lundi 15 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2000821 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP SAMMUT CROON JOURNÉ-LÉAU |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 22 avril 2020, sous le n°2000821, et un nouveau mémoire déposé le 23 avril 2020, Mme A D représentée par Me Périer Chapeau demande au juge des référés,
1°) statuant au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner in solidum le centre hospitalier de Troyes et la société hospitalière d'assurances
mutuelles à lui verser à titre de provision la somme de 40 000 euros à valoir sur la réparation des conséquences dommageables imputables aux fautes commises par ce centre hospitalier ;
2°) de mettre les entiers dépens à la charge in solidum du centre hospitalier de Troyes et de la société hospitalière d'assurances mutuelles ;
3°) statuant au titre de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'ordonner une expertise ;
4°) de mettre à la charge in solidum du centre hospitalier de Troyes et de la société hospitalière d'assurances mutuelles le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- s'agissant d'une requête en référé expertise provision, aucune décision préalable ne peut être jointe à son envoi ;
- le centre hospitalier de Troyes a commis des fautes à l'occasion de sa prise en charge les 20 et 21 décembre 2015 ;
- son état n'est finalement pas consolidé en raison des soins de reconstruction en cours ;
- elle est néanmoins fondée à solliciter le versement d'une première provision à valoir
sur l'indemnisation de ses entiers préjudices et ce, au regard des préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux d'ores et déjà subis.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2020, le centre hospitalier de Troyes et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), représentés par la SCP Sammut Croon Journé-Léau, concluent au rejet des conclusions aux fins de provision et déclarent ne pas s'opposer à une mesure d'expertise aux frais avancés par la requérante, en complétant la mission de l'expert.
II. Par une requête enregistrée le 21 juillet 2022, sous le n°2201710, Mme A D représentée par Me Périer Chapeau demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner conjointement le centre hospitalier de Troyes et son assureur la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser la somme de 150 000 euros à titre de provision à valoir sur l'indemnisation des préjudices corporels et patrimoniaux qu'elle a subis à la suite de la faute commise par l'établissement de santé au moment de sa prise en charge ;
2°) de mettre à la charge conjointe du centre hospitalier et de son assureur la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et en cas d'exécution forcée, de condamner conjointement le centre hospitalier de Troyes et la SHAM à supporter les sommes retenues par l'huissier par application des articles A. 444-31 et suivants du code du commerce, en sus de l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de dire l'ordonnance commune et opposable aux organismes sociaux et à la Mutuelle Aubéane.
Mme D soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Troyes est engagée sur le fondement de la faute en application du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- le centre hospitalier a méconnu son obligation de délivrer des soins consciencieux, dévoués et conformes aux données acquises de la science prévue à l'article L. 1110-5 du code de la santé publique ; le 21 décembre 2015, le centre hospitalier a commis une faute dans le fonctionnement et l'organisation du service en la laissant face à une aide-soignante qui n'a pas pris en compte ses plaintes, ni sollicité un avis médical ; cette négligence a inexorablement conduit à la réalisation d'une seconde faute, celle de ne pas avoir ouvert en urgence le pansement afin de permettre de lever la compression mécanique à l'origine des séquelles subies ;
- l'expert missionné par le juge des référés du tribunal administratif a conclu à l'imputabilité des séquelles aux manquements du centre hospitalier de Troyes en ce que ses dommages sont liés à la négligence lors de la consultation du 21 décembre 2015 à 23h50 où la compression mécanique au niveau du pansement de la main a été négligée ; il existe un lien direct et exclusif entre l'absence de révision du pansement et les lésions survenues au niveau de la main gauche au décours de l'évolution de la brûlure dont elle a été victime le 19 décembre 2015 ; l'expert ajoute qu'en présence de soins conformes aux règles de l'art, elle n'aurait conservé aucune limitation fonctionnelle de sa main et qu'il s'agit de manquements flagrants sans notion d'aléa ;
- la demande de provision ne se heurte à aucune contestation sérieuse et son droit à réparation à l'encontre du centre hospitalier de Troyes et de son assureur la SHAM doit être considéré comme intégral ;
- au titre des dépenses de santé actuelles, les frais médicaux en lien avec la faute ont été pris en charge par la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne mais une somme de 7 954,98 euros au moins est restée à sa charge dont elle est en droit de demander le remboursement ;
- les frais exposés pour l'assistance par deux médecins conseils, un chirurgien de la main et un psychiatre, au cours des opérations d'expertise, assistance qui a été utile, et les frais de transport en train, en taxi et en voiture particulière pour se rendre aux rendez-vous médicaux et aux hospitalisations doivent être mis à la charge du centre hospitalier à concurrence de la somme de 6 138,30 euros au moins ;
- l'indemnisation de l'aide par tierce personne avant consolidation et en lien avec la faute, aide retenue par l'expert, correspond à 824 heures et doit être fixée pour la période antérieure à la consolidation à la somme de 17 130,24 euros, sans aucune déduction dès lors qu'elle n'a pas bénéficié de la prestation compensatoire du handicap ;
- les frais médicaux futurs correspondant à quinze séances de psychothérapie doivent être pris en charge par le centre hospitalier et ces dépenses s'élèveront à 825 euros au moins ;
- le préjudice résultant de l'aide à la tierce personne pour la période postérieure à la consolidation fixée le 17 juillet 2020, besoin évalué à 2 heures par semaine par l'expert, doit être indemnisé à hauteur de 7 656 euros au moins ; elle sera, en effet, en droit de percevoir une annuité de 2552 euros, ce qui représentera un capital de 148 784,15 euros calculé à partir d'un euro de rente viager de 58,301 pour une femme âgée de 27 ans ;
- elle supporte un préjudice dans le déroulement de ses études universitaires qui lui ouvre droit au versement de la somme de 60 000 euros au moins ; en effet, elle a perdu 5 années d'études universitaires, les 3 premières années à l'issue desquelles les interventions chirurgicales qu'elle a supportées ne lui ont pas permis de valider sa licence et donc d'obtenir un diplôme universitaire de 1er cycle, puis 2 années pendant lesquelles ses opérations à répétition et son état dépressif réactionnel ne lui ont pas permis de reprendre une quelconque formation ; elle a abandonné son projet d'obtenir un diplôme de maître de conférence et a dû se résoudre à une réorientation vers l'obtention du DAEFLE dont les perspectives professionnelles ne correspondent pas à son projet initial d'exercer l'emploi de traductrice à l'ONU ;
- le dommage qu'elle a subi a retardé son intégration dans la vie professionnelle et son handicap restreint ses capacités de travail, ce qui lui fait subir une perte de chance de carrière qui justifie d'une indemnisation de 50 000 euros au moins ;
- les frais d'adaptation du véhicule, qui sont imputables pour leur totalité à la faute de l'hôpital, doivent être évalués aux montants respectifs de 3 109,90 euros et de 27 262,64 euros, cette dernière somme étant calculée sur la base d'un renouvellement du véhicule tous les sept ans ;
- le déficit fonctionnel temporaire en lien avec la faute doit être estimé au regard des conclusions de l'expert à 12 162,25 euros ;
- les souffrances endurées, évaluées par l'expert à un degré de 5 sur une échelle de 7 justifient au moins, compte tenu de la durée au cours de laquelle elles ont été supportées et du retentissement psychologique, d'une indemnisation de 20 000 euros ;
- le préjudice esthétique temporaire estimé à 4 sur 7 par l'expert est important compte tenu de l'atteinte à son apparence chez une jeune femme de 19 ans et de l'atteinte à l'estime de soi ; une somme de 6 000 euros au moins constituera une juste réparation ;
- le déficit fonctionnel permanent dont la réparation doit prendre en compte tant le déficit physiologique que les douleurs permanentes, chiffré à 22% par l'expert, doit être évalué à 69 190 euros ;
- le préjudice esthétique permanent qu'elle supporte, caractérisé par un annulaire amputé, les autres doigts rétractés et la peau abîmée par les greffes et les cicatrices opératoires ainsi que l'atteinte esthétique causée par les prélèvements opérés sur sa cuisse gauche et la zone ilio- inguinal sera réparé par le versement d'une somme de 8 000 euros au moins ;
- le préjudice d'agrément, dont le rapport d'expertise confirme l'existence, et le préjudice sexuel, doivent donner lieu à la condamnation du centre hospitalier à hauteur, respectivement, de 15 000 euros et de 3 000 euros.
Par un mémoire enregistré le 30 août 2022 et un autre mémoire déposé le 2 novembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne représentée par Me Vaucois demande au tribunal administratif de condamner conjointement le centre hospitalier de Troyes et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), son assureur, à lui verser à titre de provision la somme de 20 731,43 euros assortie des intérêts au taux légal, et de la capitalisation de ces intérêts, au titre des prestations qu'elle a servies au profit de son assurée ainsi que la somme de 1 114 euros correspondant à l'indemnitaire forfaitaire de gestion et de mettre à la charge conjointe du centre hospitalier et de la SHAM la somme globale de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La caisse soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Troyes résulte indubitablement des divers rapports d'expertise ; le centre hospitalier a commis des manquements aux règles de l'art médical, d'une part, du fait d'une anomalie dans l'organisation et le fonctionnement du service en raison de l'absence d'alerte du médecin urgentiste de la présence d'une patiente traitée pour une brûlure de la main gauche et présentant une évolution anormale au niveau du pansement, d'autre part, de la conséquence de cette anomalie qui a conduit à ne pas contrôler le pansement car la simple ablation de ce dernier aurait permis d'éviter l'évolution malheureuse ayant consisté en l'amputation de l'annulaire gauche de la requérante ;
- elle est en droit sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, d'engager une action en remboursement des prestations qu'elle a servies à son assurée par subrogation aux droits de la victime ;
- son recours subrogatoire ne concerne que des frais de dépenses de santé en lien avec les manquements aux règles de l'art du centre hospitalier ainsi que le démontre l'attestation d'imputabilité produite ;
- l'attestation d'imputabilité qui émane du médecin conseil du contrôle médical revêt un caractère probant.
Par des mémoires en défense enregistrés le 25 août et le 1er septembre 2022, le centre hospitalier de Troyes et la SHAM représentés par la SCP Sammut Croon Journé-Léau avocat, concluent au rejet de la requête de Mme D et des conclusions formées par la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne.
Ils soutiennent que :
- il existe une contestation sérieuse sur le principe même de la responsabilité du centre hospitalier qui s'oppose aux demandes de provision formées tant par Mme D que par la CPAM du Val-de-Marne ; ils ont contesté à de nombreuses reprises les conclusions de l'expert désigné tant à l'occasion des deux procédures d'expertise qu'à l'occasion de la précédente demande de provision formée par Mme D ; si la requérante indique fonder sa demande de provision sur les conclusions du rapport de l'expertise confiée au docteur E, qui a exclu l'existence d'un syndrome des loges et a conclu à une faute de ses services, la requérante a elle-même rappelé que l'expert désigné par son assureur, avait d'abord conclu tout au contraire à l'existence d'un syndrome des loges et à des manquements imputables au praticien qui l'avait prise en charge à la clinique de la main à Troyes ;
- dans leur dire n°4 récapitulatif en date du 6 mai 2019 accompagné des dires des docteurs B du 10 avril 2019 et C du 12 avril 2019, le docteur C, spécialisé en dermatologie dont l'avis avait été demandé dès le lendemain de la prise en charge de la patiente aux urgences du centre hospitalier a identifié un syndrome des loges " incipiens " avec des zones de nécrose et un aspect inflammatoire ; le médecin avait alors adressé la patiente en urgence à la clinique de la main avec la proposition de réalisation d'incisions de décharge et ablation des ilots de nécrose mais la clinique l'avait renvoyée à son domicile avec un pansement, sans intervention chirurgicale immédiate ni hospitalisation en observation aux fins d'assurer la continuité des soins ; le praticien concluait donc que les complications survenues étaient imputables à l'évolution de ce syndrome des loges qui avait finalement été traité chirurgicalement avec retard, rendant alors nécessaire la réalisation de grandes incisions pour évacuer l'œdème compressif et sauver les doigts restants ; le docteur C excluait catégoriquement que le pansement textile posé l'après-midi ait pu être à l'origine de l'œdème ;
- de son côté, le docteur B a fait le point sur l'état de la fréquentation du service des urgences lors du second passage de la patiente et a ainsi eu l'information que le 21 décembre 2015, lors de son arrivée, il y avait 50 patients en salle d'attente et 11 en circuit entre 23h30 et 2h du matin, que l'équipe médicale présente se composait d'une infirmière et d'une aide-soignante à l'accueil, de deux médecins séniors et de deux internes, outre un interne en pédiatrie, et un interne en gynécologie en astreinte dans le service ; le dossier des urgences a révélé que Mme D avait bénéficié d'une évaluation de la douleur à deux reprises à 23h52 et à 0h39 ; entre 0h39 et 1h39, la patiente avait été rappelée mais ne s'était pas présentée sans qu'il soit possible de déterminer l'heure exacte de son départ de sa propre initiative ; le dossier avait donc été clôturé à 1h39 sans qu'ait pu être réalisée une consultation par une infirmière ou un médecin de soins du fait du départ spontané de Mme D ; celle-ci a reconnu être rentrée chez elle car elle ne voulait pas attendre le médecin qui n'était pas immédiatement disponible ;
- au regard de ces éléments, Mme D ne rapporte pas la preuve d'une faute imputable à l'établissement de santé, ni du lien de causalité avec les préjudices invoqués.
La procédure a été communiquée le 12 août 2022 à la Mutuelle Aubéane qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code monétaire et financier ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Cristille, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que, le 19 décembre 2015 en fin d'après-midi, Mme D alors âgée de 19 ans s'est brûlée à la main gauche avec l'eau chaude du robinet, au niveau de la face dorsale de la main. Elle s'est rendue le lendemain, 20 décembre 2015 vers 13h15, au service des urgences du centre hospitalier de Troyes où elle a été vue par une infirmière et par un médecin urgentiste. Des soins locaux lui ont été administrés, un antalgique prescrit et un rendez-vous fixé pour le lendemain avec le service de dermatologie de l'hôpital. Le 21 décembre 2015, le praticien du service de dermatologie du centre hospitalier de Troyes évoquait, à l'examen, une brûlure grave et un syndrome des loges, et il adressait la patiente à la clinique de la main de Troyes où celle-ci a été examinée le jour même. Un pansement a été réalisé avec des compresses humides et de la Biafine. Un antibiotique a été prescrit à la patiente. Cependant, le soir même, Mme D a ressenti des douleurs à la main et leur intensité de plus en plus importante a conduit l'intéressée à se rendre au service des urgences du centre hospitalier de Troyes vers 23h50. La patiente a quitté le service des urgences à 1h39 de sa propre initiative sans avoir été vue par un médecin ni avoir bénéficié d'un contrôle de l'état de sa main par l'ouverture du pansement. Le 22 décembre 2015, compte-tenu de l'exacerbation des douleurs, elle s'est présentée aux environs de 9h à la clinique de la main. Au vu de l'examen réalisé et du diagnostic posé de syndrome des loges massif, Mme D y a été hospitalisée et opérée le jour même. Le 23 décembre 2015, Mme D a été réopérée et amputée de l'annulaire en raison d'une ischémie avec nécrose et pour éviter des complications septiques. Le 26 décembre 2015, Mme D a été autorisée à quitter la clinique avec prescription de soins locaux et des traitements antibiotique et antalgique. Une rééducation a été entreprise à partir du 30 décembre 2015. Le 22 février 2016, au cours de soins infirmiers, l'infirmière a décelé une mise à nu de l'articulation au niveau du 5ème doigt. Le praticien de la clinique de la main a décidé de réaliser une intervention d'arthrodèse le 26 février 2016. Du 23 janvier 2018 au 8 février 2019, Mme D a subi six nouvelles interventions chirurgicales de reconstruction avec une greffe de peau prélevée à l'aine. Mme D qui souffre d'un état dépressif, conserve des douleurs au niveau de la main gauche en cas de mobilisation active du poignet ou des doigts de la main gauche, des douleurs " fantôme " au niveau du doigt amputé et éprouve une raideur ainsi qu'une limitation importante de la mobilité des doigts restants. Elle se plaint également de douleurs et de sensations de démangeaison au pli de l'aine correspondant à la cicatrice du prélèvement de la greffe de peau. Mme D a saisi le 8 janvier 2019 le juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'une demande d'expertise au contradictoire du centre hospitalier de Troyes. L'expert désigné par ordonnance du 8 janvier 2019 a déposé son rapport le 13 mai 2019. Sur une nouvelle saisine du 22 avril 2020, enregistrée sous le n°2000821 où Mme D demandait au juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne de condamner le centre hospitalier de Troyes à lui verser à titre de provision la somme de 40 000 euros, le tribunal a ordonné une nouvelle expertise avec comme chefs de mission de déterminer une date de consolidation et de fixer l'étendue des préjudices. Le second rapport a été déposé le 12 mai 2021 et retient que l'état de Mme D est consolidé à la date du 17 juillet 2020. Dans l'instance enregistrée sous le n°2201710, Mme D demande au tribunal de condamner sur le fondement de la faute, le centre hospitalier de Troyes et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), assureur de l'hôpital, à lui verser une indemnité provisionnelle de 150 000 euros à valoir sur son entier préjudice corporel. La caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne a présenté des conclusions tendant à ce que soit mise à la charge conjointe du centre hospitalier de Troyes et de la SHAM, à titre de provision, la somme de 20 731,43 euros en remboursement de prestations exposées pour le compte de son assurée et une somme de 1 114 euros au titre l'indemnité forfaitaire de gestion. En défense, le centre hospitalier de Troyes et la SHAM, devenue la société Relyens Mutual Insurance, concluent au rejet de la requête en l'absence de faute du service médical.
2. Les requêtes susvisées n°2000821 et n°22001710 présentées par Mme D, ont le même objet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.
Sur les conclusions de Mme D aux fins de provision :
3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.
En ce qui concerne l'existence d'une obligation non sérieusement contestable :
4. En application du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie de ce code ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute, hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé.
5. Il résulte de l'instruction, notamment des conclusions circonstanciées et argumentées du rapport de l'expertise ordonnée le 8 janvier 2019 et confiée au professeur E, chirurgien de la main, lequel avait précédemment été appelé à se prononcer sur la prise en charge de Mme D par une ordonnance du 14 mars 2017 du tribunal de grande instance de Troyes et dont l'analyse est constante, que les lésions séquellaires supportées par Mme D sont le résultat d'une complication survenue au cours de l'évolution de la brûlure. Les éléments de l'instruction font apparaître que cette complication est la conséquence d'une compression mécanique liée au pansement posé à la clinique de la main, qui n'a pas été ouvert lors de la consultation du 21 décembre 2015 au service des urgences du centre hospitalier de Troyes. Si le centre hospitalier impute l'évolution anormale de la brûlure à un syndrome des loges au niveau de la main, les conclusions de l'expertise sur ce point et les réponses de l'expert aux dires qui retiennent que ce type de complications peu fréquentes et qui ne se rencontrent qu'en cas de brûlure grave n'est pas compatible avec l'intensité de la brûlure subie, les constatations rapportées par l'expert portant sur l'évolution délétère de l'état de la lésion et de la nécrose cutanée, et sur l'évolution des douleurs de la patiente d'abord absentes dans les suites immédiates de la pose du pansement puis apparaissant 8 heures plus tard et s'intensifiant progressivement jusqu'à devenir insupportables, permettent de réfuter cette hypothèse au profit de celle d'une compression locale.
6. Il résulte également de l'instruction que si la compression liée au pansement est un évènement médical indésirable, cet évènement ne révèle pas en soi l'existence d'une faute et il peut y être remédié sans séquelle si le pansement est refait au moindre signalement de l'existence d'une douleur ou d'une sensation d'inconfort. En l'espèce, ainsi qu'il a été rappelé au point 1, Mme D s'est rendue le 21 décembre 2015 à 23h50 au service des urgences du centre hospitalier de Troyes mais le pansement n'a pas été ouvert ni l'état clinique de la main contrôlé en dépit de l'intensité des douleurs ressenties évaluées à 10 et la patiente n'a pas été examinée par un médecin. Cette situation révèle un dysfonctionnement dans l'organisation du service dès lors que le médecin urgentiste n'a pas été alertée de la présence d'une patiente traitée pour une brûlure de la main et présentant une évolution anormale. Ainsi la prise en charge du centre hospitalier a été défaillante et est constitutive d'une faute dans l'organisation du service de nature à engager la responsabilité de l'établissement de santé et de son assureur.
7. Certes, le centre hospitalier soutient que le choix de la patiente de quitter l'hôpital aux alentours de 1h39 sans attendre d'être examinée par un médecin rompt le lien de causalité. Il résulte de l'instruction qu'à son arrivée aux urgences du centre hospitalier le 21 décembre 2015, la patiente a été " classée ", après évaluation de la douleur, " CIMU 3 ", c'est à dire comme devant être examinée dans les 60 à 90 minutes. Toutefois, la patiente a attendu 1h41 sur une chaise en salle d'attente sans être invitée à se rendre dans un box et n'a pas bénéficié malgré l'importance des douleurs supportées a minima de l'ouverture du pansement. Compte tenu de la sous-estimation de sa situation qui a pu tromper la patiente sur la gravité de son état et alors que celle-ci soutient sans être sérieusement contredite qu'elle a été informée par le personnel des urgences qu'il n'y avait pas de chirurgien disponible et que son pansement ne pourrait pas être contrôlé avant le lendemain matin, il ne peut être reproché à Mme D une quelconque responsabilité dans la survenue du dommage pour avoir décidé de quitter le service des urgences avant d'avoir été examinée. Ainsi et alors que l'instruction fait ressortir qu'en présence de soins conformes aux règles de l'art, la patiente n'aurait conservé aucune limitation fonctionnelle au niveau de sa main, il existe ainsi un lien direct et certain entre l'absence d'ouverture du pansement et les lésions que la requérante a supportées et présente encore. Dans ces conditions, Mme D peut se prévaloir d'une obligation non sérieusement contestable à l'encontre du centre hospitalier de Troyes et de son assureur la SHAM.
En ce qui concerne le montant de la provision :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant aux dépenses de santé actuelles :
8. Mme D sollicite le versement d'une somme de 7 954,98 euros au titre de dépenses de santé actuelles qui n'ont pas été prises en charge par l'assurance maladie et par sa mutuelle. Toutefois, il résulte de l'instruction notamment de l'état définitif des débours de la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne et de la liste des dépenses médicales prises en charge par la Mutuelle Aubeane que la somme demandée par l'intéressée à ce titre n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 396 euros seulement, correspondant à des frais d'attèle sur mesure et à des frais de gants compressifs.
Quant aux frais divers :
9. Il résulte de l'instruction que Mme D a exposé des frais pour se faire assister d'un médecin conseil aux opérations d'expertise qui se sont déroulées les 30 septembre 2020, 26 novembre 2020 et 27 janvier 2021 et qui ont porté sur les modalités de sa prise en charge par le centre hospitalier. Ces frais présentant un caractère d'utilité, l'obligation dont se prévaut la requérante à ce titre n'est pas sérieusement contestable. Eu égard aux factures produites, la requérante peut prétendre à être indemnisée de ces prestations dont le coût s'est élevé en tout à 4 860 euros. Dès lors, Mme D est fondée à demander une provision de 4 860 euros à ce titre.
Quant aux frais de déplacement :
10. Mme D demande également à être indemnisée de ses frais de déplacements et de ceux de membres de son entourage qui l'ont accompagnée pour se rendre à des rendez-vous médicaux et au moment des admissions à l'hôpital. Toutefois, ces frais de transport ne sont pas précisément listés et les éléments versés au dossier à savoir plusieurs copies de titre de transport ne permettent pas de rattacher ces déplacements, compte tenu de leurs dates, à des actes ou à des hospitalisations identifiées dans les deux rapports d'expertise comme nécessités par l'état de la main gauche de la requérante. En outre, la caisse primaire d'assurance maladie a mentionné des frais de transport dans les prestations payées à son assurée. Par suite, en l'état de l'instruction, l'évaluation du montant de la provision résultant des frais de déplacements présentant un caractère incertain, la demande de provision présentée à ce titre doit être rejetée.
Quant à l'assistance par tierce personne avant consolidation :
11. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise déposé le 12 mai 2021, que Mme D a eu besoin d'une aide humaine non spécialisée qui a été assurée par ses proches durant la période de déficit fonctionnel temporaire partiel compte tenu des limitations rencontrées résultant de l'atteinte au niveau de la main, des pansements et du port d'une orthèse. Il résulte du rapport d'expertise que ce besoin en tierce personne a été de 1h30 par jour durant les périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % soit pendant 137 jours. Pour les périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel de 25%, ce besoin peut être estimé à 6 heures par semaine pendant les 8 jours qui ont suivi chacune des interventions chirurgicales soit pendant 7 semaines et à 4 heures par semaine pour les autres périodes jusqu'à la consolidation soit durant 206 semaines. Dès lors, il y a lieu de tenir pour non sérieusement contestable l'indemnisation provisionnelle de ce préjudice.
12. Eu égard à un taux horaire moyen de rémunération des personnes à employer tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche pour les périodes en cause, qui peut être fixé à 14,65 euros et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés ou d'une base de 57 semaines correspondant à une année calendaire augmentée de cinq semaines de congés payés, week-ends compris, la créance de l'intéressée au titre de son besoin d'assistance par tierce personne temporaire n'est pas sérieusement contestable, dans le cadre de la présente action en référé, à hauteur de la provision demandée de 17 130,24 euros.
Quant aux dépenses de santé futures :
13. S'il résulte de l'instruction que Mme D devra continuer des séances de psychothérapie en lien avec le retentissement psychologique du dommage imputable à la faute de l'hôpital et si elle demande le versement d'une provision de 825 euros au titre des dépenses de santé futures, le montant des sommes qui ne sera pas pris en charge par l'assurance maladie ou par sa mutuelle à ce titre n'est pas établi. Dans ces conditions, l'état de l'instruction ne permet pas d'établir la réalité du préjudice allégué par Mme D ni, par suite, le caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont elle se prévaut à cet égard.
Quant à l'assistance par tierce personne après consolidation :
14. Il résulte de l'instruction et notamment des conclusions de l'expert que l'état de Mme D, dont la consolidation peut être fixée au 17 juillet 2020 justifie l'assistance par une tierce personne, non spécialisée, pendant une durée de 2 heures par semaine, dès lors que certaines tâches nécessitant l'usage des deux mains tels que les activités de ménage, le port de charges, sont pour elle définitivement impossibles.
15. Compte tenu d'un taux horaire moyen de rémunération des personnes à employer incluant les charges patronales et les majorations de rémunération pour travail du dimanche de 15,78 euros pour la période en cause et sur une base de 57 semaines correspondant à une année calendaire augmentée de cinq semaines de congés payés, week-ends compris, Mme D peut prétendre au titre de ce poste de préjudice à une somme de 5 100 euros pour la période allant du 17 juillet 2020 au 15 mai 2023, date de mise à disposition de la présente ordonnance.
16. En tenant compte des mêmes éléments et d'un taux horaire moyen de 16 euros, ainsi que du coefficient de capitalisation issu du barème de la Gazette du Palais 2022 pour une femme âgée de 27 ans, à la date de la présente ordonnance, soit 81,236, le montant du préjudice tenant au besoin d'assistance tierce personne viager pourra être évalué à un capital de 148 174 euros.
17. Eu égard à tout ce qui a été dit aux points 14 à 16 ci-dessus, la créance de l'intéressée au titre de l'assistance par tierce personne après consolidation n'est pas sérieusement contestable, dans le cadre de la présente action en référé, à hauteur des 7 656 euros demandés.
Quant aux frais de véhicule adapté :
18. L'expert a estimé que les frais de véhicule adapté devaient être pris en considération. Toutefois, Mme D qui ne produit qu'une attestation d'inscription à une auto-école et un avis médical d'aptitude à la conduite n'établit pas disposer d'un titre de conduite. Dans ces conditions, les frais d'adaptation d'un véhicule par une boîte de vitesses automatique et une boule au volant retenus par l'expert ne présentent qu'un caractère virtuel, de sorte que la demande présentée à ce titre ne peut, en l'état, être accueillie.
Quant au préjudice universitaire et de formation :
19. Il résulte de l'instruction qu'en décembre 2015, la requérante suivait une première année de licence en langue étrangère appliquée à l'université de Troyes et que son cursus universitaire a été perturbé par la nécessité de subir des opérations répétées au niveau de la main gauche. Si la requérante a pu valider ses deux premières années, sa troisième année de formation a de nouveau été entravée par les interventions chirurgicales de reconstruction. Mme D a finalement abandonné son cursus sans avoir pu être diplômée en raison des complications notamment psychologiques subies en lien avec la faute du centre hospitalier. Dans ces conditions, et bien qu'elle ait tenté de reprendre une autre formation par la suite, Mme D est en droit d'obtenir le versement d'une provision de 5 000 euros en réparation de son préjudice de formation.
20. S'il résulte de l'instruction que Mme D a dû en raison des conséquences de la faute de l'hôpital modifier son orientation professionnelle et reprendre une formation différente de celle dans laquelle elle s'était initialement engagée, elle ne fait pas état d'un projet professionnel suffisamment abouti lors de la survenance du dommage. Dès lors, l'obligation dont se prévaut Mme D au titre de l'existence du préjudice professionnel consistant à avoir abandonné le projet professionnel d'accéder au métier de traductrice à l'ONU ne peut être regardée comme non sérieusement contestable. Aucune provision ne peut donc être accordée à ce titre.
Quant à l'incidence professionnelle :
21. Le handicap de Mme D limite les professions qu'elle est susceptible d'exercer, ce qui caractérise une dévalorisation sur le marché du travail. Dès lors qu'elle était âgée de 19 ans à la date du 21 décembre 2015, sa créance à l'encontre du centre hospitalier au titre du préjudice d'incidence professionnelle n'est pas contestable à hauteur de 5 000 euros.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux de Mme D :
Quant aux préjudices temporaires :
22. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a supporté, du fait des complications survenues à sa main gauche, un déficit fonctionnel temporaire total de 46 jours, correspondant aux deux hospitalisations à la clinique de la main et aux six hospitalisations à la clinique internationale du Parc Monceau à Paris. Au regard des éléments de l'expertise, Mme D a également supporté un déficit fonctionnel partiel de 50% au cours des périodes post-opératoires immédiates soit pendant 47 jours du 25 décembre 2015 au 9 février 2016 et pendant 15 jours pour chacune des interventions réalisées à compter du 27 février 2016, un déficit fonctionnel à hauteur de 25 % pour le reste de la période du 21 décembre 2015 au 17 juillet 2020 en soustrayant les périodes déjà prises en compte au titre du déficit fonctionnel total ou partiel de 50%. Sur la base d'une réparation du déficit fonctionnel temporaire total à hauteur de 500 euros par mois, l'obligation d'indemnisation du centre hospitalier de Troyes n'est pas contestable à concurrence de 8 000 euros.
23. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expertise, que Mme D a supporté des souffrances physiques en lien avec les douleurs anormales sous pansement après la première consultation, avec les multiples interventions chirurgicales sur une période de trois ans, et en lien avec un syndrome dépressif réactionnel nécessitant des traitements pendant plus de six mois. L'expert a évalué à 5 sur 7 les souffrances physiques et morales endurées par la victime. Compte tenu de cette appréciation, qui ne paraît pas critiquable, le montant non sérieusement contestable de l'obligation dont la requérante peut se prévaloir au titre d'un tel dommage peut être fixé à 11 000 euros.
24. En troisième lieu, selon le rapport d'expertise, le préjudice esthétique temporaire de Mme D doit être chiffré à un degré de 4 sur une échelle de 7. La réparation due au titre d'un tel préjudice peut être évaluée à 3 000 euros. La créance de la requérante n'est donc pas sérieusement contestable à hauteur de cette somme.
Quant aux préjudices permanents :
25. En premier lieu, il ressort des données au dossier que Mme D reste atteinte, du fait des lésions affectant sa main gauche, caractérisées par des raideurs articulaires à l'origine d'un retentissement majeur sur la fonction de préhension et de l'incidence psychologique du dommage d'un déficit fonctionnel permanent global de 22%. Eu égard à la juste appréciation qui peut être faite de ce préjudice, l'obligation du centre hospitalier de Troyes à l'endroit de Mme D n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 30 000 euros.
26. en deuxième lieu, le préjudice esthétique permanent, estimé à 3,5 sur 7 par l'expert, correspond à l'aspect visuel de la main mutilée, caractérisé par la perte d'un doigt et aux cicatrices multiples situées sur les zones de prélèvement des greffes de peau. Il y a lieu de l'évaluer à 4 000 euros.
27. En troisième lieu, il ne résulte ni du rapport d'expertise ni des autres pièces versées à l'instruction que Mme D subirait une perte de libido du fait de son amputation et des séquelles qu'elle conserve. Les répercussions de son image sur sa vie sentimentale, lesquelles ont été indemnisées au titre du préjudice esthétique, ne sauraient caractériser un préjudice sexuel. Il suit de là que les conclusions tendant à la prise en compte d'un tel préjudice, qui ne satisfont pas à la condition posée par l'article R. 541-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
28. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que le handicap dont souffre Mme D est à l'origine d'un préjudice d'agrément, lié à l'incapacité de réaliser des activités dont la réalisation nécessite l'utilisation de la main gauche autrement qu'en prise d'appoint alors que la requérante justifie qu'elle pratiquait le basket-ball en milieu associatif. Dans les circonstances de l'espèce, il peut être fait une juste appréciation du préjudice d'agrément en fixant l'allocation due à l'intéressée à 500 euros.
29. Il résulte de tout ce qui précède que l'obligation non sérieusement contestable du centre hospitalier de Troyes et de son assureur à l'égard de Mme D s'élève à la somme globale de 96 542,24 euros. Il y a lieu de condamner conjointement le centre hospitalier et son assureur à verser à Mme D une provision de ce montant.
Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne :
En ce qui concerne le remboursement des débours :
30. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne peut prétendre au remboursement, par le centre hospitalier de Troyes et son assureur, des débours qu'elle a exposés pour le compte de Mme D et qui sont en lien direct et certain avec la prise en charge défaillante du 21 décembre 2015. Il résulte de l'instruction et de l'attestation d'imputabilité produite par la CPAM du Val-de-Marne que celle-ci justifie avoir pris en charge, au titre des dépenses de santé actuelles, des frais d'hospitalisation, des honoraires médicaux, des frais de pharmacie, des frais d'appareillage et de transport d'un montant de 20 731,43 euros. Ces débours sont cohérents au regard des périodes de référence telles qu'elles ressortent des rapports d'expertise La caisse est en droit d'obtenir le remboursement de ces frais qui se rattachent de manière non sérieusement contestable à la faute commise.
31. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Troyes et la société Relyens Mutual Insurance doivent être condamnés conjointement au versement d'une provision de 20 731,43 euros à la CPAM du Val-de-Marne.
En ce qui concerne la demande de paiement des intérêts au taux légal :
32. La caisse primaire d'assurance maladie demande que la provision qui lui sera allouée soit assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir. Toutefois, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, toute décision juridictionnelle prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification. Dès lors, la demande de la caisse primaire tendant à l'octroi d'intérêts est, telle qu'elle est formulée, dépourvue d'objet.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
33. En vertu du dernier alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne a droit au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion. Sa créance invoquée d'une montant de 1 114 euros de ce chef n'est donc pas sérieusement contestable.
Sur les dépens :
34. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ". Aux termes de l'article R. 621-13 du même code : " () Dans le cas où les frais d'expertise () sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance () ".
35. S'agissant des frais d'expertise, il n'appartient pas au juge des référés statuant en matière de provision de se prononcer sur les dépens, qui relèvent d'une instance au fond. Par suite, les conclusions présentées par Mme D dans l'instance n°2000821 relatives aux dépens, doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
36. Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu de mettre à la charge conjointe du centre hospitalier de Troyes et de la société Relyens Mutual Insurance, son assureur, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, d'une part le versement à Mme D de la somme de 1 500 euros et d'autre part, le versement à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne de la somme de 1 200 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Troyes et la société Relyens Mutual Insurance sont conjointement condamnés à payer à Mme D la somme de 96 542,24 euros, à titre de provision sur la réparation de son entier préjudice.
Article 2 : Le centre hospitalier de Troyes et la société Relyens Mutual Insurance sont conjointement condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne une indemnité provisionnelle de 20 731,43 euros ainsi que la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : Le centre hospitalier de Troyes et la société Relyens Mutual Insurance verseront conjointement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative la somme de 1 500 euros à Mme D et la somme de 1 200 euros à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D, au centre hospitalier de Troyes, à Relyens Mutual Insurance, à la mutuelle Aubéane et à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne.
Fait à Chalons-en- Champagne le 15 mai 2023
Le juge des référés,
Signé
P. CRISTILLE
Nos2000821,2201710
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026