Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2605704

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2605704
TypeDécision
Avocat requérantGREFFARD-POISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2026, Mme A... B..., représentée par Me Greffard-Poisson, avocate, demande au juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521­­‑1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour contenue dans l’arrêté pris à son encontre le 1er juillet 2026 par le préfet du Loiret ;

2°) d’enjoindre au préfet du Loiret de lui délivrer, à compter de la notification de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, valable jusqu’au jugement de sa requête au fond ;

3°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l’Etat, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B... soutient que :
- la condition d’urgence est présumée remplie en l’espèce, s’agissant d’un refus de renouvellement de titre de séjour ; en outre, elle était en stage professionnel dans le cadre d’une promesse d’embauche sous condition suspensive de la réalisation d’un parcours d’intégration et formation préalable ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse : il n’est pas justifié de la délégation dont aurait bénéficié le signataire de cette décision ; le préfet, qui n’a pas examiné sa situation personnelle, a commis une erreur de droit ; il a commis une erreur d’appréciation en estimant qu’elle ne remplissait plus les conditions prévues par l’article L. 423‑23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; l’obligation de quitter le territoire français méconnaît les mêmes stipulations.

Par un mémoire enregistré le 23 septembre 2026, le préfet du Loiret, représenté par le cabinet Actis Avocats, demande au juge des référés de rejeter la requête de Mme B....

Il soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- aucun des moyens soulevés n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2026.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2605626, enregistrée le 11 septembre 2026, par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision du 1er juillet 2026 susvisée du préfet du Loiret.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C... pour statuer en qualité de juge des référés, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique du 30 septembre 2026 à 15 heures 30, le juge des référés a présenté son rapport et entendu les observations :
- de Me Greffard-Poisson, avocate de Mme B... ; Me Greffard-Poisson persiste dans ses écritures, en confirmant que la demande de suspension est dirigée contre la seule décision portant refus de renouvellement et en précisant, s’agissant des frais de l’instance, qu’elle entend demander le versement à son profit, sur le fondement des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, de la somme mentionnée dans les conclusions de la requête ;
- et de Me Capuano, représentant le préfet du Loiret, qui persiste dans les écritures en défense.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique à 16 heures.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B..., ressortissante haïtienne née le 18 novembre 2005, est entrée sur le territoire français le 30 décembre 2019, à l’âge de quatorze ans, et y a été scolarisée jusqu’à l’obtention de son baccalauréat au mois de juillet 2025. Le 30 juin 2025, elle s’est vu délivrer par le préfet de la Guyane une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale », valable jusqu’au 29 juin 2026. Le 29 avril 2026, elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour auprès de la préfecture du Loiret. Par un arrêté du 1er juillet 2026, le préfet du Loiret a rejeté
sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement. Mme B... demande au juge des référés de suspendre l’exécution de la décision de refus de renouvellement contenue dans cet arrêté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l’article L. 521‑1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».

En ce qui concerne l’urgence :

3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Mme B... demande la suspension de la décision par laquelle le préfet du Loiret a refusé de renouveler la carte de séjour temporaire qui lui avait été précédemment délivrée. Si le préfet fait valoir en défense que la requérante « est elle-même à l’origine de [la] situation [qui a conduit à la décision en litige] par son absence avérée de moyens de subsistance suffisants et le défaut d’une insertion professionnelle et sociale significative », une telle circonstance n’est pas de nature à faire échec à la présomption qui existe en cas de refus de renouvellement d’un titre de séjour. La condition d’urgence doit ainsi être regardée comme remplie en l’espèce.

En ce qui concerne l’existence d’un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

5. En l’état de l’instruction, le moyen tiré de ce que le préfet du Loiret a commis une erreur d’appréciation en estimant que Mme B... ne remplissait plus les conditions prévues par l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant refus de renouvellement de la carte de séjour temporaire de la requérante.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B... est fondée à demander la suspension de l’exécution de la décision du 1er juillet 2026 susvisée du préfet du Loiret, jusqu’à ce qu’il ait été statué sur les conclusions de la requête n° 2605626 dirigées contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

7. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Loiret munisse Mme B... d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, valable jusqu’au réexamen de sa demande de renouvellement ou à défaut jusqu’à ce qu’il ait été statué sur sa requête au fond. Il y a lieu d’enjoindre au préfet du Loiret de délivrer cette autorisation provisoire de séjour à Mme B... dès la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 200 euros à Me Greffard-Poisson dans les conditions prévues par ces dispositions.


O R D O N N E :


Article 1er : L’exécution de la décision par laquelle le préfet du Loiret a refusé de renouveler la carte de séjour temporaire de Mme B... est suspendue jusqu’à ce qu’il ait été statué sur les conclusions de la requête n° 2605626 tendant à l’annulation de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Loiret de munir Mme B..., dès la notification de la présente ordonnance, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, valable jusqu’au réexamen de sa demande ou à défaut jusqu’à ce qu’il ait été statué sur sa requête au fond.

Article 3 : L’Etat versera à Me Greffard-Poisson une somme de 1 200 euros dans les conditions prévues par l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B..., au ministre de l’intérieur et à Me Greffard-Poisson. Copie en sera adressée au préfet du Loiret.


Fait à Orléans, le 1er octobre 2026.


Le juge des référés,




Frédéric C...

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.