Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2605564

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2605564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP MERY-RENDA-KARM-GENIQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2026, M. E... C..., représenté par Me Renda, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision en date du 13 août 2026 par laquelle le préfet d’Eure-et-Loir a rejeté sa demande de regroupement familial ;

2°) d’enjoindre à titre provisoire au préfet d’Eure-et-Loir de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros de retard en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911‑3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie : son fils a besoin de lui pour grandir. La demande de regroupement familial a été effectuée plus de deux ans avant la naissance de son enfant ce qui exclut tout grief de retard ou de négligence dans ses démarches ; l’exécution de la décision attaquée qui maintient cette séparation pour la durée de l’instance au fond lui cause ainsi qu’à sa famille un préjudice grave et immédiat ;
- il existe un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : la décision est entachée d’une erreur de fait dans l’appréciation de ses ressources ; ses revenus s’établissaient en moyenne à 1 992,60 euros entre mai 2023 et avril 2024, précédant le dépôt de la demande contre un seuil légal de 1 753,81 euros pour la même période ; la moyenne s’établissait encore à 1 969,86 euros pour la période d’août 2025 à juillet 2026, période immédiatement antérieure à l’arrêté contre un seuil légal recalculé de 1 814,22 euros ; à titre subsidiaire, le préfet d’Eure-et-Loir n’a pas pris en compte l’évolution favorable de sa situation et la stabilité de sa situation professionnelle.

Le préfet d’Eure-et-Loir n’a pas produit d’observations.

Vu :
- les pièces du dossier desquelles il ressort que la requête a été communiquée au préfet d’Eure-et-Loir.

Vu :
- la décision dont la suspension de l’exécution est demandée ;
- les autres pièces du dossier ;
- et la requête au fond n° 2605563 enregistrée le 9 septembre 2026 par laquelle M. C... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Best-De Gand pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir, au cours de l’audience publique du 29 septembre 2026 à 14h00, présenté son rapport et entendu les observations de Me Duplantier, substituant Me Renda, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens et soulève également l’illégalité de la décision qui oppose l’absence de ressources pérennes alors que M. C... dispose d’un contrat à durée indéterminée depuis 2022. Elle rappelle par ailleurs que l’urgence est constituée puisque l’enfant du requérant a vocation à grandir avec son père et sa mère.

Le préfet d’Eure-et-Loir n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E... C... a sollicité le regroupement familial au profit de son épouse, Mme D... B..., et de son fils A..., né le 20 mai 2026. Par une décision du 13 août 2026, le préfet d’Eure-et-Loir a rejeté cette demande au motif que les ressources de M. C... n’étaient pas pérennes pour un foyer composé de trois personnes. M. C... demande la suspension de cette décision.


Sur les conclusions à fin de suspension :

En ce qui concerne l’urgence :

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) » et aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. (...) ». Enfin aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 du même code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».

3. Pour l’application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.

4. Pour justifier de l’urgence à suspendre la décision attaquée, le requérant fait valoir qu’il a été diligent dès lors qu’il a déposé une demande de regroupement familial dès octobre 2023, demande ensuite enregistrée en avril 2024, que depuis son fils est né en mai 2026 et qu’il en est séparé alors que le développement affectif d’un enfant nécessite la présence de ses deux parents. Par suite, il justifie que la décision attaquée préjudice de manière suffisamment grave et immédiate à la situation de sa famille. Dès lors, la condition tenant à l’urgence, au sens de l’article L. 521‑1 du code de justice administrative, doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l’existence d’un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté :

5. En l’état de l’instruction, alors qu’ainsi qu’il a été dit ci-dessus le préfet d’Eure-et-Loir n’a pas produit d’observations en défense, le moyen tiré de l’erreur de fait est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de titre en litige.

6. Les deux conditions auxquelles l’article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l’exécution d’une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision en date du 13 août 2026 par laquelle le préfet d’Eure‑et‑Loir a rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. C....


Sur les conclusions à fin d’injonction :

7. Il y a lieu d’enjoindre au préfet d’Eure-et-Loir de réexaminer la demande de M. C... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. C... de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1 : L’exécution de la décision du 13 août 2026 est suspendue jusqu’à ce qu’il ait été statué sur la requête au fond n° 2605563.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d’Eure-et-Loir de réexaminer la demande de M. C... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L’Etat est condamné à verser à M. C... la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E... C... et au préfet d’Eure-et-Loir.


Fait à Orléans, le 1er octobre 2026.

La juge des référés,




Armelle BEST-DE GAND

La République mande et ordonne au préfet d’Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.