l’Office a indiqué à la requérante que le dossier qu’elle a transmis ne permet pas son traitement en l’état et qu’elle doit donc retourner son dossier avec les informations qu’il demande dans « les meilleurs délais (15 jours) ». Par un courrier recommandé envoyé le 26 février 2026 et reçu le 4 mars 2026, Mme B... a adressé à l’Ofii les informations demandées. Enfin, le 28 février 2026, la requérante s’est vu clôturer sa demande de titre de séjour sur l’Anef au motif qu’elle n’avait toujours pas transmis son certificat médical à l’Ofii et que, eu égard au caractère indispensable de cette pièce, la préfecture se trouvait dans l’incapacité de traiter sa demande de titre de séjour. En outre, par un courrier du 16 avril 2026, l’Office a informé Mme B... que son dossier au sein de l’Office la concernant est clos car leur avis a été transmis aux services de la préfecture du Loiret le 25 mars 2026. Dans ces circonstances, Mme B..., par une requête enregistrée le 13 juin 2026, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet du Loiret, d’une part, de procéder à la réouverture de l’instruction de sa demande de titre de séjour sur la plateforme de l’Administration numérique pour les étrangers en France, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance et, d’autre part, de lui délivrer une attestation provisoire de séjour l’autorisant à séjourner régulièrement sur le territoire et maintenant l’intégralité de ses droits sociaux dans l’attente de la décision définitive sur sa demande de titre de séjour, sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la requérante a procédé à l’envoi de son dossier médical à l’Ofii dans le délai de trente jours fixé par la préfecture dans son message du 29 janvier 2026 dès lors qu’il est apporté la preuve que le dossier médical a été envoyé ce même-jour. La circonstance que le dossier envoyé était incomplet est sans incidence du fait que Mme B... a, par la suite, retourné son dossier complété des informations manquantes tant dans le délai de quinze jours à compter du 11 février 2026 fixé par l’Ofii que dans celui de trente jours à compter du 29 janvier 2026 fixé par la préfecture. En effet, si ce second envoi n’a été reçu par les services de l’Office qu’en date du 4 mars 2026, le cachet apposé par les prestataires de services postaux apporte la preuve que le courrier a été envoyé par la requérante au plus tard le 26 février 2026. Par suite, eu égard, d’une part, aux dispositions de l’article L. 112-1 du code des relations entre le public et l’administration citées au point 4 et eu égard, d’autre part, à la circonstance que, suite aux éléments envoyés par la requérante le 26 février 2026, l’Ofii a été en mesure de rendre un avis qui a par la suite été transmis aux services du préfet du Loiret, la demande de titre de séjour de Mme B... doit être regardée comme complète à la date où la préfecture du Loiret a procédé à sa clôture.
7. En conséquence, eu égard à tout ce qui a été dit précédemment et notamment au point 3, la décision du 28 février 2026 par laquelle les services de la préfecture du Loiret ont clôturé la demande de titre de séjour de Mme B..., au motif qu’elle n’avait pas transmis le certificat médical à l’Office et que son dossier était alors incomplet, constitue une décision faisant grief susceptible d’être déférée au juge de l’excès de pouvoir.
8. Dans ces conditions, la requête de Mme B... tendant à ce que le juge des référés enjoigne au préfet d’Indre-et-Loire de procéder à la réouverture de l’instruction de sa demande de titre de séjour sur l’Anef et de lui délivrer une attestation provisoire de séjour fait obstacle à l’exécution de la décision de clôture de sa demande de titre prise par la préfète du Loiret le 28 février 2026. Par suite, la condition posée à l’article L. 521-3 du code de justice administrative et tenant à ce que la mesure demandée ne fasse pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative n’est pas remplie.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée en toutes ses conclusions en application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B....
Copie en sera adressé au préfet du Loiret et au directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration.
Fait à Orléans, le 1er juillet 2026.
Le juge des référés,
G. GIRARD-RATRENAHARIMANGA
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.