Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2605775
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2605775 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2026, Mme A... B... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521‑1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 20 août 2026 par laquelle le recteur de l'académie d'Orléans-Tours l’a affectée au lycée professionnel Jean-Félix Paulsen de Châteaudun du 1er septembre 2026 au 31 août 2027 ;
2°) d’enjoindre au recteur de l'académie d'Orléans-Tours de réexaminer sa situation, dans les sept jours suivant la notification de l’ordonnance à intervenir.
Elle soutient que :
- l’urgence est caractérisée dès lors que la décision attaquée résulte de la volonté de l’administration de l’écarter de l’établissement dans lequel elle est affectée depuis quatre ans sans qu’aucun grief ne lui soit reproché suite à l’entretien qu’elle a eu avec le chef d’établissement, que l’établissement dans lequel elle est affectée n’est pas accessible en transport en commun, rendant impossible l’exercice normal de ses fonctions et que la situation a altéré sa santé mentale imposant son placement en arrêt de travail ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée laquelle est constitutive d’une sanction déguisée dès lors que son comportement professionnel a soudainement été considéré comme problématique en juin 2026 par le chef d’établissement, que la décision d’affectation porte atteinte à sa situation professionnelle dans la mesure où le lycée professionnel Jean-Félix Paulsen est situé à une heure de son domicile, inaccessible en transport en commun et que la notification tardive de cette décision n’a d’autre but que de la pousser à la démission.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2026 à 10h13, le recteur de l'académie d'Orléans-Tours conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requérante ne justifie pas d’une situation d’urgence en soutenant, sans preuve à l’appui, que son affectation résulte d’une volonté de l’administration de l’écarter de son établissement d’origine ; en outre, son lieu d’affectation est accessible en transport en commun contrairement à ce qu’elle affirme et elle ne démontre pas que ses deux enfants à charge font des études supérieures et ne précise pas en quoi cette situation implique sa présence au domicile ni les conséquences financières de la nouvelle affectation au regard des ressources et charges de son foyer ; enfin, aucune production versée au débat ne permet d’apprécier la nature, la gravité et l’imminence des conséquences de l’exécution de la décision attaquée sur sa santé ;
- la décision attaquée n’est entachée d’aucune illégalité au regard de l’article R. 331‑6 du code général de la fonction publique et de la circulaire DGRH B1-3 n°2017-038 du 20 mars 2017 relative aux conditions de recrutement et d’emploi des agents contractuels recrutés pour exercer des fonctions d’enseignement, d’éducation et de psychologues dans les écoles, les établissements publics d’enseignement du second degré ou les services relevant du ministre chargé de l’éducation nationale, dès lors qu’elle a été recrutée en contrat à durée indéterminée pour exercer ses fonctions au sein de la zone géographique de l’académie d’Orléans-Tours, que son rattachement administratif au lycée polyvalent Rémi Belleau de Nogent-le-Rotrou ne lui confère aucun droit d’exercer ses fonctions dans ce seul établissement et que sa nouvelle affectation répond à l’intérêt du service puisque le lycée Jean-Félix Paulsen de Châteaudun disposait de deux postes de CPE vacants à la rentrée scolaire 2026-2027 du fait du départ et de l’arrêt maladie des deux précédents CPE ;
- la décision attaquée ne constitue pas davantage une sanction déguisée dès lors que l’affectation de la requérante ne porte pas atteinte à sa situation professionnelle et n’engendre pas de diminution de ses droits ou avantages, les observations de son chef d’établissement ne sont que de simples recommandations relevant de l’exercice normal du pouvoir hiérarchique et la requérante manque à étayer des éléments objectifs permettant de distinguer les nécessités de fonctionnement du service d’une intention de la sanctionner, enfin, la notification de la décision le 20 août 2026 s’explique exclusivement par des contraintes de règles de gestion administrative et budgétaire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 17 septembre 2026 sous le n° 2605774 par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lesieux, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue le 30 septembre 2026 à 14h00, en présence de M. Meteau, greffier d’audience, Mme Lesieux a lu son rapport et a informé les parties, en application de l’article R. 611-7 et de l’article R. 522‑9 du code de justice administrative, qu’elle était susceptible de fonder son ordonnance sur un moyen d’ordre public relevé d’office tiré de ce que la décision attaquée, qui ne présente pas le caractère d’une sanction disciplinaire déguisée et n’est pas constitutif d’une discrimination, présente le caractère d’une mesure d’ordre intérieur insusceptible de recours.
Ont été entendues :
- les observations de Mme B... qui indique ne pas avoir compris les raisons de la décision attaquée alors qu’il y avait des postes à pourvoir au sein du lycée de Nogent-le-Rotrou où elle était affectée depuis plusieurs années, ni les reproches qui lui ont été faits concernant la mésentente entre CPE, fait valoir que la ligne de bus existante en direction de Châteaudun ne lui permet pas d’assurer un service avec internat et qu’elle n’a plus de véhicule et confirme avoir deux enfants dont l’un vit à Metz et l’autre au Mans ;
- les observations de M. C... et de M. D..., dûment mandatés, représentant le recteur de l’académie d’Orléans-Tours qui précise que la requérante n’est pas fondée à se prévaloir d’une situation d’urgence alors qu’elle est en arrêt de travail jusqu’au 7 octobre prochain, que le lycée de Châteaudun avait un besoin urgent de recruter des CPE, et que la décision de gestion qui a été prise s’inscrit dans le cadre du contrat conclu.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience à 14h16, dans les conditions prévues à l’article R. 522‑8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521‑1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».
2. Mme B... a été recrutée par contrats à durée déterminée successifs, à compter du 1er septembre 2022, en vue d’exercer les fonctions de conseiller principal d’éducation au lycée polyvalent Rémi Belleau de Nogent-le-Rotrou. Puis, le 6 mars 2026, elle a signé avec le recteur de l’académie d’Orléans-Tours un contrat à durée indéterminée en vue d’exercer, à compter du 1er septembre 2026, les mêmes fonctions dans la zone académique. Par une décision du 20 août 2026, le recteur de cette académie l’a affectée au lycée professionnel Jean-Félix Paulsen de Châteaudun du 1er septembre 2026 au 31 août 2027. Mme B... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521‑1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cette décision et d’enjoindre au recteur de l'académie d'Orléans-Tours de réexaminer sa situation.
3. D’une part, les mesures prises à l’égard des agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief constituent de simples mesures d’ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu’ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu’ils tiennent de leur statut ou de leur contrat ou à l’exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n’emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu’elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.
4. D’autre part, un changement d’affectation revêt le caractère d’une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l’agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure ainsi que l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.
5. Mme B... soutient que la décision de l’affecter au lycée professionnel Jean‑Félix Paulsen de Châteaudun constitue une sanction déguisée dès lors, d’une part, qu’elle ne peut s’expliquer que par la volonté de l’écarter du lycée polyvalent Rémi Belleau de Nogent‑le‑Rotrou à la suite de la remarque du chef d’établissement selon laquelle son comportement professionnel serait désormais problématique puisqu’elle aurait la volonté d’imposer une hiérarchie à ses collègues, d’autre part, qu’elle porte atteinte à sa situation professionnelle compte tenu de l’éloignement géographique de cet établissement de son lieu de résidence habituelle, sans possibilité d’y accéder au moyen de transport en commun, et enfin, que sa notification tardive, à quelques jours de la reprise administrative des établissements publics locaux d’enseignement, la met dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions et n’a d’autre but que de la pousser à démissionner.
6. Toutefois, si l’affectation de Mme B... au lycée professionnel Jean‑Félix Paulsen de Châteaudun implique un changement d’organisation dans sa vie personnelle, dès lors qu’elle était auparavant, sous couvert de contrats à durée déterminée successifs, affectée dans un établissement proche de son domicile où elle donnait satisfaction, il est constant que les fonctions qu’elle est appelée à accomplir sont celles pour lesquelles elle a été recrutée en contrat à durée indéterminée et que cette nouvelle affectation n’emporte pas de perte de responsabilité ni de rémunération. En outre, Mme B... est affectée dans la zone géographique prévue à son contrat de sorte que cette affectation ne nécessite aucun changement de résidence administrative même si elle implique des trajets domicile-travail plus importants. Par suite, la décision attaquée ne porte pas atteinte aux droits et prérogatives qu’elle tient de son statut ou à l’exercice de ses droits et libertés fondamentaux, et ne présente pas le caractère d’une sanction déguisée. Au surplus, si la requérante fait valoir que cette décision fait suite à un entretien avec le chef d’établissement du lycée polyvalent Rémi Belleau en juin 2026 à l’issue duquel elle a été alertée sur la nécessité de « veiller à avoir des relations plus apaisées avec l’ensemble de son service et avec les agents administratifs, tout comme à faire attention à ne pas imposer des relations hiérarchiques à ses collègues CPE », cette circonstance ne saurait suffire à justifier une volonté de l’administration de la sanctionner en modifiant le lieu de son affectation, et ce alors qu’il n’est pas contesté que cette nouvelle affectation répond à un besoin du lycée concerné.
7. Ainsi, l’affectation de Mme B... au sein du lycée professionnel Jean‑Félix Paulsen de Châteaudun à compter du 1er septembre 2026, qui ne présente pas le caractère d’une sanction disciplinaire déguisée et n’est pas constitutif d’une discrimination, présente le caractère d’une mesure d’ordre intérieur, et est dès lors, insusceptible de recours.
8. Il résulte de ce qui précède que la demande de suspension présentée par Mme B... est irrecevable et que sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au ministre de l'éducation nationale.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie d'Orléans-Tours.
Fait à Orléans, le 1er octobre 2026.
La juge des référés,
Sophie LESIEUX
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2026, Mme A... B... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521‑1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 20 août 2026 par laquelle le recteur de l'académie d'Orléans-Tours l’a affectée au lycée professionnel Jean-Félix Paulsen de Châteaudun du 1er septembre 2026 au 31 août 2027 ;
2°) d’enjoindre au recteur de l'académie d'Orléans-Tours de réexaminer sa situation, dans les sept jours suivant la notification de l’ordonnance à intervenir.
Elle soutient que :
- l’urgence est caractérisée dès lors que la décision attaquée résulte de la volonté de l’administration de l’écarter de l’établissement dans lequel elle est affectée depuis quatre ans sans qu’aucun grief ne lui soit reproché suite à l’entretien qu’elle a eu avec le chef d’établissement, que l’établissement dans lequel elle est affectée n’est pas accessible en transport en commun, rendant impossible l’exercice normal de ses fonctions et que la situation a altéré sa santé mentale imposant son placement en arrêt de travail ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée laquelle est constitutive d’une sanction déguisée dès lors que son comportement professionnel a soudainement été considéré comme problématique en juin 2026 par le chef d’établissement, que la décision d’affectation porte atteinte à sa situation professionnelle dans la mesure où le lycée professionnel Jean-Félix Paulsen est situé à une heure de son domicile, inaccessible en transport en commun et que la notification tardive de cette décision n’a d’autre but que de la pousser à la démission.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2026 à 10h13, le recteur de l'académie d'Orléans-Tours conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requérante ne justifie pas d’une situation d’urgence en soutenant, sans preuve à l’appui, que son affectation résulte d’une volonté de l’administration de l’écarter de son établissement d’origine ; en outre, son lieu d’affectation est accessible en transport en commun contrairement à ce qu’elle affirme et elle ne démontre pas que ses deux enfants à charge font des études supérieures et ne précise pas en quoi cette situation implique sa présence au domicile ni les conséquences financières de la nouvelle affectation au regard des ressources et charges de son foyer ; enfin, aucune production versée au débat ne permet d’apprécier la nature, la gravité et l’imminence des conséquences de l’exécution de la décision attaquée sur sa santé ;
- la décision attaquée n’est entachée d’aucune illégalité au regard de l’article R. 331‑6 du code général de la fonction publique et de la circulaire DGRH B1-3 n°2017-038 du 20 mars 2017 relative aux conditions de recrutement et d’emploi des agents contractuels recrutés pour exercer des fonctions d’enseignement, d’éducation et de psychologues dans les écoles, les établissements publics d’enseignement du second degré ou les services relevant du ministre chargé de l’éducation nationale, dès lors qu’elle a été recrutée en contrat à durée indéterminée pour exercer ses fonctions au sein de la zone géographique de l’académie d’Orléans-Tours, que son rattachement administratif au lycée polyvalent Rémi Belleau de Nogent-le-Rotrou ne lui confère aucun droit d’exercer ses fonctions dans ce seul établissement et que sa nouvelle affectation répond à l’intérêt du service puisque le lycée Jean-Félix Paulsen de Châteaudun disposait de deux postes de CPE vacants à la rentrée scolaire 2026-2027 du fait du départ et de l’arrêt maladie des deux précédents CPE ;
- la décision attaquée ne constitue pas davantage une sanction déguisée dès lors que l’affectation de la requérante ne porte pas atteinte à sa situation professionnelle et n’engendre pas de diminution de ses droits ou avantages, les observations de son chef d’établissement ne sont que de simples recommandations relevant de l’exercice normal du pouvoir hiérarchique et la requérante manque à étayer des éléments objectifs permettant de distinguer les nécessités de fonctionnement du service d’une intention de la sanctionner, enfin, la notification de la décision le 20 août 2026 s’explique exclusivement par des contraintes de règles de gestion administrative et budgétaire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 17 septembre 2026 sous le n° 2605774 par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lesieux, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue le 30 septembre 2026 à 14h00, en présence de M. Meteau, greffier d’audience, Mme Lesieux a lu son rapport et a informé les parties, en application de l’article R. 611-7 et de l’article R. 522‑9 du code de justice administrative, qu’elle était susceptible de fonder son ordonnance sur un moyen d’ordre public relevé d’office tiré de ce que la décision attaquée, qui ne présente pas le caractère d’une sanction disciplinaire déguisée et n’est pas constitutif d’une discrimination, présente le caractère d’une mesure d’ordre intérieur insusceptible de recours.
Ont été entendues :
- les observations de Mme B... qui indique ne pas avoir compris les raisons de la décision attaquée alors qu’il y avait des postes à pourvoir au sein du lycée de Nogent-le-Rotrou où elle était affectée depuis plusieurs années, ni les reproches qui lui ont été faits concernant la mésentente entre CPE, fait valoir que la ligne de bus existante en direction de Châteaudun ne lui permet pas d’assurer un service avec internat et qu’elle n’a plus de véhicule et confirme avoir deux enfants dont l’un vit à Metz et l’autre au Mans ;
- les observations de M. C... et de M. D..., dûment mandatés, représentant le recteur de l’académie d’Orléans-Tours qui précise que la requérante n’est pas fondée à se prévaloir d’une situation d’urgence alors qu’elle est en arrêt de travail jusqu’au 7 octobre prochain, que le lycée de Châteaudun avait un besoin urgent de recruter des CPE, et que la décision de gestion qui a été prise s’inscrit dans le cadre du contrat conclu.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience à 14h16, dans les conditions prévues à l’article R. 522‑8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521‑1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».
2. Mme B... a été recrutée par contrats à durée déterminée successifs, à compter du 1er septembre 2022, en vue d’exercer les fonctions de conseiller principal d’éducation au lycée polyvalent Rémi Belleau de Nogent-le-Rotrou. Puis, le 6 mars 2026, elle a signé avec le recteur de l’académie d’Orléans-Tours un contrat à durée indéterminée en vue d’exercer, à compter du 1er septembre 2026, les mêmes fonctions dans la zone académique. Par une décision du 20 août 2026, le recteur de cette académie l’a affectée au lycée professionnel Jean-Félix Paulsen de Châteaudun du 1er septembre 2026 au 31 août 2027. Mme B... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521‑1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cette décision et d’enjoindre au recteur de l'académie d'Orléans-Tours de réexaminer sa situation.
3. D’une part, les mesures prises à l’égard des agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief constituent de simples mesures d’ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu’ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu’ils tiennent de leur statut ou de leur contrat ou à l’exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n’emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu’elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.
4. D’autre part, un changement d’affectation revêt le caractère d’une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l’agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure ainsi que l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.
5. Mme B... soutient que la décision de l’affecter au lycée professionnel Jean‑Félix Paulsen de Châteaudun constitue une sanction déguisée dès lors, d’une part, qu’elle ne peut s’expliquer que par la volonté de l’écarter du lycée polyvalent Rémi Belleau de Nogent‑le‑Rotrou à la suite de la remarque du chef d’établissement selon laquelle son comportement professionnel serait désormais problématique puisqu’elle aurait la volonté d’imposer une hiérarchie à ses collègues, d’autre part, qu’elle porte atteinte à sa situation professionnelle compte tenu de l’éloignement géographique de cet établissement de son lieu de résidence habituelle, sans possibilité d’y accéder au moyen de transport en commun, et enfin, que sa notification tardive, à quelques jours de la reprise administrative des établissements publics locaux d’enseignement, la met dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions et n’a d’autre but que de la pousser à démissionner.
6. Toutefois, si l’affectation de Mme B... au lycée professionnel Jean‑Félix Paulsen de Châteaudun implique un changement d’organisation dans sa vie personnelle, dès lors qu’elle était auparavant, sous couvert de contrats à durée déterminée successifs, affectée dans un établissement proche de son domicile où elle donnait satisfaction, il est constant que les fonctions qu’elle est appelée à accomplir sont celles pour lesquelles elle a été recrutée en contrat à durée indéterminée et que cette nouvelle affectation n’emporte pas de perte de responsabilité ni de rémunération. En outre, Mme B... est affectée dans la zone géographique prévue à son contrat de sorte que cette affectation ne nécessite aucun changement de résidence administrative même si elle implique des trajets domicile-travail plus importants. Par suite, la décision attaquée ne porte pas atteinte aux droits et prérogatives qu’elle tient de son statut ou à l’exercice de ses droits et libertés fondamentaux, et ne présente pas le caractère d’une sanction déguisée. Au surplus, si la requérante fait valoir que cette décision fait suite à un entretien avec le chef d’établissement du lycée polyvalent Rémi Belleau en juin 2026 à l’issue duquel elle a été alertée sur la nécessité de « veiller à avoir des relations plus apaisées avec l’ensemble de son service et avec les agents administratifs, tout comme à faire attention à ne pas imposer des relations hiérarchiques à ses collègues CPE », cette circonstance ne saurait suffire à justifier une volonté de l’administration de la sanctionner en modifiant le lieu de son affectation, et ce alors qu’il n’est pas contesté que cette nouvelle affectation répond à un besoin du lycée concerné.
7. Ainsi, l’affectation de Mme B... au sein du lycée professionnel Jean‑Félix Paulsen de Châteaudun à compter du 1er septembre 2026, qui ne présente pas le caractère d’une sanction disciplinaire déguisée et n’est pas constitutif d’une discrimination, présente le caractère d’une mesure d’ordre intérieur, et est dès lors, insusceptible de recours.
8. Il résulte de ce qui précède que la demande de suspension présentée par Mme B... est irrecevable et que sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au ministre de l'éducation nationale.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie d'Orléans-Tours.
Fait à Orléans, le 1er octobre 2026.
La juge des référés,
Sophie LESIEUX
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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